“À l’enfant que je n’aurai pas” Linda Lê

À l’enfant que je n’aurai pas
Linda Lê
NiL, “les Affranchis”, 2011

Je me demande quels traits auraient été les tiens 
si je t'avais donné le jour.

L’auteur écrit une lettre à un enfant potentiel, celui qui aurait pu être le sien, si elle avait voulu être mère. Ses névroses, son caractères, sa famille, elle explique toutes les raisons qui font qu’elle refuse la maternité.

Le principe de cette collection veut que les auteurs écrivent la lettre qu’ils n’ont jamais écrite, de parler d’un épisode de leur vie non résolu. Linda Lê offre un texte extrêmement sensible et dur à la fois. En réfléchissant sur le fait qu’elle ne désire pas être mère, elle revient sur des détails très personnels et intimes, par moments crus, de sa vie privée. Elle souligne l’idée que toute femme n’est pas forcément faite pour être mère. Que l’acte d’enfanter demande réflexion et qu’elle agit donc pour le mieux. C’est une réflexion d’autant plus importante dans une société qui, même si elle se dit plus ou moins paritaire, reste sur l’idée qu’une femme se réalise en étant mère. D’où le profond désarroi de nombres de femmes ne réussissant pas à avoir d’enfants.

Linda Lê écrit sans reprendre son souffle. Elle débite ses réflexions dans un flux continu de mots qui ne s’arrête pas. Ce qui montre bien son désir de parler, d’expliquer. C’est un autoportrait parfois brutal, mais très frappant, d’une femme qui brûle de désirs, de contradictions, de questions. Ce court texte a eu un grand succès critique. Moi qui n’avais jamais lu cette auteure, je suis tentée d’aller lire ses autres ouvrages.

Prix Renaudot Poche 2011

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Madimado
Papillons de mots
Littexpress

“To Kill a Mockingbird” Harper Lee

To Kill a Mockingbird
(Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur)
Harper Lee
Arrow books, 2006 (1960)

Why reasonable people go stark raving mad 
when anything involving a Negro comes up, 
is something I don't pretend to understand.

Dans l’Alabama en plein période de ségrégation raciale, Scout et son frère Jem vivent un procès où leur père est avocat, le procès d’un Nègre accusé de viol.

Grand classique honoré par le prestigieux Prix Pulitzer, To Kill a Mockingbird est le premier livre que j’ai lu cette année… en anglais dans la texte pour me décrasser les méninges! L’idée m’était (re)venue de le lire après The Help de Kathryn Stockett qui traitait le même thème de manière différente. Et je n’ai pas été déçue.

Le point de vue de la petite Scout domine tout le roman. Cette enfant, souvent influencée par les commérages et les préjugés qui vont bon train, apprend à séparer le bon du mauvais auprès de son père, un homme intègre et honnête. Beaucoup de choses lui sont mystérieuses, comme la raison qui garde son voisin Boo Radley cloîtré chez lui. Ce point de vue est judicieusement choisi pour apporter un éclairage innocent à l’histoire.

Ce roman mérite tous les éloges qui lui sont faits. J’admire particulièrement ce personnage de l’avocat, Atticus. Ce n’est pas un révolté, ce n’est pas un militant. C’est un homme qui s’efforce chaque jour de sa vie à être honnête, bon et juste, et à passer ces qualités à ses enfants. Il persévère pour cette notion de justice jusqu’à lutter contre toute sa communauté pour défendre l’innocence d’un homme, quelque soit sa couleur de peau. Courage, droiture et insoumission.

Un grand classique que j’invite tout le monde à lire ou à relire.

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Lecture ado
Naufragés volontaires
Les lectures d’Aurélie

Petite anecdote… Saviez-vous qu’il a existé trois titres différents pour la traduction française?
1961 : Quand meurt le rossignol (trad. de Germaine Béraud)
1989 : Alouette, je te plumerai (trad. Isabelle Stoïanov)
2005 : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (trad. revue par Isabelle Hausser)

“Nagasaki” Eric Faye

Nagasaki
Eric Faye

Editions Stock, 2010
Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2010

 

Et voyez ces serpents d'asphalte mou 
qui rampent vers le haut des monts...

