“La jeune fille à la plume” Katherine Sturtevant

La jeune fille à la plume
Katherine Sturtevant
Trad. de l’américain par Maïca Sanconie
Bayard jeunesse, “Millézime”, 2009

Vous ne voulez pas vous faire capturer par des pirates 
et devenir esclave en Afrique du Nord?

1681, Londres. Meg a 16 ans, fille d’un libraire et possède une imagination débordante. Elle souhaite devenir écrivain, une activité peu recommandable pour la gent féminine. Son destin est plutôt d’être mariée à un bon parti.

On découvre Meg dans son environnement familier, à l’époque où le libraire est également un éditeur et un imprimeur. Elle est fougueuse, créative et un peu immature. On détecte en elle une sorte de Mme Bovary. Pour grandir, elle doit s’ouvrir au monde et sortir des livres, procédé somme toute assez classique. Je m’attendais à ce que Meg soit une petite féministe en herbe, mais non. En même temps, ç’aurait été un peu anachronique.

Meg lutte pour la réalisation d’un rêve personnel, pas forcément pour améliorer la condition féminine en général. C’est un personnage instable qui change sans arrêt d’avis. Son attitude est souvent très auto-centrée, comme on le voit dans ses relations avec Edward qui lui fait le récit de ses aventures en terre maure. Ce gentil roman, comme tous ceux de Millézime, se lit d’une traite. Malheureusement, il ne laisse pas de souvenir impérissable.

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Books and iced coffee
A portée de plume
Chablook

“Rêves de liberté” Kim Soyeon

Rêves de liberté
Kim Soyeon
Trad. du coréen par Lim Yeong-Hee et Françoise Nagel
Chan-OK romans, “Matins calmes”, 2007

On lui a fermé les yeux et les oreilles, 
on l'empêche de parler et de rire, 
et c'est le plus beau jour de sa vie?

1920. Myeong-hye est destinée à une vie de femme mariée, mais avec l’aide de son frère, elle réussit à convaincre son père de la laisser faire des études. A Séoul, elle découvre la vie moderne et peu à peu naît son rêve de devenir médecin.

Dans la Corée du début du siècle, une jeune fille essaie de s’émanciper en même temps que le pays. Dur combat lorsque l’on vient d’une famille très conservative. Cette histoire montre une société à deux vitesses où la position des femmes n’est pas évidente. Une problématique qui doit sans doute avoir encore des échos aujourd’hui. Sans être non plus trop militant, ce roman aborde des questions politiques de manière judicieuse. Myeong-hye doit choisir entre deux vies : celle que sa famille lui a préparé dans le respect des traditions ou celle qu’elle rêve de vivre.

Seul bémol, je regrette légèrement que l’histoire tire un peu sur le larmoiement vers la fin. Egalement, il aurait été intéressant de voir les émeutes de rébellion d’un peu plus près. Mais cela reste un joli roman accessible et facile à lire aux thématiques très fortes et importantes.

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Au panda rêveur
C’est Claire

“To Kill a Mockingbird” Harper Lee

To Kill a Mockingbird
(Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur)
Harper Lee
Arrow books, 2006 (1960)

Why reasonable people go stark raving mad 
when anything involving a Negro comes up, 
is something I don't pretend to understand.

Dans l’Alabama en plein période de ségrégation raciale, Scout et son frère Jem vivent un procès où leur père est avocat, le procès d’un Nègre accusé de viol.

Grand classique honoré par le prestigieux Prix Pulitzer, To Kill a Mockingbird est le premier livre que j’ai lu cette année… en anglais dans la texte pour me décrasser les méninges! L’idée m’était (re)venue de le lire après The Help de Kathryn Stockett qui traitait le même thème de manière différente. Et je n’ai pas été déçue.

