“The New York Trilogy” Will Eisner

The New York Trilogy
1. La Ville
2. L’immeuble
3. Les Gens
Will Eisner, Delcourt, 2008

Où existe-t-il une ville 
sans murs pour abriter son âme,
étouffer ses cris et 
chorégraphier la danse de la vie?

À travers cette trilogie, Will Eisner écrit un véritable hymne à l’amour de New York. Ce n’est pas à prendre dans un sens niais : en effet, l’auteur aime la ville autant pour ses bons que pour ses mauvais côtés. Trois variantes, trois points de vue, la ville se livre de différentes manières. Cela pourrait très bien s’appliquer à toute autre grande ville, d’ailleurs. Un immeuble façonné par les histoires de ses habitants, une ville témoins de vies.

Will Eisner réussit à incarner des endroits qu’on fréquente tellement qu’on ne les voit plus tout à fait, il ré-enchante le regard. Les citadins sont dépeints dans leurs joies, leurs tristesses, leur part de tragique. Comics? Roman graphique? On ne sait pas trop. Mais ce qui est sûr, c’est que le talent narratif est présent : Will Eisner peut tout à fait se passer de mots et de bulles. Ses histoires muettes sont les plus touchantes et efficaces.

Un coup de génie.

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New York Mania
En effeuillant le chrysanthème
Les lectures de Cachou

“L’écume des jours” Boris Vian

L’écume des jours
Boris Vian
Livre de Poche, 2011 (1947)

Je voudrais être amoureux, dit Colin. 
Tu voudrais être amoureux. 
Il voudrait idem (être amoureux). 
Nous, vous, voudrions, voudriez être, 
ils voudraient également tomber amoureux.

Colin tombe amoureux de Chloé et l’épouse. Malheureusement elle tombe malade. Chick et Alise sont fans de l’écrivain Jean-Sol Partre. Mais Chick tombe dans une folie de collectionneur.

Honte à moi, je n’avais jamais lu L’écume des jours. J’ai profité de l’exposition sur Boris Vian à la Bibliothèque François Mitterrand pour en savoir plus sur lui. Et puis j’ai lu. Et puis j’ai écouté. Et puis j’ai aimé.

Etrange, poétique, surréaliste, drôle, triste et pessimiste. L’écume des jours semble résumer à lui tout seul son auteur. C’est une vision de la vie, une vision du travail comme activité répétitive et destructrice, une vision de la maladie qui ronge. Le romantisme s’immisce dans un univers en suspens qui évolue selon les états d’âme des personnages. C’est un des romans les plus inclassables qu’il m’ait été donné de lire. Boris Vian mélange tout : romance, série noire, science-fiction et même littérature pour enfants! Car les souris qui parlent et agissent comme des humains, c’est généralement peu récurrent chez les adultes.

Je sais que ce roman peut être très déstabilisant pour certains lecteurs, mais j’ai été complètement emportée. Boris Vian se résume dans cette oeuvre et rend même hommage à certains amis. Il critique le pouvoir des foules, le travail, la guerre et la violence, comme il le fait dans ses chansons. J’ai eu le coeur arraché moi aussi par ce roman qui résonne encore fort, encore aujourd’hui.

Et j’apprends qu’il va bientôt être adapté par Michel Gondry… Damned, ce roman n’aurait pas pu trouver meilleur réalisateur. Je le dis comme je le pense. Ca va être onirique à souhait.

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Les pages défilent
La poussière du grenier
Lunazione

 

Je ne résiste pas à l’envie d’ajouter une chanson.

“L’arbre généreux” Shel Silverstein

L’arbre généreux
Shel Silverstein
Ecole des Loisirs, 1982

Et l'arbre était heureux.

C’est rarissime que je vous fasse une critique d’un album tout seul. Mais celui-là est spécial, c’est un chef d’oeuvre. Trouvé au détour d’une étagère poussiéreuse dans la réserve de ma bibliothèque, j’ai eu une révélation sur cet album. C’est un des plus beaux et des plus vrais que j’ai pu lire jusqu’à présent.

