“Tout près, le bout du monde” Maud Lethielleux

Tout près, le bout du monde
Maud Lethielleux
Flammarion, “Tribal”, 2010

Dans mes rêves à moi, il y a toutes les saisons.

Trois jeunes vivent dans une ferme à retaper perdue dans la campagne, avec une femme plus âgée qui a pour mission de s’occuper d’eux. Par l’écriture et la participation aux travaux communs, elle essaie de les réparer, de les lier.

Maud Lethielleux est l’auteur qui monte qui monte chez les enfants comme chez les ados. Avec ce roman, elle nous prouve qu’elle a encore parcouru un bon bout de chemin. C’est un récit à trois voix, celles de ces trois jeunes perdus dans leur tête à qui on demande de tenir un journal. On a la racaille amère et insultante, la fille anorexique qui ne pense qu’à son ancien copain junkie, et un enfant plus jeune qui subit une crise d’identité pour avoir un père travesti. Cette merveilleuse bande d’inadaptés unissent peu à peu leur voix sans jamais que l’on entende celle de leur hôte, le ciment qui les unit.

C’est une jolie prouesse stylistique que de mener un récit à trois voix. Différenciées par la typo mais surtout par le style, elles livrent peu à peu leurs histoires et on finit par s’y attacher terriblement. Une conclusion écrite par leur hôte, Marlène, aurait été bienvenue, ça m’a un peu fendu le coeur qu’on en sache pas plus sur elle. Dans tous les cas, c’est le récit d’une belle aventure qui prouve qu’avec courage et détermination, rien n’est jamais perdu. Ce roman vous remplit d’espoir et montre qu’on peut toujours créer sa propre chance dans la vie, même quand on se retrouve dans les pires abysses. Sensible, juste et touchant.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Fantasia
La critique est aisée
Val lit

“(Re)play!” Jean-Philippe Blondel

(Re)play!
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud junior, 2011

La lumière, je la sens maintenant, mais dans mon dos.

Benjamin et Mathieu étaient dans un groupe de musique avant qu’une rivalité amoureuse très douloureuse les séparent. La venue du grand critique rock Franck Ménard dans leur lycée pousse le groupe à se reformer.

Vous vous doutez bien que je n’ai encore aucun reproche à formuler à l’encontre d’un auteur dont on lit les romans sans même parcourir le résumé. On les prend, on les lit, on les aime. C’est tout.

(Re)play! est bien plus léger que Brise-glace. Je suis souvent réticente à lire des romans traitant de la musique. Mais ici, c’est plus le processus de création qui est mis en valeur. Le fait que pour créer, il faut savoir ressentir, et avoir vécu. Toute souffrance est recyclable! Si on peut la dépasser pour en faire quelque chose de beau.

Comme toujours, l’écriture est parfaitement ajustée au monde des ados. Ni trop simple ni trop adulte, juste ce qu’il faut. C’est le roman de la maturité acquise, de l’amour, de l’amitié, toujours des thèmes classiques mais traités avec justesse. En plus, c’est rock’n'roll.
Bon… Je pense avoir épuisé mon stock de Blondel en jeunesse… Qu’est-ce que je vais faire maintenant? Attendre le prochain.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bouma
Otium
Dé-blog pas

“Première fois” Burgess, Fine, Hooper et leurs copains

Première fois
Melvin Burgess, Anne Fine, Keith Gray, Mary Hooper, Sophie Mckenzie, Patrick Ness, Bali Rai, Jenny Valentine
Traduction de l’anglais Laeticia Devaux et Emmanuelle Casse-Castric
Gallimard, “Scripto”, 2011

On ne peut pas se passer de certains mots 
parce que c'est la vraie vie, 
mais on ne peut pas les imprimer 
parce qu'on est trop jeunes pour lire ce qu'on fait. 
(Patrick Ness)

Entre une vieille qui parle de sexe à table, les premiers émois homosexuels, une miséreuse qui se prostitue, la virginité avant le mariage en Inde, quel point commun? La première fois.

Des auteurs anglais pour la jeuness? Ils parlent de cul? Ha ben, bien sûr qu’il faut se jeter dessus. Ca promet une bonne tranche de rigolade. Au final, c’est pas si comique que ça, mais le spectre est bien élargi, si je puis dire. Toutes ces nouvelles ont des tons très différents : nouvelle historique, points de vue culturels ou sexuels, tout y passe sauf la transsexualité ou la transidentité qui sont des sujets pour l’instant bannis de notre belle littérature pour jeunes, qui ne soit pas être “démoralisante” ou “perverse” selon la loi. Passons sur “l’épineuseté” du sujet.