 

Shimura-san vit seul dans une confortable maison à Nagasaki. À 56 ans, il n’a pas de femme, peu d’amis et voit rarement sa famille. Peu à peu, il remarque chez lui des déplacements d’objets et de la nourriture qui disparaît du frigo. Décidé à éclaircir le mystère, il finit par investir dans une webcam et surveille sa cuisine depuis son travail.

 

Généralement, je ne me laisse pas vraiment influencer par les prix littéraires dans mes lectures, mais j’essaie d’en lire un ou deux dans l’année quand même. Et je fais bien, puisque celui-ci m’a vraiment très agréablement surprise.

En lisant la quatrième de couverture, j’étais presque convaincue d’avoir entre les mains de la littérature quasi-fantastique. Cela a été confirmé par les premières pages. Grâce à un style très efficace, l’auteur réussit à décrire l’angoisse de Shimura-san, pauvre japonais qui n’a aucune raison de découvrir des choses suspectes chez lui. La mentalité et la culture japonaise étant ce qu’elles sont, on s’imagine tout de suite des fantômes, un esprit qui hante la maison. Il se trouve que le réaliste sert beaucoup plus l’histoire que toute autre chose.

Shimura-san voit sa vie retournée par cette incartade hors de la routine rassurante. Après avoir découvert ce qui se passait chez lui, il n’a pas le soulagement de se défouler sur quelqu’un, de se sentir dans son bon droit. “Je n’arrive plus à me sentir chez moi” dit-il au procès un peu plus tard. Comment en vouloir à la misère du monde qui use du génie de la discrétion pour survivre. C’est quasiment de l’art.

Ce roman est basé sur un fait divers. Il sonne juste, il est touchant, et va à l’essentiel. Que de bonnes qualités. Un vrai coup de plume peut transcender une histoire vraie et fondre réalité et littérature. Un excellent moment de lecture dont on aurait tort de se priver!

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Romans et lectures
Liratouva
Le grenier à livres

“Trois femmes puissantes” Marie N’Diaye

Trois femmes puissantes
Marie N’Diaye

Gallimard, 2009
Prix Goncourt 2009

 

Norah retourne chez son père, homme fier et solitaire, mais qui semble avoir besoin d’elle. Devenue avocate, elle doit aider son frère à sortir de prison.
Rudy n’a peur que d’une chose : perdre sa femme, Fanta. Mais il l’éloigne d’elle par ses accès de violence. Sa vie est balisée d’échecs.
Khady Demba vit chez la famille de feu son mari, jusqu’à ce qu’elle en soit expulsée. Elle cherche des moyens de gagner de l’argent pour s’enfuir en Europe.

 

J’évite généralement de lire les grands prix de la rentrée littéraire, mais cette fois-ci, une prescription universitaire m’y forçait… Pas bon signe.

Les trois nouvelles sont liées par le réseau des personnages et un ensemble de caractéristiques communes. La narration se déroule dans une ambiance lourde, rendue palpable par la chaleur écrasante. Les personnages n’ont aucun contrôle sur leur corps : sueur, énurésie. Ils sont en quête de leur identité. Les relations familiales sont décrites sous l’angle de la violence. Le fantastique rôde également parmi les lignes, sous la forme d’oiseaux menaçants. Enfin, la mort tient un rôle dans chaque nouvelle.

On parle souvent de l’auteur pour la particularité de son style, qui selon les critiques, est arrivé à son aboutissement. C’est un style très travaillé, si travaillé qu’il en devient alambiqué. J’avoue avoir buté sur des paragraphes entiers, sur les excès de style bien trop visibles, notamment les répétitions. Les phrases sont longues, très longues. Des « oh » sont parsemés en début de phrases, sans doute pour accentuer le ton dramatique : on se croirait en effet dans une pièce de théâtre, mais avec de mauvais acteurs. J’évoque à peine l’habitude de la queue de poisson, ou de la fin brutale, usages qui me paraissent un peu faciles.

