“A boire et à manger” Guillaume Long

A boire et à manger
Guillaume Long
Gallimard, 2012

"Moorteel! Avec un oeuf pourri tu peux lancer 
un sortilège 2 niveau 5 sur un berserk!"

Il était temps que je la lise cette BD. Déjà parce que j’aime la BD. Ensuite parce que j’aime manger! Et rassurez-vous, vous aurez de quoi faire après avoir lu ça. Guillaume Long raconte les différents aspects de son amour pour la bonne bouffe. Expériences à l’étranger, recettes favorites, tout y passe.

Les food lovers vont aimer : ce livre est truffé d’humour et de bonnes idées. Je recommande particulièrement la recette sur les endives. Car Guillaume Long aime redonner une seconde chance aux vilains petits légumes que tout le monde déteste (voir récemment, cette note sur le poireau). Bref, on rigole et on apprend plein de choses, alors pas d’hésitations! Et allez lire son blog tant que vous y êtes :)

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Miss Alfie
Rose and Cook
Hop Blog

“The New York Trilogy” Will Eisner

The New York Trilogy
1. La Ville
2. L’immeuble
3. Les Gens
Will Eisner, Delcourt, 2008

Où existe-t-il une ville 
sans murs pour abriter son âme,
étouffer ses cris et 
chorégraphier la danse de la vie?

À travers cette trilogie, Will Eisner écrit un véritable hymne à l’amour de New York. Ce n’est pas à prendre dans un sens niais : en effet, l’auteur aime la ville autant pour ses bons que pour ses mauvais côtés. Trois variantes, trois points de vue, la ville se livre de différentes manières. Cela pourrait très bien s’appliquer à toute autre grande ville, d’ailleurs. Un immeuble façonné par les histoires de ses habitants, une ville témoins de vies.

Will Eisner réussit à incarner des endroits qu’on fréquente tellement qu’on ne les voit plus tout à fait, il ré-enchante le regard. Les citadins sont dépeints dans leurs joies, leurs tristesses, leur part de tragique. Comics? Roman graphique? On ne sait pas trop. Mais ce qui est sûr, c’est que le talent narratif est présent : Will Eisner peut tout à fait se passer de mots et de bulles. Ses histoires muettes sont les plus touchantes et efficaces.

Un coup de génie.

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New York Mania
En effeuillant le chrysanthème
Les lectures de Cachou

“Scott Pilgrim” Bryan Lee O’Malley

Scott Pilgrim
Bryan Lee O’Malley
Trad. de l’anglais par Philippe Touboul
Milady, “Graphics”, 2010-2011
(6 tomes, série complète)

Scott a 23 ans et c’est un loser paumé qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Il tombe amoureux de la mystérieuse Ramona Flowers, mais pour la conquérir, il lui faut affronter ses 7 ex maléfiques!

Voilà Scott Pilgrim, le héros ordinaire ou presque des ados et des geeks. J’ai découvert le comics après avoir vu le film. Scott est un gros squatteur. On découvre sa joyeuse bande de copains, tous plus ou moins inadaptés, et on a envie de leur ressembler (ah… c’est déjà le cas, en fait). L’histoire mélange le fantastique et le réalisme et garantit de nombreux rebondissements. Le livre est au format manga et le dessin y fait énormément penser, mais ne vous y trompez pas, c’est bien un comics. Mais un comics qui se joue des frontières.

Quant au film, il a vraiment été bien adapté. Les scénaristes ont bien fait leur boulot et ont bien réussi à recentrer l’action. Il y aurait eu moyen de se noyer dans les détails. La musique est bonne (bonne, bonne, bonne), l’univers visuel et les bruitages geeks à souhait. Rien que d’entendre le jingle Universal en 8-bit, ça fait rentrer dans l’ambiance. Le cadre change de forme dans certaines scènes et donne vraiment l’impression d’être dans une BD… qui bouge. En gros, voyez-le et lisez-le, dans l’ordre que vous préférez!

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Lis tes ratures
Yozone
Lalynx

 

Et puis une bande-annonce du film parce que quand même…

“La page blanche” Boulet, Pénélope Bagieu

La page blanche
Boulet et Pénélope Bagieu
Delcourt, “Mirages”, 2012

Vous auriez du Marc Lévy?

Une jeune fille est assise sur un banc à Paris. Elle a complètement perdu la mémoire. Elle doit entièrement reconstituer son histoire.

Deux pointures pour une BD. Autant vous dire que tout le monde s’est jeté dessus. Et comme tout ce qui fait beaucoup de bruit, on est souvent déçu… Boulet et Pénélope Bagieu ont construit leur scénario autour de clichés, des attentes des lecteurs sur le sujet des pertes de mémoire. Ce qu’on voit dans les films, ce qu’on lit. Ils nous baladent un peu pour finalement revenir à une intrigue très réaliste. Quant à la chute, j’avoue m’être dit sur le moment quelque chose comme “ah… c’est tout?” Évidemment, les auteurs soulèvent un thème plus profond que les classiques sur l’amnésie, un thème qui pourrait apporter plein de choses mais qui n’a pas été creusé.

