“Paris est une fête” Ernest Hemingway

Paris est une fête
Ernest Hemingway
Trad. de l’anglais par Marc Saporta
Gallimard, “Folio”, 2009

Tel était le Paris de notre jeunesse, 
au temps où nous étions très pauvres et très heureux.

Paris dans les années 1920 est un vivier d’artistes, d’écrivains, d’originaux formant une petite société. Hemingway raconte sous forme de chroniques sa vie parisienne, ses discussions avec Fitzgerald, sa vie de famille…

Ah! De remonter dans le temps, et de connaître Paris à son page d’or… Ca ne vous rappelle pas vaguement un film récent? On peut dire que Woody Allen avait bien raison. J’ai passé de longs moments à rêver en faisant cette lecture. Le Paris des années 1920! Rentrer dans un café et y trouver un écrivain. Hemingway décrit sa vie d’écrivain en herbe, en recherche de soi et de son style. De longues heures à travailler à la terrasse de petits bistrots.

Paris est une fête invite au pèlerinage dans les rues de la capitale, sur les lieux qu’on connus ces illustres noms. Hemingway décrit une ville merveilleuse, qu’il parcourt le plus souvent à pied, une ville relativement peu onéreuse, propice au bonheur. Damned, ça a bien changé. J’me sens nostalgique…

La bande-annonce de Midnight in Paris : un super film même si Woody Allen y est allé fort sur l’accordéon et le romantisme proverbial de Paris.

“To Kill a Mockingbird” Harper Lee

To Kill a Mockingbird
(Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur)
Harper Lee
Arrow books, 2006 (1960)

Why reasonable people go stark raving mad 
when anything involving a Negro comes up, 
is something I don't pretend to understand.

Dans l’Alabama en plein période de ségrégation raciale, Scout et son frère Jem vivent un procès où leur père est avocat, le procès d’un Nègre accusé de viol.

Grand classique honoré par le prestigieux Prix Pulitzer, To Kill a Mockingbird est le premier livre que j’ai lu cette année… en anglais dans la texte pour me décrasser les méninges! L’idée m’était (re)venue de le lire après The Help de Kathryn Stockett qui traitait le même thème de manière différente. Et je n’ai pas été déçue.

Le point de vue de la petite Scout domine tout le roman. Cette enfant, souvent influencée par les commérages et les préjugés qui vont bon train, apprend à séparer le bon du mauvais auprès de son père, un homme intègre et honnête. Beaucoup de choses lui sont mystérieuses, comme la raison qui garde son voisin Boo Radley cloîtré chez lui. Ce point de vue est judicieusement choisi pour apporter un éclairage innocent à l’histoire.

Ce roman mérite tous les éloges qui lui sont faits. J’admire particulièrement ce personnage de l’avocat, Atticus. Ce n’est pas un révolté, ce n’est pas un militant. C’est un homme qui s’efforce chaque jour de sa vie à être honnête, bon et juste, et à passer ces qualités à ses enfants. Il persévère pour cette notion de justice jusqu’à lutter contre toute sa communauté pour défendre l’innocence d’un homme, quelque soit sa couleur de peau. Courage, droiture et insoumission.

Un grand classique que j’invite tout le monde à lire ou à relire.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là.
Lecture ado
Naufragés volontaires
Les lectures d’Aurélie

Petite anecdote… Saviez-vous qu’il a existé trois titres différents pour la traduction française?
1961 : Quand meurt le rossignol (trad. de Germaine Béraud)
1989 : Alouette, je te plumerai (trad. Isabelle Stoïanov)
2005 : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (trad. revue par Isabelle Hausser)

“La couleur des sentiments” Kathryn Stockett

The Help (La couleur des sentiments)
Kathryn Stockett
Penguin Books, 2011

Années 60, Jackson, Mississippi. Skeeter voudrait devenir écrivain et décide d’écrire un roman sur les bonnes afro-américaines dans sa ville. Elle prend contact avec Aibileen qui prend de gros risques pour soutenir ce projet.

Succès de librairie quasiment depuis les premiers jours de sa sortie, ce roman est encore à ce jour en deuxième place des ventes de livres. Adapté au cinéma à peine un an après sa sortie en France, on peut dire que c’est un blockbuster dans tous les domaines. Donc je l’ai lu, pas seulement pour vérifier son succès mais parce que je l’avais également repéré à sa sortie et que ses thèmes m’intéressaient.

