La séduction du livre

Ne jugez (presque) jamais à la couverture

L’innocente et sensuelle histoire de l’achat de
Red le démon de Gilbert Sorrentino, aux éditions Cent pages

Vingt euros. Je n’y crois pas. J’ai dépensé vingt euros pour ce livre. Ce n’est pas un livre d’art. Il est pas particulièrement épais, non. C’est un simple roman de quelques 200 pages. Ce n’est pas un auteur que j’apprécie, je ne le connais même pas. Comment, moi, étudiante fauchée (à l’époque), j’ai pu me laisser persuader d’acheter ce livre? Qu’est-ce qu’il a de particulier?

Il a de particulier qu’il est beau. Ce livre est physiquement sexy.

Il y a des filles qui vont baver sur de grands bruns bronzés qu’on voit traîner à Paris-Plage l’été, exhibant leurs muscles tout bien huilés au monoï. Elles lècheront de manière fort suggestive leur glace dégoulinante en regardant l’Apollon droit dans les lunettes de soleil. Moi, je suis le genre de fille qui bave devant un beau livre et qui regarde sa bourse d’un air ahuri, la bourse lui répondant “c’est coquillettes pendant trois semaines, cocotte”. Hé. J’ai pas fait des études en Métiers du Livre pour rien.

Ce n’est pas un livre d’art ou un livre ancien, c’est un livre publié de nos jours, mais par une petite maison d’édition. Ces petits éditeurs savent comment attirer leur public. Ils faut bien qu’ils se défendent en face des gros méchants mastodontes de l’édition. Leurs techniques sont machiavéliques. Ici, la belle tranche rouge sang m’a attiré, ainsi que le résumé doré sur fond noir, en première de couv. Sobriété, élégance, la classe. J’ouvre, et là, merveilles.

Une typographie originale et inventive. On joue sur la transparence des pages avec les titres, la numérotation est à l’envers. La police est belle et fine, les choix de tailles différentes et les larges espaces donnent du rythme au texte couché sur le papier. C’est du grand art, Jafar.

J’ai donc sorti vingt euros de ma poche, craignant de ne plus jamais retrouver ce livre en rayon. C’était un beau prétexte. Je n’ai pas le choix, je ne le retrouverai pas! Quelle hypocrite. Je voulais qu’il trône dans ma bibliothèque, je le désirais! Et il y est toujours, dans ma bibliothèque. Deux ans que je l’ai acheté. Encore jamais lu…

J’ai péché. Encore un livre qui est là mais que je ne lis pas. Néanmoins, je pourrai le lire quand je voudrais, c’est vrai. Ca m’ennuie presque de le lire, comme s’il n’était fait que pour être regardé ou touché. Un jour viendra où je déflorerai ses pages et ce jour-là, il faudra que le texte ait le niveau du physique.

Confessez-vous, et racontez-moi vos achats coupables. Vous verrez que le péché pèse moins lourd une fois partagé.

“Personne ne bouge” Olivier Adam

Personne ne bouge
Olivier Adam
École des Loisirs, 2011

La première fois que ça m'est arrivé,
j'ai vraiment eu la frousse.

Antoine peut arrêter le temps. Ou bien est-ce le temps qui s’arrête pour lui? Ce temps suspendu, il en profite pour observer. À sa place, que feriez-vous?

Voilà un roman assez déstabilisant car complètement inclassable. C’est une caractéristique rare en jeunesse. L’histoire est simple, racontée de manière fluide. Mais la morale doit se creuser derrière cette apparente simplicité. Les enfants ont-ils l’impression qu’ils manquent de temps? C’est plutôt une réflexion d’adulte. Antoine en profite pour observer la beauté des choses, se glisser là où il ne devrait pas. On pourrait le relier (d’assez loin, certes, mais quand même) au film Cashback de Sean Ellis.

Prendre son temps pour voir, ressentir, observer. Choisir de faire de bonnes choses de ce temps offert, voilà la leçon du roman. C’est une belle et douce ode à la lenteur, des moments qui font rêver. Beau, simple et poétique, ce roman est plutôt à mettre entre des mains adolescentes ou adultes.