Cependant, ça n’empêche pas à cette bande-dessinée d’avoir des points positifs. Le dessin de Pénélope nous emmène dans Paris, nous y promène la nuit à la lueur mystérieuse des réverbères. On pénètre le monde de la librairie où l’héroïne travaille, ce qui donne lieu à quelques petites blagues de libraires. Une bonne lecture, mais dommage que ça ne soit pas plus… Consistant? On reste sur notre faim.

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Bricabook
La fille dans sa cabane
Petites madeleines

Et les premières pages sur le blog de Boulet.

“Shenzhen” Guy Delisle

Shenzhen
Guy Delisle
L’Association, 2000

Une demi heure avant de se quitter, on a fait connaissance.

1997. Guy Delisle est responsable d’un studio d’animation en Chine. Dans ce pays totalement inconnu, l’isolement le pèse et les différences culturelles sont énormes…

J’étais très contente du Fauve d’Or de Guy Delisle cette année à Angoulême pour Chroniques de Jérusalem. En attendant de pouvoir mettre ma main dessus, je me suis fixée de relire ses autres chroniques. Ici, Guy raconte son voyage par petites anecdotes dessinées. Il nous montre les différences culturelles dans ces habitudes quotidiennes étranges et étrangères. On sent que l’auteur est un grand voyageur, très curieux et qui sait s’accommoder de beaucoup de choses. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est une bande-dessinée qui reste assez neutre du point de vue politique, les chinois n’en parlant visiblement presque jamais.

S’il trouve certaines coutumes étranges, les chinois le trouvent étrange, lui. Peu enclins à échanger, la barrière de la langue n’aidant pas, il souffre peu à peu de solitude et de routine pesante. Le bilan reste donc un peu mitigé pour lui. Ce sont des chroniques très intéressantes, mais pas mes préférées!

Allez jeter un coup d’oeil sur le blog de Guy Delisle.

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Traqueur Stellaire
Jizo
Gridouillis

“Tu mourras moins bête” Marion Montaigne

Tu mourras moins bête
Vol. 1 : La science, c’est pas du cinéma!
Marion Montaigne
Ankama éditions, 2011

Liebe Moustachen Professor...

La librairie est un lieu de perdition parfait pour moi, surtout le rayon BD. Voilà, j’ai craqué, il a fallu que j’achète ce joli pavé, retravaillé d’après le blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) de Marion Montaigne. Bien sûr, j’adore le blog, bien sûr je ne rate jamais une note ni une occasion de m’instruire. Depuis peu, j’adore dire que j’ai des “douleurs déplacées irradiant de mon plexus cœliaque“. Ca rend tout de suite les choses plus classe.

Donc si vous aussi, vous avez envie de vous la péter en allant voir des films d’action pour décrédibiliser toutes les scènes et ce faisant emmerder les copains, cette BD est faite pour vous. Le Professeur Moustache se chargera de vous apprendre tout ce que vous devez savoir de manière ludique et drôle. La vulgarisation scientifique, il sait le faire mieux que quiconque! Par contre, c’est très générationnel. N’allez pas offrir ça à Papi, c’est pas sûr qu’il comprendrait toutes les références, le pauvre, même s’il aime la science.

Le tome 2 est déjà lancé, et pour cause, il reste tellement de matière!

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Blog brother
Miss Alfie
bdouille

“L’effet Kiss pas cool” Leslie Plée

L’effet Kiss pas cool
Journal d’une angoissée de la vie
Leslie Plée
J-C Gawsewitch éditeur, 2011

J'y pense à l'avance, alors j'angoisse d'angoisser, 
alors j'angoisse encore plus...

Voici la deuxième BD de Leslie Plée après Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses où elle relatait son éreintante expérience en librairie. Ici, Leslie centre son récit sur l’historique de ses angoisses à travers les âges. Elle confie son mal-être avec humour mais beaucoup de sensibilité et de simplicité. Forcément, on sympathise car on s’y reconnaît (même un tout petit peu). Il y a quand même de l’espoir : il suffit de passer au travers des périodes les plus moisies de la vie.

J’étais contente de retrouver le trait Plée. Quoi qu’on en dise, et quoi qu’elle en dise, personne d’autre ne dessine comme ça, c’est une patte personnelle. Si le trait n’est pas sophistiqué, au moins, elle montre une très bonne capacité à mettre en scène ces petits épisodes de la vue.

Si vous aimez l’auteur, allez donc voir son blog et sachez qu’elle publie assez régulièrement des planches dans Fluide Glamour.

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How I Met Those Stories
Mes contemplations et mes digressions
Librairie du Parc

“La colline aux mille croix” Perrissin, Renault

La colline aux mille croix
Christian Perrissin

Déborah Renault (scénario)
Futuropolis, 2009

 

Et toujours on parlait de Luce de Mirail comme si elle vivait encore.

 

Rouergue, XVIe siècle. Durant la période de la Réforme, deux familles se disputent un domaine et la légitimité de leurs croyances et pratiques religieuses. Luce Dalmayrac est l’héroïne tragique. Elle perd la confiance et la protection de son beau-père en essayant de donner une sépulture à son frère, tué lors d’un duel.