Le dessin est très simple, des traits en noir et blanc, sert une histoire simple. L’histoire d’un homme et d’un arbre. Plus on avance, plus on comprend, et plus les larmes montent. Chaque lecteur apporte son bagage à la lecture, et les plus jeunes seront peut-être moins bouleversés. Moi, j’ai lu dans cette histoire des choses belles, tristes et inévitables. Il fallait beaucoup de génie et de sensibilité pour exprimer ce regard sur la nature humaine.

Inoubliable. Magique. Fort. A faire lire à tous les âges.

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Souris de bibliothèque
Tropisme
Malice

“L’autre moitié de moi-même” Anne-Laure Bondoux

L’autre moitié de moi-même
Anne-Laure Bondoux
Bayard, 2011

Pour voler, une plume ne suffit pas.

Un besoin de retracer sa vie après un divorce, reconstituer une vie familiale, voilà comment naît cette autobiographie qui s’est plus ou moins imposée à l’auteur.

C’est un résumé bien réducteur pour un ouvrage qui m’a particulièrement touchée et a trouvé en moi des résonances très personnelles. C’est forcément difficile d’en parler. Anne-Laure se dit que sa vie n’est pas une histoire pleine de rebondissements. Mais elle doit satisfaire un besoin d’écriture et résoudre à un blocage. Elle se lance donc dans ce projet inconnu et qui lui semble un peu prétentieux. C’est une épreuve réussie. Un style vif et une bonne dose d’humour lui permettent de revenir sur des événements douloureux sans s’apitoyer.

On est en droit de se demander à qui sera destinée une autobiographie d’une auteure jeunesse : eh bien, à tous. Les ados qui ont lu ses romans peuvent s’identifier, les adultes peuvent avoir envie de découvrir son œuvre. Ce texte nous donne une idée de comment fonctionne pour elle le principe de création. Je ne cache pas mon lien très personnel à ce roman, qui tombe pile au bon moment dans ma vie. Et si j’en parle de manière si pauvre, c’est bien qu’il m’a vraiment marquée… Alors merci de tout coeur, Anne-Laure.

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Fantasia
Mirontaine
Petites madeleines

Site officiel d’Anne-Laure Bondoux

“Le passeur” Lois Lowry

Le passeur
Lois Lowry
Trad. de l’américain par Frédérique Pressmann
Ecole des Loisirs, “Médium”, 1994

Ferme les yeux et ne bouge plus.
Je vais te transmettre le souvenir d'un arc-en-ciel.

Lors d’une grande cérémonie, Jonas reçoit son attribution, le rôle qu’il devra tenir pour la société : plus tard, il sera dépositaire de la mémoire et doit commencer tout de suite sa formation. Dans une communauté fondée sur l’Identique, quel peut être le poids du passé?

Je le dis tout de suite, ce roman est plus qu’un coup de coeur, c’est un chef d’oeuvre, un livre à avoir lu absolument. On m’en parlais depuis longtemps, mais j’ai enfin pu le constater par moi-même.

Jonas vit dans une société qui rappelle beaucoup 1984 de George Orwell (encore et toujours), une société qui cherche à convaincre son peuple de son bien fondé par des moyens détournés. Vous perdez de la liberté, certes, mais vous gagnez en sécurité. Tout est mesuré, contrôlé. Le nombre d’enfants dans les familles, les missions dévolues aux enfants et le choix de leur métier, soi-disant choisi selon leur aptitudes. L’individu est effacé. Ainsi que les oiseaux, les couleurs, et tout sentiment inutile (c’est-à-dire tout sentiment tout court).