Finalement, le style m’a tant gênée que j’ai pris trop de distance avec l’histoire, et que je n’ai pas apprécié l’ensemble. Mais ce roman déclenche des réactions très différentes parmi les lecteurs. À vous de voir !

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Encore un blog ennuyeux
Encres noires
Carnets de sel 

“Ce que je sais de Véra Candida” Véronique Ovaldé

Ce que je sais de Véra Candida
Véronique Ovaldé
Editions de l’Olivier, Paris, 2009.
Prix Renaudot des Lycéens

 

Le roman commence par la fin : le personnage principal, Vera Candida, est atteinte d’une grave maladie, et fait le voyage jusqu’à son pays natal pour y mourir. Le narrateur (omniscient) raconte ensuite l’histoire de la grand-mère et de la mère de Vera Candida. Toutes ces femmes semblent être touchées par une malédiction qui les voue à être seules, et maltraitées par la gente masculine. Dans une lutte acharnée, Vera Candida réussit peu à peu à s’extirper de la chaleur moite de Vatapuna et à changer le cours de sa vie.

 

Une fois de plus, les textes des éditions de l’Olivier ne déçoivent pas, et relèvent d’une grande qualité littéraire et narrative (voir ma précédente critique sur Entre les bruits de Belinda Cannone). C’est en connaissant déjà la fin que l’on commence ce roman : c’est un procédé fort récurrent, qui tend à montrer comment la boucle se boucle et surtout qui déplace l’intérêt du lecteur. La fin est importante, certes, mais le cheminement pour y arriver l’est encore plus.

Avec un style qui peut paraître assez distant, Véronique Ovaldé tire le portrait de ses héroïnes, ses « amazones » comme elle les appelle. « Rose Bustamente, la grand-mère maternelle de Vera Candida, avant de devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants de ce bout de mer, avait été la plus jolie pute de Vatapuna. » Description frappante mais tout à fait adaptée à la personnalité de Rose…Ce style n’est donc distant qu’en apparence, car mêlé à cette certaine dose d’humour qui permet au lecteur d’apprécier l’intrigue malgré les nombreux événements atroces qui s’y déroulent.

Ces personnages hauts en couleurs prennent part à une narration digne d’un conte, comme de nombreuses critiques l’ont souligné (même si ce détail était déjà précisé sur la quatrième de couverture…). Un lieu imaginaire, un destin qui s’acharne sur ses victimes, l’exploration des facettes les plus noires de l’homme… le loup rôde pour manger la gamine. Mais peut-elle y échapper, même si elle le veut ? Sans doute. Car même si le dénouement n’est pas heureux, l’espoir est là, indéniablement.

Un coup de cœur à tous les points de vue. C’est un roman qui résonne, qui laisse une marque, qui donne à méditer, et qu’on a envie de faire partager. Tout y est !

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Cunéipage
Le cri du lézard
La petite marchande de prose

“Pinocchio” Winschluss

Pinocchio
Winshluss
Cizo (couleurs)
Editions Requins-Marteaux, coll.”Ferraille”, 2008.
Fauve d’Or du Festival d’Angoulême 2009

 

Pinocchio est un androïde créé par l’inventeur Geppetto, destiné à être vendu à l’armée. Geppetto perd sa créature qui traverse de nombreuses aventures, et croise le chemin de nombreux personnages. Enfin, il retrouve son créateur (ainsi qu’un pingouin) dans le ventre d’un poisson mutant.