 

J’ai tout de suite été attirée par le graphisme de cette bande-dessinée. L’histoire est assez dense et les relations entre les familles un peu compliquées, mais l’important est Luce, l’héroïne tragique, une Antigone transposée au XVIe siècle. Face à son destin, cette femme doit se décider à être forte pour gagner son indépendance et sa liberté. Cette histoire est contée, malgré tous ces éléments tragiques, avec une certaine pudeur et pas mal de noirceur qui imprègnent le récit de froideur et empêchent la lumière de transparaître.

Cette impression de noirceur est bien sûr influencée par le dessin. Tout en noir et blanc, à l’image de la couverture, sans doute fait au fusain, l’atmosphère est crayeuse, floue et pesante. Les personnages, très réalistes, se dessinent parmi les ombres. Ces illustrations sont couchées sur du papier d’une superbe qualité, ce genre de papier qu’on prend plaisir à toucher pendant la lecture. Seul bémol (il en fallait bien un), la typographie en comic sans ms fait… comment dire… tâche. Pourtant, c’est pas les polices qui manquent…

Dans tous les cas, une magnifique BD, forte et grave dans un très beau livre.

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Bodoï
Du9
Librairie Graffiti 

“Trois Christs” Mangin, Bajram, Néaud

Trois Christs
Récit en trois variations
Valérie Mangin (scénario)

Denis Bajram et Fabrice Neaud (illustrations)
Éditions Quadrants, “Astrolabe”, 2010

 

Il est de ces chevaliers qui veulent contempler Jésus 
souffrant et pleurer sur ses plaies pendant leur prière.

 

1353, France. À Lirey, les fêtes de Pâques vont débuter. La nouvelle église vient d’ouvrir ses portes sous le mécénat du Chevalier Charny. Celui-ci serait en possession du Saint-Suaire… Trois variations : “Dieu existe”, “Dieu n’existe pas”, “Dieu est radioactif”.

 

La règle du jeu est la suivante : “montrer qu’avec la même matière, on peut raconter tout et son contraire.” Les trois versions de ce récit sont donc basées en majorité sur les mêmes dialogues, les mêmes dessins. Les trois auteurs ont réussi à ajuster de main de maître un étonnant puzzle scénaristique.Les trois récits trouvent leur origine dans des hypothèses scientifiques ou historiques sur l’authenticité du Saint-Suaire. Le sujet semble être parfait pour l’occasion. Aucun besoin d’être un expert en la matière puisque ces théories sont résumées entre les histoires.

Le dessin est assez réaliste. Par je ne sais quel procédé, le grain semble très épais, et efface un peu les contours, comme dans une impression ou un souvenir lointain. Cela contribue également à une ambiance très étrange et surnaturelle, surtout dans la dernière version, la plus excentrique des trois. Mais je n’en dis pas plus. Trois Christs faisait partie de la sélection du festival d’Angoulème 2011.

Une BD à lire, ne serait-ce que pour applaudir la prouesse scénaristique et graphique.

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Les singes de l’espace
Blogbrother
Publikart 

“Un amour de Marmelade” Supiot

Un amour de Marmelade
Supiot

Glénat, “1000 feuilles”, 2011

Cette ville est une dévoreuse d'âmes.

Lutétia, après la Guerre des Trois Couleurs, est plongée dans le chaos, la misère et la corruption. De nombreux meurtres sont mis sur le compte de Marmelade, une créature verte et anormalement flexible. Celui-ci clame être le professeur Cazaviel, laissé pour mort dans son laboratoire après l’enlèvement de sa femme.

Dans une ambiance steampunk, Supiot dévoile la vérité sur le terrible Marmelade… Mais avec nom comme celui-là, vous vous en doutez, il ne peut s’agir que d’un héros sympathique. Et c’est le cas. Marmelade est un personnage vert et plus ou moins informe, aux capacités de régénération impressionnantes, poursuivi par les autorités policières ainsi que par son réel ennemi, un mystérieux personnage encapuchonné. Il est rejoint par Blanche Noyant, une jeune femme passe-muraille clairement inspirée par l’actrice des années 1910, Musidora et plus particulièrement par son personnage, Irma Vep dans Les Vampires de Louis Feuillade. Toute moulée dans cette combinaison noire, elle faisait transpirer les poètes surréalistes.

Le seul défaut de cette très belle BD est sans doute qu’elle est trop courte. Il y avait matière à faire une trilogie, au moins. Pourquoi n’en apprend-t-on pas plus sur la Guerre des Trois Couleurs? Les relations entre les personnages auraient pu être plus creusées. Cependant, même si c’est court, on en prend plein les yeux. De superbes couleurs, un trait soigné, un scénario bien rythmé. On repère quelques références, comme Musidora citée plus haut, ou le méchant qui semble inspiré du Boogie Man dans l’Étrange Noël de Mr Jack. Et le gros plus : un très beau volume, bien relié. Je ne le répèterai jamais assez, ça fait vraiment plaisir.

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Des galipettes entre les lignes
Madblog