Le point de vue de la petite Scout domine tout le roman. Cette enfant, souvent influencée par les commérages et les préjugés qui vont bon train, apprend à séparer le bon du mauvais auprès de son père, un homme intègre et honnête. Beaucoup de choses lui sont mystérieuses, comme la raison qui garde son voisin Boo Radley cloîtré chez lui. Ce point de vue est judicieusement choisi pour apporter un éclairage innocent à l’histoire.

Ce roman mérite tous les éloges qui lui sont faits. J’admire particulièrement ce personnage de l’avocat, Atticus. Ce n’est pas un révolté, ce n’est pas un militant. C’est un homme qui s’efforce chaque jour de sa vie à être honnête, bon et juste, et à passer ces qualités à ses enfants. Il persévère pour cette notion de justice jusqu’à lutter contre toute sa communauté pour défendre l’innocence d’un homme, quelque soit sa couleur de peau. Courage, droiture et insoumission.

Un grand classique que j’invite tout le monde à lire ou à relire.

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Lecture ado
Naufragés volontaires
Les lectures d’Aurélie

Petite anecdote… Saviez-vous qu’il a existé trois titres différents pour la traduction française?
1961 : Quand meurt le rossignol (trad. de Germaine Béraud)
1989 : Alouette, je te plumerai (trad. Isabelle Stoïanov)
2005 : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (trad. revue par Isabelle Hausser)

“L’Enfant du jeudi” Sonya Hartnett

L’Enfant du Jeudi
Sonya Hartnett
Trad. de l’australien par Valérie le Plouhinec
Editions des Grandes Personnes, 2011

Tin est né un jeudi et de ce fait destiné à voyager loin.

Australie, post-Seconde Guerre Mondiale. La famille Flute traverse la Grande Dépression au bord de la misère. Un jour, Tin se met à creuser des tunnels sous la maison pour s’y cacher et se protéger des malheurs qui s’abattent sur sa famille.

Une ambiance bien sombre pour une épopée familiale dans ses joies et ses drames (mais surtout ses drames). Le père noyé dans l’alcool, l’aîné, Devon veut par dessus acquérir un cheval, Audrey devient bonne, Tin creuse, Harper observe et la mère essaie de cimenter tout ça. On pourrait rapprocher ce roman d’un Zola ou d’un Balzac, sans le point de vue extérieur. En effet, ici c’est Harper la narratrice. Une narratrice très frustrée et impuissante face aux événements qu’elle conte puisqu’elle est une des plus jeunes de la famille et ne possède que son courage.

Ce qui lie toutes ces personnes, c’est la famille, la famille comme structure solide, qui ploie mais ne rompt jamais malgré les tempêtes. Même Tin, personnage central quoi qu’absent, observe et soutient sa famille de loin, enterré dans des tunnels qu’il préfère à la lumière du jour. Un pays aride, une aura glauque, des personnages au bord du désespoir… Il manque peut-être un peu d’espoir dans ce récit, qui semble aller fatalement de pire en pire, pourtant très bien écrit.

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Fantasia
Moi, Clara et les mots
Librairie les Sandales d’Empédocle

“Waterloo Necropolis” Mary Hooper

Waterloo Necropolis
Mary Hooper
Trad. de l’anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez
Éditions les Grandes Personnes, 2011

Le beau visage de Grace,
pareil à celui des anges sur une tombe.

Londres, 1861. Lily et Grace sont deux orphelines qui tentent de survivre dans la ville en vendant du cresson. Du jour au lendemain, elles se retrouvent à la rue et Grace se résout à aller travailler chez les Unwin, comme pleureuse. Chez ces gens peu honnêtes, elle découvre le lucratif commerce mortuaire.

Dickens n’est plus depuis longtemps. Heureusement, en littérature jeunesse, nous avons Mary Hooper. Une auteure qui fait revivre le Londres victorien dans toute sa splendeur et sa misère, sa crasse et son faste. Dans l’univers du glauque, la Mort rôde à chaque moment autour des personnages. Angoissante, l’intrigue porte le lecteur à travers 200 pages d’émotions, de suspense et de lutte du bien contre le mal. Commerçants véreux contre enfants innocentes, tout ça pour l’appât du gain.