Trois voix de femme ponctuent ce roman. Dans la version anglaise, elles ont chacune leur langage propre, leur syntaxe, qui les rend toutes bien différentiables. Ce qui m’a plu, c’est la force de ces femmes. Aussi bien celle des bonnes noires que celle de Skeeter, qui ne colle désespérément pas à l’image classique de la femme des années 60. Toutes cherchent à se libérer d’un fardeau social, à élargir les mentalités en offrant un récit de leurs vies.

J’avais peur que le style soit un peu “féminisé”, un peu dégoulinant, mais ce n’est pas le cas. C’est un monde de femmes, monde cruel plus que tout autre et donc ce n’est pas un roman de bonne femme. Les événements sont rapportés avec les regards des trois narratrices, des regardes qui captent les injustices criantes d’une société qui a complètement intégré les principes de la Ségrégation et qui abaisse naturellement une certaine population tout en gardant une façade généreuse et propre. Loin d’être manichéiste et simpliste, le roman montre qu’il n’y a pas que les noirs qui sont exclus avec violence.

Vraiment bouleversant et bien écrit (en tout cas en anglais), je vous le conseille si vous ne l’avez pas déjà lu et si vous avez un peu peur des bestsellers comme moi.

Le film, sorti en octobre dernier, est certes un peu hollywoodisé, bien moins dur que le roman à plus d’un égard, mais il reste très bien joué et assez fidèlement adapté.

“Un artiste du monde flottant” Kazuo Ishiguro

Un artiste du monde flottant
Kazuo Ishiguro

Trad. de l’anglais par Denis Authier
Gallimard, “Folio”, 2009

 

Nous avons été des hommes ordinaires 
dans une époque qui ne l'était pas : 
nous n'avons pas eu de chance.

 

Japon, post-Seconde Guerre Mondiale. Masugi Ono est un ancien peintre de l’art officiel qui a participé activement à la propagance. En voyant sa ville changer, il se rappelle de son passé, de ses anciens élèves et du cheminement qui l’a amené à l’engagement. Il tente par là de se défendre contre les attaques de la nouvelle génération qui, brisée par la guerre, voit la source de ces malheurs chez ses aînés.

 

Tout en finesse, ce roman explore une problématique complexe : la responsabilité de l’artiste dans l’acte de propagande. Dans une société où deux générations s’opposent, il faut savoir équilibrer la balance. Dans l’intention d’unifier son pays, l’artiste produit des oeuvres engagées. Cet investissement, cette envie d’avoir un rôle dans une société qui s’apprête à affronter un événement majeur de son histoire, peut-il être reproché par de plus jeunes, utilisés comme chair à canon? Le plus important est sans doute de ne pas rester sur la rancoeur passée, de savoir se reconstruire, d’aller de l’avant.

Dans un style très poétique et sans s’aventurer sur le terrain houleux de la politique pour décider qui avait tort et qui avait raison, l’auteur nous dévoile la vie d’un vieil homme par petits morceaux, une vie que l’on reconstitue peu à peu pour à la fin cerner une pensée entière et arriver à une conclusion claire. Même s’il est troublé, le narrateur garde le calme de l’homme sage qui revient sur sa vie et qui remet en question ses actions passées et sa respectabilité présente.

Un très beau moment de littérature, délicieux à lire, et qui en plus, donne à réfléchir.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lectures de Cachou
Culture confiture
Les écrits d’Antigone 

“Les trois lumières” Claire Keegan

Les trois lumières
Claire Keegan

Trad. de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin
Sabine Wespieser éditeur, 2011

 

Je me demande comment elle sera, 
cette maison qui appartient aux Kinsella.

 

Une jeune fille est mise en pension chez la famille de son ancienne nourrice, les Kinsella car sa mère est enceinte et que son père ne peut pas s’occuper d’elle. Cette enfant un peu sauvageonne trouve peu à peu ses marques dans un endroit où on la traite comme une adulte.

 

Que dire de ce roman sinon qu’il m’a d’emblée frappée par son style très poétique. Dans cette maison pleine de secrets, la narratrice s’engage dans un voyage initiatique vers la vie d’adulte. Cela peut paraître très banal. Elle comprend à demi-mots que malgré les pires adversités que l’on peut traverser dans la vie, il faut continuer, persévérer. Les douleurs ont beau parfois refaire surface, les plaies se rouvrent mais il faut tout de même tenter de les dissimuler derrière les apparences d’un quotidien réglé comme du papier à musique.