Dans certaines nouvelles, le coeur se dispute la vedette avec les instincts. Soit on veut être crument réaliste sur le bouillonnement hormonal des jeunes soit on essaie de soutenir les sentiments. Bien sûr, ce n’est pas aussi manichéen. Dans la dernière nouvelle par exemple, on retrouve principalement l’idée qu’il n’y a pas d’urgence et qu’il faut être attentif à soi-même et se respecter sans laisser quelconque groupe agir sur nous. Les différences de cultures apportent un recul indispensable et une perspective très enrichissante. En bref, l’équilibre est là et donne un recueil vraiment complet, bien fait et bien écrit par ces pointures d’auteurs britons!

Enfin, mention spéciale à Patrick Ness et sa réflexion sur la censure dans la littérature et les publications jeunesse. Même si à force de biffures son texte était un peu difficilement lisible, il touche à un sujet diablement intéressant et fort débattu.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Cathulu
Altersexualité
Blabla bibli

“J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait” Maud Lethielleux

J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait
Maud Lethielleux
Thierry Magnier, “Roman”, 2010

J'ai 15 ans. J'aurais certainement pu le faire 3000 fois 
mais, à force d'en avoir rêvé, 
la réalité s'est faite inquiétante.

Capucine ne pense qu’à une seule chose : perdre sa virginité avec son professeur d’histoire-géo, M. Martin. Suite à un malentendu, sa meilleure amie Lily la croit amoureuse de Martin, un garçon de leur classe, guitariste dans un groupe.

 

Cliché n°1 : les ados ne pensent qu’au sexe. Réponse : sans doute vrai.
Cliché n°2 : il n’y a que les garçons qui pensent au sexe. Réponse : faux.
Cliché n°3 : les filles rêvent de perdre leur virginité avec un homme plus âgé, un homme qui a de l’expérience. Réponse : vrai, bien sûr.
Alors, vous allez me dire “ça commence mal, elle nous dit qu’il n’y a que des clichés”. Oui et non. Car de ces assertions communes, Maud Lethielleux sort un roman à deux voix bien écrit assez humoristique.

Au milieu du quiproquo avec Lily, des fantasmes sur le prof et des soirées concerts, on voit une ado qui gagne peu à peu en maturité et en patience. En bref, elle apprend la vie. Au-delà du sexe, l’auteur fait méditer sur les relations entre filles et garçons, son rapport à soi et au monde. Sujets bien vastes, certes, mais qui traités en parallèle du sexe évitent largement le piège de l’égocentrisme des personnages. C’est donc un titre trompeur pour un roman pas superficiel pour un sou.

De toutes façons, c’est Maud Lethielleux, alors bon. On sait que c’est bien.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lirado
Ricochet
Soupe de l’espace

“Confession d’une grosse patate” Susie Morgenstern

Confession d’une grosse patate
Susie Morgenstern

Éditions de la Martinière, “Confessions”, 2003

On espère en se confessant enlever un poids. C'est le cas de le dire.

Dans cet oeuvre autobiographique, Susie Morgenstern essaie de s’analyser elle-même, ainsi que ses complexes, ses besoins compulsifs de nourriture, afin de comprendre et d’expliquer les raisons de son obésité.

Alors que Mikaël Ollivier complexait par rapport aux autres, voilà l’exemple de Susie Morgenstern qui centre son roman uniquement sur elle-même, en nous confiant toutes ses déprimes, ses déceptions et démotivations au sujet de son surpoids. Elle entreprend méthodiquement un décortication d’elle-même. Lourde tâche…

Comme chez Mikaël, ça commence par un amour déraisonné pour la nourriture. Elle est bonne à tous moments, en cas de peine ou de joie, seule ou avec des amis. Le problème réside ici dans une culpabilité qui suit l’auteur depuis l’enfance, quand sa mère très svelte considérait la minceur comme un critère d’accomplissement et de perfection. Malgré la touche d’humour constante apportée par les illustrations et les extraits de poèmes sur la nourriture, on sent une énorme peine filtrer à travers ce livre. L’auteur entame une vraie thérapie et invite son lecteur à y participer, à tenir un cahier de réflexions qui montre bien le besoin de s’exprimer sur ses complexes et son mal-être. Ce n’est pas forcément une solution mais ça peut aider au moins.