Il faut savoir doser efficacement le documentaire et la fiction dans une ouvrage historique, d’autant plus destiné à la jeunesse, et ici l’équilibre est parfait. L’auteur nous fait porter le fardeau de cette belle histoire oppressante grâce à un style très poétique et abouti. Je sais que sa réputation n’est plus à faire, mais c’était le premier roman que je lisais de sa plume. Je n’ai plus qu’à me rattraper.

Un roman incontournable qui fait encore honneur aux Grandes Personnes.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
De page en page
Ca sent le book

“La couleur des sentiments” Kathryn Stockett

The Help (La couleur des sentiments)
Kathryn Stockett
Penguin Books, 2011

Années 60, Jackson, Mississippi. Skeeter voudrait devenir écrivain et décide d’écrire un roman sur les bonnes afro-américaines dans sa ville. Elle prend contact avec Aibileen qui prend de gros risques pour soutenir ce projet.

Succès de librairie quasiment depuis les premiers jours de sa sortie, ce roman est encore à ce jour en deuxième place des ventes de livres. Adapté au cinéma à peine un an après sa sortie en France, on peut dire que c’est un blockbuster dans tous les domaines. Donc je l’ai lu, pas seulement pour vérifier son succès mais parce que je l’avais également repéré à sa sortie et que ses thèmes m’intéressaient.

Trois voix de femme ponctuent ce roman. Dans la version anglaise, elles ont chacune leur langage propre, leur syntaxe, qui les rend toutes bien différentiables. Ce qui m’a plu, c’est la force de ces femmes. Aussi bien celle des bonnes noires que celle de Skeeter, qui ne colle désespérément pas à l’image classique de la femme des années 60. Toutes cherchent à se libérer d’un fardeau social, à élargir les mentalités en offrant un récit de leurs vies.

J’avais peur que le style soit un peu “féminisé”, un peu dégoulinant, mais ce n’est pas le cas. C’est un monde de femmes, monde cruel plus que tout autre et donc ce n’est pas un roman de bonne femme. Les événements sont rapportés avec les regards des trois narratrices, des regardes qui captent les injustices criantes d’une société qui a complètement intégré les principes de la Ségrégation et qui abaisse naturellement une certaine population tout en gardant une façade généreuse et propre. Loin d’être manichéiste et simpliste, le roman montre qu’il n’y a pas que les noirs qui sont exclus avec violence.

Vraiment bouleversant et bien écrit (en tout cas en anglais), je vous le conseille si vous ne l’avez pas déjà lu et si vous avez un peu peur des bestsellers comme moi.

Le film, sorti en octobre dernier, est certes un peu hollywoodisé, bien moins dur que le roman à plus d’un égard, mais il reste très bien joué et assez fidèlement adapté.

“Fuir les taliban” André Boesberg

Fuir les taliban
D’après l’histoire vraie de Sohaïl Wahedi
André Boesberg

Traduction du néerlandais d’Emmanuèle Sandron
Thierry Magnier, 2011

 

Dans la montagne, nous pouvions encore nous bercer de l'illusion 
qu'il était possible de faire demi tour.
Cette illusion a maintenant volé en éclats.

 

Sohaïl habite en Afganistan et se souvient du pays dans sa prospérité révolue. Avec la montée de l’extrémisme et des taliban, son ami Obaïd se lance discrètement dans la résistance. Hafiza, quant à elle, devra être mariée à un riche propriétaire terrien de 25 ans son aîné. Le propre père de Sohaïl est recherché et doit se cacher. Toute la famille doit fuir le pays.