Tout peut paraître simple et naturel, si ce n’est que Jonas a des doutes. Le lecteur découvre petit à petit sous un regard neutre ce qui l’aurait choqué au premier abord. Ce récit contient tant d’épaisseurs qu’il peut être lu et apprécié à tout âge. Une histoire poignante, des thèmes de réflexion fondamentaux (différence, exclusion, justice, liberté,…) dans un roman d’anticipation court et intense. Lois Lowry prouve qu’on n’a pas besoin d’en faire des caisses pour faire un roman marquant, fort et vrai.

Un chef d’oeuvre. C’est tout.

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C’est Claire
Pages en partage
1001 lectures

La Trilogie du Passeur
1. Le Passeur
2. L’Élue
3. Messager

“Annie du lac” Kitty Crowther

Annie du lac
Kitty Crowther
Ecole des Loisirs, “Neuf”, 2011

Annie se sent mal. 
Et presque tous les jours, c'est comme ça. 
Il y a quelque chose de noir qui la remplit de l'intérieur.

J’éviterais de résumer cet ouvrage, si beau et poétique qu’il m’avait arraché des larmes à la lecture. Avec douceur mais émotion, Kitty Crowther, par ses illustrations et son texte évoque la solitude et la dépression. Derrière l’apparente simplicité du texte se cache un message beau et profond, comme l’eau du lac. Chaque lecteur approche le sujet à son niveau.

Par le biais d’un registre merveilleux, on assiste à une recherche de l’âme soeur au cours d’un voyage initiatique. Même si la tristesse imprègne beaucoup ce récit, il en ressort malgré tout beaucoup d’espoir. Un bijou de créativité et de poésie mélancolique.

Prix Baobab du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil (2009)

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L’accro des livres
Graines de mômes
A lire au pays des merveilles

“Waterloo Necropolis” Mary Hooper

Waterloo Necropolis
Mary Hooper
Trad. de l’anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez
Éditions les Grandes Personnes, 2011

Le beau visage de Grace,
pareil à celui des anges sur une tombe.

Londres, 1861. Lily et Grace sont deux orphelines qui tentent de survivre dans la ville en vendant du cresson. Du jour au lendemain, elles se retrouvent à la rue et Grace se résout à aller travailler chez les Unwin, comme pleureuse. Chez ces gens peu honnêtes, elle découvre le lucratif commerce mortuaire.

Dickens n’est plus depuis longtemps. Heureusement, en littérature jeunesse, nous avons Mary Hooper. Une auteure qui fait revivre le Londres victorien dans toute sa splendeur et sa misère, sa crasse et son faste. Dans l’univers du glauque, la Mort rôde à chaque moment autour des personnages. Angoissante, l’intrigue porte le lecteur à travers 200 pages d’émotions, de suspense et de lutte du bien contre le mal. Commerçants véreux contre enfants innocentes, tout ça pour l’appât du gain.

Il faut savoir doser efficacement le documentaire et la fiction dans une ouvrage historique, d’autant plus destiné à la jeunesse, et ici l’équilibre est parfait. L’auteur nous fait porter le fardeau de cette belle histoire oppressante grâce à un style très poétique et abouti. Je sais que sa réputation n’est plus à faire, mais c’était le premier roman que je lisais de sa plume. Je n’ai plus qu’à me rattraper.

Un roman incontournable qui fait encore honneur aux Grandes Personnes.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
De page en page
Ca sent le book

“Brise-glace” Jean-Philippe Blondel

Brise-glace
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, 2011

J'avais compris d'un coup
que les mots avaient leur propre vie,
et que, en les assemblant, parfois,
on pouvait faire naître un truc proche de la magie.

Aurélien s’enferme dans la solitude après un deuil dont il ne veut pas parler. Thibaud, son nouvel ami, veut absolument le libérer de ce poids et tente de creuser pour comprendre ce que cache Aurélien.