“Un livre que je n’aurais jamais dû écrire”, c’est ainsi que Susie Morgenstern décrit cet ouvrage sur son site officiel. Derrière ce style vif et pétillant se cache un aveu qui en coûte à l’auteur. L’écriture sert de masque au chagrin comme le sourire infatiguable de Susie dans la vraie vie. Elle essaie malgré tout de clore ce court livre par une fin semi-heureuse, qui pousse à rire jaune, à rire de ses défauts… Même si…

Diable, que c’est déprimant. On est bien loin d’une mentalité à la Beth Ditto… Cela n’en est pas moins un livre très touchant, honnête et sincère, pour lequel on peut remercier l’auteur mille fois.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lunazione
L’odyssée d’une libellule
Mes petites lectures

“Kiss” Jacqueline Wilson

Kiss
Jacqueline Wilson

Trad. de l’anglais Alice Marchand
Gallimard Jeunesse, “Scripto”, 2009

On se voit ce soir à la Cabane de Verre?

Carl et Emily ont 13 ans. Ils ont été voisins et amis inséparables toute leur vie. Cette année, ils sont dans des collèges différents et rencontrent chacun de leur côté deux personnes aux forts caractères. Emily est repérée par Miranda, une jeune fille très controversée et Carl s’attache à Paul, joueur de foot dans l’équipe de son collège.

Attention, spoiler, je suis obligée de parler dès le début du thème principal du roman (dissimulé par la quatrième de couverture) mais cela ne gâche pas vraiment la lecture. Jacqueline Wilson s’attaque ici précisément au sujet de l’homosexualité chez les adolescents, et plus largement la découverte des relations amoureuses, domaine de spécialité de cette auteure bien connue.

Je commence par un regret : je trouve que les personnages manquent légèrement de crédibilité. Emily est amoureuse de son ami Carl, désespérément intouchable. Jeune fille plutôt naïve, elle s’entiche d’une amie très extravertie, qui passe son temps à flirter. Carl, quant à lui, poursuit ce jeune footballeur poseur et frimeur. Les contraires s’attireraient-ils? En tout cas, le cliché n’est malheureusement pas loin. Cependant, ces personnages mettent en valeur des situations courantes dans une vie d’ado… Premières soirées, premiers baisers, premières cuites, etc. Les personnages adultes quant à eux se montrent très présents et représentent sans doute une sorte d’idéal.

J’allais également râler sur la longueur (et ces répétitions très étonnantes qui donnent clairement l’impression de piétiner)… Mais elle peut se justifier. Doucement, on appréhende Carl afin que l’annonce de son homosexualité à la fin ne soit pas une surprise mais quelque chose de tout à fait naturel, quelque chose qu’on saurait instinctivement. En gros, le lecteur ne doit pas être choqué. Dans le cercle familial, on met cela sur le compte d’une passade. Aïe, là aussi j’ai trouvé la chose maladroite. L’homosexualité passerait aussi vite que l’acnée? Mais après la lecture de cet article de Jacqueline Wilson dans le journal The Guardian, j’ai compris que c’était sans doute un moyen de relativiser la chose et surtout de dire qu’il y a tout le temps pour ça.

Mais bon, un gros bémol quand même…On affleure le sujet plus qu’autre chose et on reste dans la superficialité d’une littérature amoureuse qui essaie d’aborder un sujet sérieux sans y parvenir réellement.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Altersexualité
Délivrer des livres
Otium

“Etrangère au paradis” Gudule

Étrangère au paradis
Gudule

Grasset jeunesse, “Lampe de poche”, 2004.

Avoir une mère ailée, moi, ça me plaisait bien. 
Dommage que ce soit si fragile, les papillons.

Léna est la fille de Marie Possa, une auteure jeunesse légèrement névrosée ayant une petite renommée dans son milieu. Son éditeur, l’homme le plus conciliant du monde, part en retraite et laisse sa place à une jeune femme exigeante et généreuse en corrections, Sybille Fromental. Marie s’en fait son ennemie jurée. Léna, essayant de faire le tampon, commence à découvrir et à apprécier Sybille.

 

La jeune adolescente qu’est Léna traverse une période assez troublante. Elle découvre la sexualité, essaie de comprendre son corps, ses envies, et certaines choses qui ne vont pas forcément de soi. Elle se découvre une attirance pour Sybille, traitée avec une juste finesse par l’auteur. L’admiration et la passion qu’elle porte à cette femme, à son allure et son caractère se transforment doucement en désir. Au final, c’est surtout le récit à la première personne d’une adolescente qui est chamboulée par une foule d’émotions inconnues dans lesquelles elle a du mal à faire le tri.