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Fantasia
Les jardins d’Hélène
Lecture et Cie

“Petite peste!” Jo Witek

Petite peste!
Jo Witek
Oskar éditeur, “Société”, 2011

Manuel, qu'on avait jamais si mal traité de sa vie,
se prit d'une soudaine sympathie envers
cette fille hyper culottée.

Jessie décide de former un Clan des Cabossés. Elle, l’insupportable, est le chef, et rassemble un gamin bègue, un moche de chez moche et une fille très belle mais maladivement timide. Ses amis apprennent peu à peu à lui faire quitter sa carapace.

Même les enfants “pas normaux” ont besoin d’être en communauté. Jessie est une gamine qui ne sait exprimer ses sentiments que par la colère et qui se bâtit une vie formidable avec des jolis mensonges cousus ensemble. Derrière elle se rassemblent les laissés pour compte.

L’histoire est une jolie leçon de vie et de solidarité entre amis bizarres. Savoir s’accepter soi-même pour pouvoir accepter les autres est encore une leçon difficile à apprendre. Dommage, il manque quelque chose à ce court roman mais je suppose qu’il plaira bien aux jeunes enfants. Un point bonus pour les nouvelles couvertures bien sympathiques de chez Oskar.

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Cannibales lecteurs
Fantasia
Blabla Bibli

“La question qui tue” Audren

La question qui tue
Audren
Ecole des Loisirs, “Neuf”, 2011

"Alors là, c'est la question qui tue!"
Le lendemain, elle était morte.

Wendy se fait remarquer à l’école : c’est une petite fille connue pour ses questions plus bizarres les unes que les autres. Elle prétend connaître la question qui tue et avoir éprouvé son efficacité. Elle culpabilise et ne sait pas comment parler de ça aux adultes.

Voilà une histoire bien étrange mais tout à la fois pleine de poésie. Wendy et son ami, le simplet de la classe, sont mis à l’écart à cause de leurs bizarreries. N’étant pas normaux, ils sont délaissés par le système scolaire qui ne “sait plus quoi faire pour eux”. Ce sont des enfants qui appréhendent leur environnement et la société de manière décalée, mais pas du tout fausse ni mauvaise, ce qu’on leur fait croire.

Cette histoire, mettant en valeur la famille, la solidarité et l’amitié, montre que tous les enfants ont besoin d’être écoutés, et surtout pris au sérieux. Ils recherchent de l’aide chez les adultes pour comprendre un monde qui leur échappe souvent. Simplement, il ne faut laisser personne de côté.

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Librairie les enfants terribles
Meli melo de livres
Le joli site d’Audren

“Le Farfadet” Jean-François Chabas

Le Farfadet
Jean-François Chabas
École des Loisirs, “Neuf”, 2011

Tu serais comme qui dirait la honte de l'espèce
que ça ne m'étonnerait pas.

C’est l’histoire d’un farfadet. Ca se passe de nos jours, du coup, il n’a plus grand chose à faire le Farfadet, il se cache, et il descend des bouteilles de gin. Un jour, il se réveille, cherche une grande cause et décide de partir en voyage pour sauver… les rhinocéros.

Bon, alors, des mois après l’avoir lu, je ne sais toujours comment pas prendre ce roman. Mais je ne crois pas que je pourrais le conseiller à qui que ce soit à part des ados (collège) ou des adultes. L’histoire n’est pas évidente pour des enfants, et je me demande ce qu’ils en retiendraient.

Ce farfadet fait une dépression nerveuse dans un monde dépourvu de magie. Alcoolique, il s’énerve pour un rien, jure et apitoie énormément le lecteur. L’écriture et le vocabulaire sont assez compliqués. Même s’il y a plusieurs niveaux de lecture, il faut déjà avoir un sens de l’humour bien noir pour appréhender ce roman. Et même moi qui en ai un stock infini, j’ai trouvé ça vraiment… déprimant. Mais bon, c’est peut-être une question de point de vue.

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Les trois brigands

“Le bal d’anniversaire” Lois Lowry

Le bal d’anniversaire
Lois Lowry
Trad. de l’anglais par Agnès Desarthe
Ecole des Loisirs, “Neuf”, 2011

Je comprends pas comment vous pouvez vous ennuyer,
mademoiselle, alors que vous avez tant de jolies choses.

