Quartier lointain
Jirô Taniguchi
Trad. du japonais par Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet
Éditions Casterman, “Écritures”, 2002 (1998)
Tout ce qui était inscrit dans ma mémoire, les événements du passé, étaient ici des événements à venir.
Un homme est ivre et doit rentrer chez lui. Il se trompe de train et prend celui qui le conduit jusqu’à son village natal. En visitant la tombe de sa mère, il fait un malaise et se retrouve métamorphosé en adolescent. Il revit l’année de ses 14 ans, l’année où son père a disparu.
Encore un manga classique, élevé au rang de chef d’oeuvre incontournable en quelques années.
Dans cette histoire, le narrateur est confronté à un événement fantastique qui le force à remettre sa vie en perspective. Homme visiblement insatisfait dans sa vie privée et professionnelle, enclin à l’alcoolisme, il doit prendre du recul en réintégrant son “moi à 14 ans”. Cette transformation est une chance de l’aider à cesser d’être sans cesse submergé par le passé et de résoudre l’incompréhension devant la fuite de son père, grâce à son regard d’adulte.
Un trait parfaitement maîtrisé, de merveilleux paysages, une mise-en-scène si précise qu’on pourrait directement en faire un film (il y en a eu un mais je le déconseille, l’histoire a été transposée en France dans les années 50), bref tout est là pour que ce manga soit réussi. Le côté fantastique donne un goût un peu étrange et inquiétant à cette fable et l’on relève parfois quelques incongruités. Je me souviens de m’être dit “celui-là, il a pas regardé Retour vers le futur!”. Mais le tout reste très cohérent et aboutit à une conclusion pleine d’espoir à portée universelle.
Je confirme, incontournable!
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
BD Gest
Cottage treasure
Delphine’s books
C’est l’heure des vacances pour Jésus et Bouddha, après s’être donné du mal pour oeuvrer à la paix sur Terre. Ils se trouvent un appartement et s’adonnent aux activités favorités des japonais modernes… En toute discrétion.
Ginko voyage à travers le Japon à la recherche de phénomènes inexpliqués, souvent signes de la présence parmi les humains d’un nombre important de mushi. Ce sont des organismes à la source de toute vie, des éléments primaires que seules certaines personnes peuvent voir. Lorsqu’ils sont trop nombreux, des dérèglements se produisent et bouleversent la vie de la population. Ginko tente de résoudre ces problèmes, c’est un mushishi, un expert en mushi.
Ginko, le personnage principal, est très énigmatique. Ayant eu lui-même un souci avec des mushi dans son enfance, le seul but de sa vie est désormais de les étudier et d’aider les gens à vivre avec. Les différents mushishi qu’il croise ou qu’il connaît n’appliquent pas tous la même technique. Certains veulent anéantir les mushi qu’ils considèrent comme des nuisibles. Mais Ginko, lui, tente de rétablir un équillibre, entre ces organismes naturels, trouvant leur énergie à la source de la vie. Ils ne doivent pas être éliminés mais régulés.
Le jeune Siddartha est l’héritier du Kosala. Mais il est appelé par les circonstances et une force intérieure à quitter les richesses de ce monde pour errer sur les routes, subir des austérités et finalement développer sa propre pensée. Le bonheur se trouve dans l’entraide. Il se voyage afin de diffuser son enseignement et sa sagesse, et rencontre des esprits parfois réticents.
Cette série montre bien pourquoi l’auteur a été sacré Dieu du manga chez nos amis japonais. La vie d’une divinité, c’est difficile à raconter. Je n’ai jamais lu d’adaptation du Nouveau Testament par exemple (mais il en existe peut-être) mais ce que je sais, c’est que l’exercice serait difficile. Ici, Tezuka réussit, mais en plus il réussit à conjuguer parfaitement plusieurs tons contradictoires. L’humour et la solennité, le sérieux et les anachronismes, l’anecdotique et le spectaculaire… Tezuka transforme une hagiographie potentiellement ennuyeuse en une histoire drôle, pédagogique et à portée universelle.
Japon, années 50. Akihiro Tokunaga est un petit garçon qui doit quitter Hiroshima et la maison de sa mère car celle-ci n’a pas assez d’argent pour le faire vivre. Elle l’envoie à Saga, dans la campagne, vivre avec sa grand-mère Osano, une femme très pauvre elle ausi. Mais grâce à sa persévérance, ses préceptes moraux à toute épreuve et quelques petits trucs pour économiser, elle réussit à élever le garçon. Akihiro apprend près d’elle des leçons de vie basées sur la solidarité, le courage et la bonne humeur.
Le manga est adapté d’un roman autobiographique, Gabaï, ma sacrée mamie de Saga, publié par Saburo Ishiwara. Cette baashan force en effet le respect. La tête haute devant toutes les épreuves, elle éduque le petit Akihiro qui arrive chez elle. Petit enfant capricieux, vorace et agité, il comprend à force d’expériences vécue au quotidien, à vivre très bien avec le tout petit pécul de sa grand-mère grâce aux principes qu’elle lui apprend, toujours basés sur des événements vécus. Ludique et pédagogique, c’est la meilleur guide de vie qu’on puisse trouver! Modeste, économe et sérieuse, elle n’accepte jamais un don mais lui préfère les échanges.
Voici la famille des Yamada : un père chef de bureau, une mère qui ne se soucie que des menus, une grand-mère qui clame le terrain, un fils paresseux, une fille insouciante et un chien blasé. Les aventures quotidiennes et cocasses de cette famille ordinaire sont rassemblées en trois énormes tomes, une source de bonne humeur sans fond.
Il faut lire les Yamada. Et pourquoi? C’est très simple. D’abord, c’est drôle, plein de bonne humeur, de dérision. L’histoire renvoie une image humoristique de la famille avec tous ses défauts, mais aussi ses moments de tendresse, de colère. Ensuite, ça se déguste comme une bonne tablette de chocolat. Carré par carré. On peu picorer des pages au hasard, et très souvent se reconnaître dans des anecdotes parfaitement stupides. L’auteur excelle dans l’art du “plus c’est court, meilleur c’est”. Chaque personnage est très typé et attachant.