“Absolument dé-bord-dée!” Zoé Shepard

Absolument dé-bor-dée! ou le paradoxe du fonctionnaire
Zoé Shepard
Albin Michel, 2010

The Boss compulse le rapport et hausse un sourcil 
circonspect avant de lâcher d'un ton incrédule : 
"C'est vraiment tout ce qu'on a fait en trois mois?"

Blasée par son travail ennuyeux et ses collègues incompétents, Zoé raconte les anecdotes juteuses de fonctionnaires dissimulant leur paresse derrière les apparences de l’occupation la plus totale.

J’en entendais parler depuis un moment, en tant que fonctionnaire en devenir, il fallait que je le lise, pour savoir à quoi m’attendre… je n’ai pas été déçue! Si vous avez un peu suivi l’histoire, vous saurez que Zoé Shepard est le pseudonyme d’Aurélie Boullet, employée au Conseil Général d’Aquitaine. Après avoir été “démasquée”, elle a subi un jugement de suspension de 4 mois qui vient de prendre fin en janvier.

Mi-fiction, mi-réalité, on lit ce roman comme on lirait un documentaire, parce que mine de rien, ça paraît complètement possible. Zoé est une jeune femme ambitieuse et compétente mise au rebus dans un bureau où personne ne bosse, ni ne réfléchit. Elle met en valeur des dysfonctionnements si énormes qu’ils en deviennent ridicules. Zoé a le sens de la formule bien sentie, bien sarcastique comme je les aime, une écriture acide et insolente. Son second degré n’est jamais compris par ses collègues soit trop débiles soit trop naïfs. Ce style a été souvent critiqué par les lecteurs, ne comprenant pas le but d’une telle violence. Moi, je ne le critique pas. Plus d’une fois, j’ai eu envie de faire pareil.

J’ai commencé ce texte en riant aux éclats. Et puis, après ce fut moins drôle. Je me suis demandé si j’allais devoir un jour faire face à pareilles situations et comment j’allais pouvoir gérer ça. Le pire reste sans doute à venir… C’était un sentiment très personnel mais j’ai été un peu angoissée. Finalement, quelle “morale” à ce texte? L’auteur prétend qu’elle ne voulait pas faire un procès à la fonction publique mais fait partir son personnage vers d’autres horizons. Si le roman est divertissant et frappant, je pense aussi qu’il a été (mal) repris par un mouvement classique de critiques envers ces sales fonctionnaires qui ne foutent rien de la journée (je vous l’avais dit! Y’a même quelqu’un qui a écrit un bouquin dessus!). Mais ma foi, qui dit que c’est mieux dans le privé?… Absolument per-son-ne.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Mon boudoir anglais
Tranches de livres
Sandra

“Le petit livre Beatles” Hervé Bourhis

Le Petit livre Beatles
Hervé Bourhis

Éditions Dargaud, 2010

 

789è album de Ringo, élevant une fois de plus 
la monotonie au rang d'art majeur.

 

Voici un documentaire sous forme de BD très très complet et riche sur la carrière des Beatles avant, pendant et après, jusqu’à aujourd’hui. Son grand avantage est de remettre l’histoire du groupe dans un contexte musical. Le regard subjectif et drôle d’Hervé Bourhis ainsi que sa plume alerte permet d’apprendre en s’amusant. Le tout constitue un complément très utile au documentaire officiel des Beatles, vous savez, celui qui fait au moins 10h et 5 DVD. Ici, on est moins nostalgiques et on se permet de rajouter quelques détails sur la mésentente des membres du groupe, et quelques anecdotes crasseuses aussi.

Le style est humoristique sans être trop léger car on profite du point de vue assez pointu d’un grand mélomane qui se révèle être parfois un dur critique (surtout de Ringo, haha). L’idéal, avec ce livre, serait d’avoir un site où l’on pourrait écouter tous les titres conseillés par l’auteur. Tout le long de la lecture, j’avais le casque sur les oreilles en écoutant les chansons proposées et c’était une superbe expérience.

C’est sans hésiter le meilleur livre (et le plus ludique) que j’ai pu lire sur les Beatles. Et mis à jour en plus.