 

C’est par une scène d’exécution publique dans un stade que ce roman débute, la toute première à laquelle Sohaïl est témoin. On ne peut pas dire que ça commence en douceur, mais cela annonce la couleur. A travers le regard de Sohaïl, on assiste à la vie de tous les jours : les brimades inattendues, les femmes en tchadri toujours accompagnées d’un chaperon, les hommes en turbans… C’est le portrait d’un peuple complètement asservi à un ensemble de lois, de règles et d’obligations aussi nombreuses qu’inapplicables. Il est impossible de ne pas fauter. Malgré la souffrance, pas de rébellion. Une explication? Ce peuple a été soumis à plusieurs jougs auparavant et préfère attendre que la roue tourne.

Comme dit le grand-père de Sohaïl, les taliban sont peut-être drogués et analphabètes, mais ils sont surtout imprévisibles. La peur habite donc chaque ligne de ce roman. Toujours sur le qui-vive, les personnages sont constamment menacés d’être exécutés sommairement ou de devoir rentrer dans la clandestinité. Mais certains se réclament un devoir de résistance.

Avec un style candide et un ton très nostalgique. Sohaïl raconte sa fuite. La conscience d’être arraché d’un pays qu’il aime malgré tout lui brise le cœur. Il doit également vivre dans l’incertitude, n’ayant pas toutes les informations en main, mais ainsi, il est protégé et blanchi. Il ne comprend pas tout, comme le lecteur. Il tente cependant de garder un mince espoir.

Un roman très frappant à lire et à faire lire aux ados et adultes.

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Sophie Pilaire
Libouli 

“Li Mei, suivante dans la Cité Interdite” Isabelle Duquesnoy

Li Mei, suivante dans la Cité Interdite
Isabelle Duquesnoy

Gallimard jeunesse, “Mon histoire”, 2011

 

Je préfère ne pas trop penser aux heures vécues 
dans mon village chinois, auprès de mes parents : 
le courage de supporter ma nouvelle vie pourrait me manquer.

 

1692. Li-Mei est emportée loin de chez ses parents pour avoir l’honneur de devenir suivante dans la Cité Interdite. Rigueur, discipline et protocole sont de mise. Elle doit se montrer courageuse pour s’adapter, et apprendre rapidement ce qu’on attend d’elle.

 

C’est la première fois que je lisais un roman de cette collection, et je dois avouer que je suis très satisfaite de l’expérience, sans être surprise. Je savais déjà à quel point ces romans ont du succès auprès des enfants.Cette collection aborde donc de manière aisée et à la fois intelligente la vie d’un enfant dans une autre époque et/ou un autre pays. Ce roman est à la fois écrit simplement mais efficacement. Le dépaysement est total alors que le lecteur apprend les usages de la Cité Interdite. L’ouvrage est très documenté sans qu’on ait l’impression de lire une encyclopédie. Le personnage jeune favorise l’identification pour les enfants, sans parler de l’écriture sous forme de journal intime.

Ici, on aborde à la fois le sujet de la place des femmes dans la société et du régime spécial qu’il règne dans la Cité Interdite, une vraie ville à part entière. De plus, on touche du doigt aux relations France/Chine avec l’épisode de la visite du père de Fontenay sur lequel on peut se renseigner dans le court dossier à la fin du roman. Le plus : une filmographie sélective que j’ai beaucoup appréciée.

Ce bel objet livre (la couverture est rigide et la tranche est découpée grossièrement) fera un cadeau idéal pour tous les petits curieux à partir de 10 ans. Visitez le site de Gallimard jeunesse pour voir la liste complète des titres.

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Livres à lire
Passion du livre 

“La colline aux mille croix” Perrissin, Renault

La colline aux mille croix
Christian Perrissin

Déborah Renault (scénario)
Futuropolis, 2009

 

Et toujours on parlait de Luce de Mirail comme si elle vivait encore.

 

Rouergue, XVIe siècle. Durant la période de la Réforme, deux familles se disputent un domaine et la légitimité de leurs croyances et pratiques religieuses. Luce Dalmayrac est l’héroïne tragique. Elle perd la confiance et la protection de son beau-père en essayant de donner une sépulture à son frère, tué lors d’un duel.