Je ne sais pas trop par où commencer pour décrire cette bande-dessinée assez hors du commun, et presque totalement muette. J’avoue qu’en ma qualité de bibliothécaire jeunesse, j’ai été attirée par la reprise du conte.
En effet, comme on nous le précise en début d’ouvrage, cette bande-dessinée est inspirée du roman de Carlo Collodi. Elle en conserve les grandes lignes, la trame générale. Nous retrouvons Geppetto, transformé en inventeur fou et très ambitieux. Le fameux grillon est remplacé par Jimmy Cafard, qui habite dans la tête de Pinocchio (entre parenthèses d’ailleurs, je n’ai jamais compris qu’on accorde tant d’importance à cet insecte que Pinocchio, dans le roman, tue en lui écrasant la tête avec un maillet).
Mais c’est encore un peu plus compliqué quand plusieurs histoires sont tissées en parallèle. Et c’est là que ça devient intéressant. Il y a l’histoire de l’androïde qui joue le rôle de fil conducteur, puis plusieurs autres histoires qui s’y rattachent : la vie d’un policier, Jimmy Cafard, le poisson mutant et même Blanche-Neige et les sept nains en rut. Ah oui, parce que j’ai oublié de préciser que ce n’est pas du tout d’un BD jeunesse qu’il s’agit! Quand Pinocchio est utilisé comme un sex toy, quand on traverse toutes les crimes les plus gores, quand on cherche à manipuler les enfants, voire à les tuer (comme dans tous les contes après tout), quand on parle de suicide, de viol, de sexe, de bouts d’intestins qui volent… nous ne sommes manifestement plus dans la BD jeunesse!
Cela n’empêche qu’il s’agit d’une BD de haute qualité. C’est sûr, ma description peut paraître négative, mais que nenni. Cette bande-dessinée est à prendre comme elle est : elle happe, elle horrifie, et en même temps elle est graphiquement ahurissante. On assiste à un savant mélange : si le dessin peut paraître assez violent (mais en accord avec le ton), il est tempéré par quelques planches très douces aux couleurs pastels. Je me suis souvent arrêtée sur ces dernières rien que pour les admirer, la bouche entre-ouverte.
On reste donc dans le conte, mais adapté pour les adultes. Si Blanche-Neige fait une apparition, on frôle aussi certains autres mythes : celui du Golem, celui de la créature de Frankenstein, et bien d’autres… Winshluss réussit à créer un compromis actuel et à faire entrer son Pinocchio au panthéon des contes dont les personnages sont systématiquement innocents, mais réussissent à commettre des actes horribles.

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BD Gest
Planète BD

“Le premier qui pleure a perdu” Sherman Alexie

Le premier qui pleure a perdu
Sherman Alexie
Trad. de l’américain : Valérie Le Plouhinec, ill :  Ellen Fortney
Albin Michel, “Wiz”, 2008.
National Book Award 2007

 Arnold est un jeune indien Spokane né dans sa réserve. D’une maladie de naissance, il hérite une faiblesse et un physique plutôt minable qui font de lui le bouc-émissaire de la réserve. Soudainement, il décide d’aller à Reardan, un lycée de Blancs. De là, il peut observer sa réserve avec du recul, voire de l’humour et réfléchir sur sa condition et celle des siens.

Voilà un roman qui rassemble à peu près tous les élements pour faire une vie : humour, joie, tristesse, deuil, auto dérision, angoisse, espoir… De moins bons auteurs rendraient tout ça extrêmement brouillon, mais pas Sherman Alexie. Il choisit une courte période dans la vie d’Arnold, un moment-clé, une charnière pour accéder à la vie adulte. Le récit est ponctué d’illustrations humoristiques qui allègent souvent les sujets les plus graves.

On connaissait déja Sherman Alexie pour ses romans policiers pour adultes (Indian Killer, La vie aux trousses…). Pour sa première incursion dans la littérature jeunesse, on peut facilement dire qu’il casse la baraque. Un personnage touchant (et très autobiographique…), une action prenante, un style accrochant, tout y est…

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Télérama
Blabla bibli
Les lectures de Cachou