Il était dans la sélection du Festival Bulles Zik de cette année.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bulles et onomatopées
Alfie, croqueuse de livres
Bodoï

 

*** *** ***

En complément au livre, voici une liste de liens vers des vidéos en streaming pour que vous puissiez profiter du son pendant votre lecture. Ces titres sont cités dans le livre, j’espère ne pas en avoir oublié. Les chansons des Beatles n’y sont pas, mais on les connais déjà, c’est pour ça que j’ai privilégié les autres.

Fats Domino – I’m in love again

Tommy Steele – Rock with the caveman

Chuck Berry – Rock’n'roll music

Little Richard – Kansas city

Barrett Strong – Money

The Marvelettes  – Please Mr. Postman          et la reprise des Beatles

The Isley Brothers – Twist and shout               et les Beatles aussi

The Byrds – Mr Tambourine Man

The Byrds – Bells of Rhymney

The Beach Boys – Girl don’t tell me

The Kinks – See my friends

Bob Dylan – Fourth time around

The Turtles – Outside chance

Maurice Chevalier – Le sous-marin vert          Dommage, s’il avait pris un dictionnaire, c’eut été plus crédible. Par ailleurs, ceci est juste un exemple de ce qui peut se faire comme reprise de chansons des Beatles en traduisant en français, que vous trouverez dans des compilations comme La France et les Beatles.

The Zombies -Brief candles (album Odessey and Oracle)

Mary Hopkin – Those were the days

Black Dyke Mills Band – Thinumybob (écrit par Paul McCartney)

Jackie Lomax – Sour milk sea

The Kinks – Arthur

Emitt Rhodes – With my face on the floor

The Chiffons – He’s so fine                              George Harrison a été accusé de plagiat avec My sweet Lord

Eric Clapton – Layla

Ringo Starr – Back off Boogaloo                     mise en parallèle avec Take me out de Franz Ferdinand

Björk Gudmunsdottir – Alfur ut uh hot              reprise de The fool on the hill

B52′s – Rock lobster

Roxy Music – Jealous guy

Paul McCartney et Michael Jackson - Say, say, say  et The girl is mine (on sait repérer des talents, ou on sait pas)

George Harrison – I got my mind set on you (on sait faire danser les gens ou on sait pas)

Traveling Wilburys – End of the line

Elvis Costello – Veronica

The La’s – There she goes

Baba Yaga – Back in the USSR                      et la version originale

Sean Lennon – Parachute

Super Furry animals -  (Drawing) rings around the world

 

 

“Indignez-vous” Stéphane Hessel

Indignez-vous!
Stéphane Hessel

Éditions Indigène, “Ceux qui marchent contre le vent”, 2010

 

C'est tout le socle des conquêtes sociales 
de la Résistance qui est aujourd'hui remis en cause.

 

Stéphane Hessel, ancien résistant haut placé, écrit ce court essai pour exhorter la population, et notamment les jeunes générations à rester attentifs aux injustices et à se tenir prêts à réagir. Il défend tous les acquis de la Seconde Guerre Mondiale et dénonce la décadence de la société actuelle.

 

En tête des ventes de livres depuis plusieurs semaines, on ne peut décemment pas passer à côté de ce petit livre. Toujours méfiante envers ces best-sellers, mais encline à changer d’opinion, j’ai lu les quelques pages d’Indignez-vous! en m’indignant… Mais peut-être pas pour les mêmes raisons.

Voyons d’abord pourquoi ce texte a-t-il fait un tel buzz. C’est très simple : voilà un essai politique qui ne donne ni envie de s’endormir, qui ne fait pas 300 pages et surtout qui ne nécessite pas un Bac+5 et un savoir encyclopédique de la politique actuelle pour tout comprendre. Le texte de Stéphane Hessel fait une trentaine de pages, coûte trois euros et est tout à fait lisible par tout le monde. Il s’agit d’une sorte de testament pour l’auteur, un homme au vécu impressionnant, qui tient à transmettre un héritage fondamental… Fondamental, au fondement, pour ainsi dire les bases.