J’en ai fait une bonne cure, de Jean-Philippe Blondel. Ici, vous tenez entre vos mains un roman d’une grande force, un roman que je ferais volontiers lire à des adultes pour leur prouver que, non, la littérature pour adolescents n’est pas une sous-littérature. Aurélien est un personnage ceint par la souffrance qu’il exprime parfois en flots de paroles (voir l’épisode très fort du slam). C’est un personnage méfiant qui ne sait plus où mettre sa confiance et qui culpabilise à en crever. Aurélien et sa vie entre parenthèses.

Des couleurs, partout un rapport aux couleurs qui rappelle Et rester vivant. On comprend tout de suite plus de choses après avoir lu un récit autobiographique, aucun doute. On rentre dans l’intimité d’un auteur qui bâtit des personnages et des situations belles, fortes, graves, vraiment marquants en tous points. A ne pas manquer.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
Jardins d’Hélène
Moi, Clara et les mots

“Comment vous saviez pas?” Gilbert Laffaille, Jean-Luc Allart

Comment vous saviez pas?
d’après une chanson de Gilbert Laffaille
illustré par Jean-Luc Allart
Editions les Grandes Personnes, 2011

Si c'est pas malheureux... Manger des chats français!

Je m’en tiendrai à peu de mots pour cet album qui est une petite perle. D’abord par l’originalité de ses illustrations, mélange de décors 3D et de photographies. Et ensuite, pour le sujet, abordé très finement et avec beaucoup d’humour.

Je vous laisse avec une découverte en images et en musique. Cette chanson, une fois que je l’ai écouté, je n’arrivais plus à m’en défaire. Elle me revient à chaque fois que je vois l’album!

 

 

 

Le grot chat du marché...

 

Niark, niark, niark, niark!

“Comme des trains dans la nuit” Anne Percin

Comme des trains dans la nuit
Anne Percin
Editions du Rouergue, “doAdo”, 2011

Regarde, c'est facile, il suffisait d'oser :
ça sort tout seul, ça vient de moi,
ça va vers toi. Vers le monde.
C'est pas vrai qu'on va crever. C'est pas vrai.
 Putain, on est vivants!

On a chacun notre manière de passer de l’adolescence à l’âge adulte. Souvent, avec quelques obstacles. On brûle des fermes, on a du mal à s’avouer notre amour, on s’immerge dans la création, on déterre des secrets de famille…

La réputation d’Anne Percin comme auteur pour les adolescents de haute qualité n’est plus à faire. Elle est en effet de plus en plus prolixe et plonger dans ses romans, c’est l’assurance de ne pas être déçu. J’ai quelques auteurs comme ça, quand je n’ai plus d’inspiration pour lire, je fais appel à eux. Et c’est toujours une réussite. Vous voyez, là, j’ai deux Percin sous le coude pas encore lus (Le premier été et Comment (bien) gérer sa love story) et un qui est lu et qui attend sagement d’être critiqué ici (Comment (bien) rater ses vacances).

Dans Comme des trains dans la nuit, Anne Percin s’adonne à l’exercice toujours un peu périlleux de la nouvelle, et forcément, elle cartonne. Avec son écriture aboutie, elle donne aux histoires la longueur idéale : l’histoire est consistance, va a l’essentiel, du vrai concentré. Chaque nouvelle a un goût unique : acide, brûlé, sanguin… On explore la violence intérieure en dégradé d’adolescents. Mais toujours avec espoir. Frustrés, étouffés, ils ont besoin d’extérioriser ce mal-être, de l’exorciser pour aller de l’avant, et le plus vite possible car l’asphyxie n’est pas loin.

Ce sont des histoires dures avec un style qui va avec. Des sous-entendus lourds de secrets cachés ponctuent ces récits et augmentent la tension. Tout comme dans la vie. C’est fort et prenant, c’est cathartique. C’est bon, c’est réussi, c’est du Percin.

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Un petit bout de bibliothèque
Fantasia (Sophie PIlaire)
Le jardin d’Hélène

Les routes de l’imaginaire