Dans la famille Kinsella, on lui apprend à être adulte aussi par les responsabilités et les enseignements qu’elle reçoit. Le gouffre se creuse entre cette éducation et sa maison familiale où elle est quasiment considérée comme un poids mort. Avec beaucoup de pudeur, l’auteur nous fait le portrait de cette jeune fille dont la vie banale et triste est réhaussée par la poésie. Pas vraiment besoin de continuer à épiloguer sur ce court roman doucement bouleversant… Lisez-le tout simplement. En anglais, ce doit être encore mieux!

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bricabook
A propos de livres
Moi, Clara et les mots 

“Les boîtes de ma femme” Eun Hee-Kyung

Les boîtes de ma femme
Eun Hee-Kyung

Trad. du coréen par Lee Hye-Young et Pierrick Micottis
Éditions Zulma, “Littérature étrangère”, 2009

Trois chimères surgissent en eux : 
je suis amoureux (autosuggestion),   
cette personne est spéciale (fantasme),
cette fois, c'est véritablement mon premier amour (naïveté).

Séoul, années 1990. Dans ces cinq nouvelles nous sont contées des histoires de couples où les femmes étonnent leurs maris. Femmes secrètes, insoupçonnées, désirant une autre vie s’opposent à leurs compagnons, englués dans la routine.

Oui, c’est un bien maigre résumé, mais je préfère laisser la surprise du contenu des nouvelles et plutôt donner le fil conducteur. Le recueil est très uni par cette problématique de l’insatisfaction amoureuse et en général dans la vie. Tout commence au sein de la vie de couple. Dans l’intimité de la famille, il est possible de lire en filigrane des problèmes de société plus larges.

Chaque couple est confronté aux pressions sociales de leur entourage. Ils doivent se conformer à un modèle prédéfini : se marier, se ranger, faire des enfants. Mais chacun doit apprendre à assumer les différences qui les empêchent de coller aux standards. Cette femme ne peut pas avoir d’enfants, enferme divers éléments de sa vie dans des boîtes et ennuie son mari avec des réflexions sans queue ni tête (pour lui). Cette autre a des enfants et tombe derrière les barreaux de la vie de mère au foyer. Celle-là n’a tout simplement pas encore trouvé de mari à l’âge crucial de trente ans. Face à ces pressions sociales, chacun s’échappe comme il peut. Les hommes sont souvent tentés de noyer leur dur travail dans l’alcool avec leurs collègues.Tous arrivent à des considérations sur leurs vies et la direction qu’ils auraient dû prendre.

L’auteur parle de ces problèmes avec un humour très fin. Donnant aussi bien la parole aux personnages féminins que masculins, l’auteur pose un regard quelque peu cynique mais tout à la fois sérieux sur ces vies. Lorsque lui prend la tentation de tomber dans un ton dramatique, et cela à cause des situations des personnages, il reste loin du pathétique, froid et pudique. Au final, ce n’est donc pas un roman centré sur la condition des femmes comme je m’y attendais, mais un portrait de la dureté de la vie de couples dans une société où les mentalités ont du mal à évoluer et où personne ne sait réellement où est sa place. Il m’a beaucoup rappelé l’ambiance du film Peppermint Candy, je suppose donc que le portrait de cette société coréenne est réussi.

Un recueil de nouvelles subtiles et poétiques, miroir d’un vrai malaise.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lectures sans frontières
Le Livraire
Le jardin d’Hélène

“Un secret de rue” Fariba Vafi

Un secret de rue
Fariba Vafi

Trad. du persan (Iran) par Christophe Balaÿ
Éditions Zulma, “Littérature étrangère”, 2011

J'avalai ma salive, pensant que j'étais de celles
qui ne deviennent pas mères d'un seul coup.
Mon sort était de devenir quelque chose par petits bouts.

Homeyra se rend au chevet de son père Abou, en train de mourir. Le retour à son village natal fait surgir en elle de nombreux souvenirs qu’elle s’était efforcé d’oublier. Elle se souvient de la vie de son quartier, des escapades avec son amie Azar, une fougueuse enfant riant au nez des adultes.

Cette année, j’avais décidé de lire un peu plus de littérature étrangère (hors auteurs anglo-saxons que je connais déjà bien) pour pallier à mes manques culturels… Masse Critique m’a permis de découvrir une jeune auteure iranienne avec son premier roman traduit en français.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal pour débuter ma lecture, en partie parce qu’elle a été très segmentée et également parce que c’était un univers et une culture à laquelle il fallait que je m’habitue. Plus que l’histoire d’une fille qui perd son père, Un secret de rue décrit la situation toute puissante du père dans la famille iranienne, la place des femmes, principes qui s’appliquent donc à toute la société. Tout cela est décrit à travers du regard de la narratrice enfant qui observe, questionne et refuse d’accepter.