Car ce sont des notions d’indignation de base que l’auteur détaille. Il faudrait s’inquiéter de ce besoin d’exhorter les foules à se rebeller contre des choses qui sautent aux yeux dès qu’on lit des journaux, qu’on cultive son esprit critique et qu’on cesse d’allumer sa télévision à 20h. Se méfier de la pensée unique, de la culture de masse, de la société de consommation comme de menaces permanentes qui provoquent l’indifférence totale du peuple et son insensibilité face aux injustices.

L’auteur a peur de voir disparaître tout ce pour quoi il s’est battu, mais il admet que la société actuelle est bien différente de la post-Seconde Guerre Mondiale. C’est sûr, tout le monde était mort ou pauvre et déprimé, et la préoccupation principale était de pouvoir nourrir les enfants le soir (je caricature, ne vous indignez pas trop). Comment comparer cela à notre société aujourd’hui où des organisations obscures contrôlent médias, politiciens et pensée publique? Plus besoin de propagande quand on a le matraquage médiatique volontairement subi par les gens. Je ne parle bien sûr pas d’information, puisqu’elle n’est diffusée que partiellement ou de manière détournée. Mesurez les efforts à faire pour démêler tout ça. Devant cet énorme problème, l’auteur s’éclipse. Très idéaliste, il prône aussi une insurrection pacifiste. Sans commentaire! Il évoque également le conflit en Palestine… deux pages pour tout résumer. Impressionnant.

Mais le faux pas qu’il fait, et qui me rebute plus que tout le reste rassemblé, est contenu dans quelques phrases sur l’indifférence.

En se comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence.

Alors l’un ne va pas sans l’autre? Je devrais donc me considérer comme un concombre de mer. Ce n’est absolument pas un moyen de pousser à l’engagement que d’insulter les lecteurs en leur faisant comprendre qu’ils ne sont même pas humains s’ils n’agissent pas comme lui. Je préfère réfléchir et me méfier que d’aller hurler dans une manifestation sans rien comprendre, mille excuses. Mais bon, je ne suis sans doute pas le meilleur récepteur de ce texte.

Pour conclure, cet essai est tout plein de bons sentiments mais malheureusement, même s’il exalte le lecteur sur le moment, je crains qu’il ne prenne la poussière d’ici peu de mois. Désolée de rentrer dans le camp des détracteurs, largement critiqués sur la toile, mais ce livre ne m’a strictement rien appris.

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Le Monde
Pierre Assouline
Slate.fr : premier article, second article 

“Et Dieu créa les Beatles” Daniel Ichbiah

Et Dieu créa les Beatles
Secrets d’une alchimie musicale
Daniel Ichbiah
Éditions les Carnets de l’info, “Témoins”, 2009

 

À l’occasion de la sortie des albums remasterisés des Beatles, il y a eu de nombreuses publications sur le groupe. En voici une particulièrement intéressante et complète, qui peut éventuellement permettre de frimer devant les copains.

Daniel Ichbiah présente une fine analyse de la discographie des Beatles, album par album. Ce classement chronologique lui permet bien évidemment de revenir sur le phénomène de la beatlemania, et d’évoquer certaines anecdotes. Tout cela dans le but de mieux expliquer une trajectoire musicale qui se précise peu à peu au fil des pages. Les chansons les plus abouties sont analysées dans le détail, comme A Day in The Life.

La fin de l’ouvrage traite brièvement des carrières solo de chacun des Beatles, ce qui vient compléter la discographie, et surtout l’auteur propose une sélection de reprises dans des styles variés. Bref, l’auteur s’y connaît, et il a d’ailleurs publié plusieurs autres livres sur Madonna, les Rolling Stones et George Brassens. Il faut ajouter que le tout est écrit dans un style très fluide et agréable à lire, ce qui n’est pas toujours le cas dans les documentaires…

Au final, c’est un livre très complet et enrichissant que Babelio m’a fait parvenir… Dommage que la discographie remasterisée ne soit pas arrivée avec (je suppose que ça ne tenait pas dans ma boîte aux lettres, tant pis)!

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Au commencement était le rock
Les bouquins de Fantasio
M la musique