Parallèlement, on observe les relations entre auteur et éditeur. Pour moi qui sors de ma formation métiers du livre, cela m’intéressait beaucoup. Gudule dévoile une façade du métier d’auteur que le grand public oublie parfois ou ignore complètement : cette étape qui consiste à remettre en cause ses acquis. Marie Possa passe, comme sa fille, par une période dérangeante. C’est un choc des mentalités et de générations entre ces deux femmes. Sybille représente le monde de l’édition “actuel” focalisé autour des techniques pour rendre un roman vendeur. Marie était habituée à l’édition “à l’ancienne” où le mot “vendre” n’était prononcé qu’en cas d’extrême nécessité.

L’auteur traite de manière brillante de ces deux sujets qui, même s’ils semblent éloignés, se rejoignent grâce aux sentiments des personnages. L’homosexualité qui est parfois un sujet houleux dans certains romans est abordée ici de manière naturelle, délicate et fine.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Altersexualité
Joannic Arnoi 

“Un amour de petite soeur” Roger Judenne

Un amour de petite soeur
Roger Judenne
Oskar Jeunesse, Paris, 2008

 

Mélissa et Cinara sont frères et soeur, tous les deux des enfants adoptés. Cet été-là, Mélissa décide de la destination des vacances de sa famille : ce sera la Réunion, son pays d’origine. Ce voyage est révélateur, surtout pour Cinara qui se voit forcé d’admettre la réalité : il est amoureux de sa soeur.

 

Sujet délicat pour un roman qui se présente visuellement comme très léger, avec une histoire d’amour qui prime sur le reste. Moi qui n’avais jamais lu Roger Judenne, j’ai saisi l’occasion.

J’ai d’emblée envisagé cela comme une littérature récréative. Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit à prendre au sérieux dans cette histoire. Il s’agit en effet d’une frère et une soeur adoptés qui développent des sentiments amoureux l’un envers l’autre. Mélissa choisit sa destination non pas pour faire des recherches sur sa mère biologique, comme le croit désespérément sa mère adoptive, mais dans un autre but.

L’intrigue telle qu’elle est résumée aurait pu donner lieu à un livre bien plus profond et sérieux, et empreint de réalisme. Ici, tout est habité par le romantisme. La Réunion est décrite dans toute sa splendeur touristique et folklorique : la mer, le sable fin, les fleurs, les couleurs, les senteurs, les nuits chaudes, les lézards mangeurs de moustiques dans la salle de bain… C’est dans ce paysage idyllique et paradisiaque qu’évolue Cinara, le personnage le plus pénétré par un sentiment de réalisme tel que l’on peut l’imaginer. Mélissa, par conséquent, a plutôt l’air d’une tentatrice que d’une belle vahinée. Ses caprices, ses allusions, sa minauderie perpétuelle tend à pousser Cinara à bout comme on le fait avec un « amant ».

Après avoir terminé ce roman, qui m’a laissée un peu perlexe, j’ai fait quelques recherches sur Internet concernant le droit de la famille, et notamment le mariage entre les frères et soeurs adoptés. Il semble que la loi soit la même, que la filiation soit biologique ou juridique.

Finalement, ce roman me laisse un goût étrange dans la bouche. On pourrait se dire que c’est un roman très ambigu qui entraîne vers des fantasmes bien étranges, et dont le sujet abordé est en totale contradiction avec la légèreté du style. La seconde option, c’est de prendre ce roman tel qu’il est : une histoire d’amour tout simplement. Le sujet des premières expériences sexuelles a été évité au profit d’un autre obstacle. A chacun de choisir!

“Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser” Jo Witek

Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser
Jo Witek
Editions du Seuil, “Karactère(s)”, Paris, 2009.

 

Xavier Bole a 13 ans et demi, et en pleine crise d’adolescence. Il va vite se rendre compte que ce n’est pas très aisé de devenir adulte, surtout au niveau des sentiments. Il tombe amoureux de Mina, la fille d’une des amies de sa mère, et raconte ses premiers émois dans un journal.

Comme je le disais dans l’article précédent, ce roman sert de contrepoint à Jeu de mains. Deux styles absolument différents pour une thématique très proche. Comment Jo Witek nous fait donc partager l’intimité d’un adolescent?