Malgré leur position et nature “inférieure”, les femmes ont la plus grande place dans ce roman. On parle souvent des femmes de ces pays, décrites soumises et malheureuses. Il faudrait que notre bel Occident et sa liberté vienne les sauver. De manière très concrète, ici, on comprend que le problème est bien plus compliqué. Comment être une femme libérée quand on est rejetée par le reste de la société? Le poids des convenances, la tradition pèsent particulièrement lourd, et je dirais qu’ils pèsent même plus lourd que la religion qui d’ailleurs, n’est que très peu évoquée. Le point de vue est très différent de Marjane Satrapi dans Persepolis, qui elle fait partie d’une famille militante habitant en ville. Ici, c’est la campagne, dans une rue en huis-clos où les murs se referment sur vous.

L’auteur a un style très pudique, tout en sous-entendus. Ici, on parle sous couvert. Elle-même ne verbalise pas les secrets, les événements affreux qui se déroulent dans sa rue. Le lecteur les lit, entre les lignes, comme chuchotés, ce qui demande une lecture très attentive. La tension des moeurs appuie sur chaque mot, sur chaque phrase. Les chapitres sont très courts, on croirait presque que c’est pour nous laisser souffler.

Un beau texte pour un moment de lecture assez éprouvant émotionnellement mais qui donne à réfléchir.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
De page en page
La cause littéraire

“Little Big Bang” Benny Barbash

Little Big Bang
Benny Barbash

Trad. de l’hébreu de Dominique Rotermund
Éditions Zulma, “Littérature étrangère”, 2011

Maman se tut un long moment, en réfléchissant à la formulation
la plus délicate possible, et finit par dire :
"Tu as remarqué qu'un olivier sort de ton oreille?"

Tout commence avec cet homme en surpoids. Pour perdre ces kilos superflus, il essaie tous les régimes les plus farfelus. Lors d’un régime “tout olives”, il manque de s’étouffer avec un noyau qui finit par se loger dans sa gorge. Sans qu’il s’en aperçoive, la graine germe et fait pousser un olivier dans son oreille.

J’aime ce genre de roman. Il est si étrange, atypique et absurde qu’on a aucune idée de là où il veut aller. Finalement, cela se dessine peu à peu…

Nous sommes au coeur d’une famille juive habitant en Israël. Entre le grand-père et la grand-mère, les discussions sont animées. L’un est scientifique et l’autre, rescapée des camps, est parée d’une inébranlable foi en Dieu. La singulière irruption de l’olivier parasite dans l’oreille de leur fils permet de dialoguer à l’infini en opposant religion et raison, et à développer deux philosophies de la vie, deux théories du hasard complètement opposées. Le conflit israëlo-palestinien est également abordé de manière très ironique et noire. Finalement, à défaut de pouvoir tout expliquer, il faut tout relativiser. Pourquoi s’inquiéter de tous ces conflits et de cet olivier quand on sait que la Terre finira brûlée par l’explosion du soleil dans des millions d’années?

Humoristique et piquant, plein d’humour noir et d’ironie, ce court roman vaut vraiment le détour. La seule petite incohérence est que le narrateur est censé avoir 12 ans. Cela dit, on met vite cela de côté quand on comprend l’utilité d’un point de vue extérieur et relativement neutre pour faire la satire de cette famille. Les sujets d’actualité les plus brûlants sont abordés avec une exagération qui dissimule, on le devine, une certaine gravité.

Une belle découverte, une fable sur l’étrange(r) et son acceptation… À ne lire que si vous ne craignez pas les situations absurdes : )

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bricabook
Livres et cinéma
Reading in the rain

“Sommeil” Haruki Murakami

Sommeil
Haruki Murakami

Trad. du japonais Corinne Atlan
Illustrations de Kat Menschik
Éditions Belfond, 2010

Voilà 17 nuits que je ne dors plus.

Le narrateur est une femme mariée, mère d’un enfant. Cela fait une quinzaine de jours qu’elle ne dort plus. Les activités quotidiennes qu’elle faisait avant avec plaisir deviennent mécaniques alors qu’elle se met à lire des romans toute la nuit durant. Ces lectures lui donnent l’impression de seulement commencer à vivre.