 

J’ai tout de suite été attirée par le graphisme de cette bande-dessinée. L’histoire est assez dense et les relations entre les familles un peu compliquées, mais l’important est Luce, l’héroïne tragique, une Antigone transposée au XVIe siècle. Face à son destin, cette femme doit se décider à être forte pour gagner son indépendance et sa liberté. Cette histoire est contée, malgré tous ces éléments tragiques, avec une certaine pudeur et pas mal de noirceur qui imprègnent le récit de froideur et empêchent la lumière de transparaître.

Cette impression de noirceur est bien sûr influencée par le dessin. Tout en noir et blanc, à l’image de la couverture, sans doute fait au fusain, l’atmosphère est crayeuse, floue et pesante. Les personnages, très réalistes, se dessinent parmi les ombres. Ces illustrations sont couchées sur du papier d’une superbe qualité, ce genre de papier qu’on prend plaisir à toucher pendant la lecture. Seul bémol (il en fallait bien un), la typographie en comic sans ms fait… comment dire… tâche. Pourtant, c’est pas les polices qui manquent…

Dans tous les cas, une magnifique BD, forte et grave dans un très beau livre.

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Bodoï
Du9
Librairie Graffiti 

“Un don” Toni Morrison

Un don
Toni Morrison

Trad. de l’américain par Anne Wicke
Éditions 10/18, “Domaine étranger”, 2010

 

Mon récit ne peut pas te faire du mal malgré ce que j'ai fait
et je promets de rester calmement étendue dans le noir.

 

États-Unis, état de Virginie, XVIIe siècle. Jacob est un jeune négociant peu enclin à soutenir l’esclavage. Lors d’une visite à un client, ce dernier ne peut le payer qu’avec une esclavage. Jacob est contraint d’accepter et il recueille Florens. Il rejoint sa maison où l’attendent sa femme, Lina, une jeune indienne quasiment maîtresse de maison, et Sorrow une enfant maladroite et sauvage recueillie elle aussi au cours de voyages. Jacob nourrit des rêves de grandeurs qui le mènent à sa perte.

 

Je n’avais jamais lu de romans de Toni Morrison. La perspective d’un long voyage en train sans lectures et une librairie de gare ouverte ont remédié à ce manque.

J’ai découvert une écriture rude correspondant tout à fait au sujet traité sur lequel j’ai lu très peu de livres. Un seul, en fait, il me semble : Larmes Noires que j’avais beaucoup aimé. Cependant, ce n’est aboslument pas le même traitement. Quand les Larmes noires essaie de représenter tous les points de vue, Un don prend clairement parti contre l’esclavagisme. D’une part, le personnage principal n’y adhère pas, malgré le fait qu’il recueille ces jeunes filles. Il leur offre en réalité une chance de sortir de ce système car ces “acquisitions” sont en partie contre-productives. Jacob leur fait une faveur. N’étant pas américain, il permet d’apporter une vision extérieure sur une société marquée par la domination d’un peuple sur un autre.

Une issue est possible. Une réflexion sur l’affranchissement des esclavages est entamée grâce à l’homme dont Florens tombe amoureuse : un noir américain qui, après avoir travaillé le temps imparti pour son maître, a été naturellement affranchi et travaille à son compte.

Chaque personnage ou presque prend la parole tour à tour, ce qui entraîne le lecteur dans un véritable labyrinthe polyphonique dans lequel toutes les voix sont mêlées. Si le style change pour chaque personnage, il reste relativement marqué par une brutalité, une rudesse acquises au cours d’une vie de douleurs. Aller-retours dans le passé, dans les souvenirs, dans le présent vécu, monologues intérieurs exprimant espoirs et traumatismes…

Au final, c’est vraiment un roman difficile à résumer. On sent une volonté d’authenticité et de réalisme qui s’exprime à travers la description de la société, de la place des femmes, des épidémies, bref, du côté hideux de la vie quotidienne. C’était une lecture très enrichissante, mais qui demande une certaine force d’âme!

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Le grenier à livres
L’hibouquineur
Télérama