Il faut d’abord relever l’affirmation de l’auteure qui tente de se mettre dans la peau d’un jeune garçon qui aurait des interrogations sur l’amour et les relations amoureuses, afin de prouver que ce ne sont pas des questions obsédant uniquement la gent féminine. Juste propos, puisqu’il est vrai qu’une certaine pression pèse sur les épaules de nos chers adolescents qui se doivent d’être virils dès l’apparition du premier poil. Cependant, je ne dirai pas que ce soit réellement un roman destiné aux garçons mais tout dépend du tempérament…). J’imagine que c’est un roman plus destiné aux filles qui voudraient savoir comment s’y prend un garçon pour son initiation amoureuse, qui plus est, un garçon plutôt fleur bleue.

Il est vrai que, comparé au roman d’Adeline Yzac, j’ai eu l’impression de lire quelque chose de très prude avec Jo Witek! Ce sont deux registres qui ont tout lieu d’être, certes… A part l’éternelle question du “dois-je lui toucher les seins?” on parle peu de sexe à l’état pur dans ce roman. On est plutôt dans la déclaration amoureuse et les variations du coeur. Romantisme, quand tu nous tiens. Du côté du style et de l’intrigue, tout est très agréable sans révolutionner la littérature jeunesse. Un style fluide, assez propre et soigné. L’auteure joue parfois avec la typographie pour mieux faire ressortir le côté “journal”. Une intrigue qui suit un cours bien paisible, et même peut-être un peu trop. J’aurais bien aimé plus de rebondissements ou de suspense… Quel chanceux ce Xavier qui réussit à embrasser sa chérie dès le premier rendez-vous. Et le plaisir de l’attente, dans tout ça?! Héhé.

Enfin, pour conclure, je me pose la question de la tendance de la production littérature jeunesse actuelle. Au milieu de toutes ces polémiques sur les thrillers comme ceux de Guéraud, sur les thématiques noires (sexe, mort, violence…) en littérautre ado, sort malgré tout des livres posés et “sages” comme celui-ci. Ce qui prouve qu’il y en a pour tous les goûts, certes, mais cela me pousse encore plus à croire que ce roman trouvera plus facilement un public féminin, voire même celui de la chick-lit, les fans de Jacqueline Wilson and cie.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Otium
Biblioblog
Lectures de Liyah

“Jeu de mains” Adeline Yzac

Jeu de mains
Adeline Yzac
Editions du Rouergue, doAdo, Rodez, 2009

 

Valantin est adolescent avec tout ce que cela comporte… incompréhension des adultes, poussée soudaine du corps et du sexe, surtout du sexe d’ailleurs. Valantin aime se sentir au chaud dans ses fantasmes, mais il règne une gêne. Est-ce normal de se toucher, de donner des surnoms affectifs à sa verge? Peut-être qu’une paire de ciseaux aidera à résoudre tout ça.

Dernièrement, j’ai lu deux romans aux thématiques assez proches, mais complètement opposés l’un à l’autre. Je commence avec celui-ci, dans le genre “coup de poing”. En le choisissant, j’ai cru qu’il n’allait pas me plaire du tout, et donc que j’aurais une occasion de démolir un livre (quelle cruauté)… Heureusement, je n’ai pas perdu mon temps!

Nous nous retrouvons une fois de plus confrontés à un portrait d’adolescent qu’on peut croire assez basique. Ses parents le lourdent, ils ne comprennent rien, et en plus, ils l’empêchent de fermer sa porte à clé, ce qu’il fait qu’il ne peut pas se masturber tranquillement. Si c’est l’impression que l’on peut avoir au début du roman, elle se dissipe vite pour laisser place à une réflexion plus profonde que ce à quoi je m’attendais, soutenue par un style tout à fait percutant et franc. On sent l’adolescent ressentir le doute, les angoisses qui définissent l’adolescence comme le moment charnière de la vie.

Qu’est-ce qui me permet d’affirmer cela? On pourrait rapidement s’arrêter au fait que Valantin passe son temps à nous parler de son sexe. Mais l’intéressant, c’est justement qu’il bâtit une petite philosophie du plaisir. Nul besoin de vidéos pornographiques sur Internet pour alimenter son imagination, la vue des filles lui suffit. C’est une manière pour lui de mieux appréhender ce nouveau corps qui lui semble presque étranger.

Parmi ces réflexions adolescentes s’insère cette obsession des ciseaux. Je tire mon chapeau à Adeline Yzac de réussir à tenir le lecteur en haleine du début à la fin du roman pour savoir ce qu’il adviendra… d’une paire de ciseaux rouges. L’imagination du lecteur tourne à plein régime. Leur sort final est une conclusion et un écho à toute la réflexion menée par l’adolescent. Un parfait point final.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Eliabar
Blablabibli
Les jardins d’Hélène