Je ne m’y connais pas trop en littérature étrangère et comme je picore à droite à gauche, je tombe parfois sur des livres qui ne sont pas fondamentaux mais originaux. Celui-ci l’était, et les illustrations m’ont particulièrement attirée. Cependant, je ne sais pas du tout si c’était le livre à lire pour découvrir Murakami.

Le début de la nouvelle touche au fantastique. L’ambiance cauchemardesque, mystérieuse, la limite floue entre rêve et réalité jaillissent dans une scène, mais se dissipent assez rapidement par la suite. L’absence de sommeil qui résulte de ce cauchemar est plutôt l’occasion de réflexions métaphysiques sur la mort, l’angoisse, la nécessité physique du repos pour le corps… La narratrice refuse de laisser la vie s’écouler sans pouvoir la contrôler ou simplement la vivre. Dans la lecture, elle renoue avec les passions et découvre d’autres vies à vivre. Ainsi elle prend du recul sur sa vie de femme mariée et tombe dans le cauchemar de la réalité en considérant son enfant et son mari comme des étrangers.

Les illustrations, toutes en bleu nuit, blanc et argent, portent l’imagination sur les rives du rêve éveillé. Des images et des impressions se superposent dans une logique qui n’appartient qu’à elles. Tout se mélange, rêve et réalité, confusion et netteté. Le style très beau est pur et cristallin, bien que très lourd de significations. L’art des métaphores est mené par une plume dextre et le détachement de la narratrice apporte juste ce qu’il faut de froideur.

Malgré tout cela, ce livre sur le sommeil m’a donné… sommeil. Je l’avoue. Je n’ai pas réussi à m’expliquer la fin et je trouve qu’elle gâche un peu ce beau récit. Je pense qu’il s’agit plus d’un livre fait pour les admirateurs de l’auteur (de plus, publié fin novembre 2010, il est clair qu’il est conçu comme un cadeau de Noël), mais je ne suis pas sûre de le conseiller pour une découverte. Cependant, c’était une belle expérience de lecture et je compte bien lire un autre roman de Murakami prochainement.

On aime, on n’aime pas? Allez donc faire un tour par là
Le grenier à livres
Des livres et des heures
Perdue dans les livres

“Les Idiots” Ermanno Cavazzoni

Les Idiots (petites vies)
Ermanno Cavazzoni

Trad. de l’italien par Monique Baccelli
Éditions Attila, 2009

 

Ce qui suit est le calendrier d'un mois ; 
chaque jour nous livre la vie d'une sorte de saint,
qui souffre et jouit comme les saints traditionnels.

 

Trente et un portraits d’idiots, d’hier et d’aujourd’hui : un pyromane accidentel, un marxiste chrétien qui soutient que Jésus est un alien, et toute une belle guirlande de suicides ratés. Méditons donc sur l’idiotie du monde…

 

Je déambulais entre les étagères de la médiathèque et je me suis dit que ça faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman de chez Attila. Voilà qui est fait, et comme d’habitude, il n’y a jamais à le regretter! Il s’agit d’une réédition d’un ouvrage auparavant intitulé Calendrier des imbéciles, et publié chez Austral.

Comme il est dit dans la préface, plus on avance dans cet ouvrage, plus les portraits d’idiots montent en intensité afin d’atteindre “l’état de béatitude (…) proche de celui du plomb”. En effet, on se trouve de plus en plus désarçonné par ces portraits, plus absurdes et grotesques les uns que les autres.

On y retrouve bien entendu les principaux ingrédients de l’imbécilité : la maladresse, l’orgueil, la propension à parler de ce que l’on ne connaît pas, la paranoïa… Mais ces idiots sont portés aux nues, béatifiés, voire désignés comme cas d’étude pour la science moderne. Qui sont les scientifiques? Sans doute nous, les observateurs-lecteurs. À moins que nous soyons des idiots en train de lire des portraits d’idiots. Allez savoir.

Le style est tout en finesse : l’humour, le cynisme et l’ironie sont dosés savamment. Je dois avouer que ma préférence va aux récits les plus courts, très vifs et dont les chutes sont les plus brutales et souvent les plus drôles. Les faux suicides et les suicides ratés me laissent également un souvenir au goût de rire jaune. Les longs récits jouent beaucoup sur la répétition de mêmes structures, de mêmes idées. L’auteur est-il idiot ou s’adresse-t-il à des idiots?

Un roman très divertissant et plein d’humour noir. Tout à fait dans la lignée d’Attila dont je ne cesserai jamais de vous recommander les publications. En plus, ils font des beaux livres, bons à toucher et bons à voir…

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
En marge(s)