La Princesse Patricia Priscilla fête ses 16 ans. Lors de la réception, elle devra choisir un des trois affreux prétendants qui se présentent à elle. Sans le dire à ses parents, elle est allée quelques jours à l’école du village, déguisée en paysanne, pour suivre les enseignements d’un jeune professeur.

C’est toujours avec confiance qu’on se lance dans un roman de Lois Lowry. Destinée à un public plutôt féminin de 7-8 ans, cette jolie histoire d’amour est narrée sur le ton du conte. Le thème du mariage forcé reprend des oppositions simples : vanité contre modestie, ignorance contre instruction, pauvreté pécuniaire et pauvreté intellectuelle. Oppositions simples à lire pour le lecteur qui comprend que l’on doit choisir justement avec son coeur.

Certes, les sujets sont vus et revus, mais Lowry réussit à en faire un roman  sympathique à lire, humoristique et frais, et très adapté à son public cible. La morale en est très positive, tout le monde trouve chaussure à son pied, bref, une jolie histoire feel good qui se finit bien. Quoi qu’on en dise, ça fait toujours du bien à lire.

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Histoires de lectures
Cannibales lecteurs
Libraires Citrouilles

“Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires” Brandon Sanderson

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires
Brandon Sanderson
Trad. de l’américain par Juliette Saumande
Mango Jeunesse, 2011

Les Apprentis Bibliothécaires ont plein de temps
pour s'exercer à des pratiques ridicules.
Après tout, ils n'ont que trois tâches à accomplir.
Un : apprendre le système ultra compliqué
(et inutilement complexe)
de classement utilisé dans les salles de lecture.
Deux : maîtriser le maniement des crochets à livres.
Trois : concocter des façons inédites
de torturer la plèbe innocente.

Alcatraz Smedry a 13 ans et doit faire face à plusieurs grandes nouvelles. 1) Il n’est pas orphelin. 2) Sa famille appartient à un groupe de rebelles luttant contre une secte de bibliothécaires voulant dominer le monde. 3) C’est lui la clé du plan.

Que devrais-je dire? Oui, nous sommes démasqués, oui nous voulons dominer votre connaissance du monde et par conséquent instaurer une douce dictature sur Terre. Oui, quelqu’un essaie de vous faire voir la vérité, et il a même réussi à être publié. Heureusement pour nous, tout puissants bibliothécaires, vous ne le croirez jamais. Après tout, c’est de la science-fiction, n’est-ce pas?

De la science-fiction humoristique, qui plus est, et accessible à un public de jeunes lecteurs. Très bien mené dans son ensemble, le roman souffre cependant beaucoup des relances en début de chapitres très handicapantes pour la fluidité de lecture. On s’arrête dans le feu de l’action à la fin de chapitre, puis on repart sur le suivant avec des digressions qui brisent le rythme. A part cette fausse note, rien à dire. C’est un roman qui a vraiment sa place aujourd’hui. Faire réfléchir au fait qu’on peut manipuler les gens grâce à un savant contrôle de la culture, de l’information et des médias… il serait temps. C’est genre absolument complètement radicalement d’actualité, non?

Si le jeune Alcatraz a réussi à s’infiltrer dans nos quartiers généraux, ça ne veut pas dire qu’il a gagné la guerre. D’ailleurs, il y a deux autres tomes.
Alcatraz contre les traîtres de Nalhalla
Alcatraz contre les ossements du scribe

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Loula
Imaginelf
Noosfere

[Les bibliothèques publiques] ne sont pas les vraies biblis. Celles-ci ne se préoccupent pas de faire du charme. Si vous vous êtes déjà perdus dans les réserves de la bibliothèque d’une faculté de philosophie, vous savez de quoi je parle. Les étagères sont serrées comme des sardines, de plus en plus proches les unes des autres ; elles montent de plus en plus haut. Des piles de bouquins apparaissent sans prévenir aux intersections ou dans des coins, en attendant d’être rangés, comme la quarante millième édition de la Somme théologique ou des Quatre filles du docteur March.
La poussière recouvre tout, telle une version grise de la mousse qui tapisse les forêts tropicales. L’atmosphère est saturée d’une méchante odeur de moisi qui rappelle vaguement l’antre d’un dragon-bale. A tout moment, on s’attend à trouver les os blanchis d’un malheureux chercheur qui s’est égaré dans le labyrinthe et n’a jamais réussi à regagner la sortie.
p116