Scott Pilgrim Bryan Lee O’Malley Trad. de l’anglais par Philippe Touboul Milady, “Graphics”, 2010-2011 (6 tomes, série complète)
Scott a 23 ans et c’est un loser paumé qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Il tombe amoureux de la mystérieuse Ramona Flowers, mais pour la conquérir, il lui faut affronter ses 7 ex maléfiques!
Voilà Scott Pilgrim, le héros ordinaire ou presque des ados et des geeks. J’ai découvert le comics après avoir vu le film. Scott est un gros squatteur. On découvre sa joyeuse bande de copains, tous plus ou moins inadaptés, et on a envie de leur ressembler (ah… c’est déjà le cas, en fait). L’histoire mélange le fantastique et le réalisme et garantit de nombreux rebondissements. Le livre est au format manga et le dessin y fait énormément penser, mais ne vous y trompez pas, c’est bien un comics. Mais un comics qui se joue des frontières.
Quant au film, il a vraiment été bien adapté. Les scénaristes ont bien fait leur boulot et ont bien réussi à recentrer l’action. Il y aurait eu moyen de se noyer dans les détails. La musique est bonne (bonne, bonne, bonne), l’univers visuel et les bruitages geeks à souhait. Rien que d’entendre le jingle Universal en 8-bit, ça fait rentrer dans l’ambiance. Le cadre change de forme dans certaines scènes et donne vraiment l’impression d’être dans une BD… qui bouge. En gros, voyez-le et lisez-le, dans l’ordre que vous préférez!
Hunger Games Tome 1 Suzanne Collins Trad. de l’américain par Guillaume Fournier Pocket Jeunesse, 2008
Arracher des enfants à leurs districts,
les obliger à s'entre-tuer sous les yeux de la population:
c'est ainsi que le Capitole nous rappelle
que nous sommes entièrement à sa merci
et que nous n'aurions aucune chance de survivre
à une nouvelle rébellion.
Katniss et Peeta sont les tributs sélectionnés pour les Hunger Games. Bientôt destinés à être placés dans une gigantesque arène avec les autres tributs, ils se demandent comment survivre et encore plus, comment garder leur dignité et leur individualité face à une mort certaine.
Voilà un article qui va faire monter mes stats en flèche! Vous me permettrez, chers lecteurs, de ne pas trop m’attarder sur les détails de l’histoire en elle-même, déjà largement connus et désormais adaptés sur grand écran. J’aimerais en venir directement au débat très répandu, la grande bataille Battle Royale/Hunger Games. Je ne peux le nier, Hunger Games reprend la même histoire, les mêmes idées que son prédécesseur. Là-dessus, c’est clair qu’on ne peut pas mettre en avant l’originalité d’Hunger Games.
Cependant, la différence (de taille) que beaucoup de gens oublient est que ces deux romans ne sont pas destinés au même public. Quand Battle Royale est destiné à un public clairement adulte, Hunger Games est écrit pour l’adolescent. Le point de vue interne du personnage principal, Katniss, laisse clairement voir les objectifs d’identification. Je dirais même que ça permet d’élargir le public féminin de SF (hé ouais, y’a pas que Twilight). Donc, même si l’un copie l’autre, c’est assez délicat de les comparer malgré tout. Autant comparer les romans de chevalerie médiévaux en ancien français et les adaptations jeunesse d’aujourd’hui, m’voyez?
Malheureusement, même si le roman reste très haletant et qu’on a une fâcheuse tendance à le dévorer dans le feu de l’action, il fait appel à trop de références extérieures sans réellement tirer sa propre épingle du jeu. “Tiens, ça me fait penser à…” me venait un peu trop souvent à l’esprit pour une seule lecture. Quant au film, il est assez fidèle au roman, je suppose. Mais j’avoue que même après la lecture du premier tome et le film, je n’ai pas envie de continuer la série. Je me sens trop sceptique, trop mi-figue mi-raisin pour poursuivre. Je ne vous le déconseille pas, cela dit, et tout ça reste un avis personnel.
Lisez-le et faites-vous votre propre avis sur ce débat brûlant.
Bliss Métamorphose d’une fille ordinaire Shauna Cross Traduit de l’américain par Marie Cambolieu Milan, “Macadam”, 2011
À Bodeen, Texas, le style est loin de régner en maître.
Bliss Cavendar habite une petite ville du Texas et s’y emmerde ferme. Sa mère la force à participer à moult concours de beauté entre deux shift au fast-food du coin où elle travaille avec sa meilleure amie. Un jour, c’est la révélation roller-derby.
Eh oui, le film Bliss part d’un roman pour ado, plutôt bien adapté d’ailleurs, puisqu’en l’occurrence, c’est l’auteur qui a écrit le scénario du film. Elle a tout à fait su garder le même ton insolent et drôle et viré les quelques trucs qui auraient pu paraître un peu trop nunuche à l’écran. Bliss est l’exemple même de l’ado décalée : une seule copine, fan d’obscurs groupes de musique, tout ça sans que ce soit trop cliché “lycée US”. Le sport est pour elle une manière de se défouler.
Elle a une fâcheuse tendance à raconter des bobards à tire-larigot et à prendre un peu les gens pour des imbéciles. Ces traits sont un peu nuancés dans le film. Finalement, il n’y a pas qu’elle qui change, les autres apprennent aussi à l’accepter. Ce n’est pas forcément donné à tous les auteurs d’adapter leur roman et encore moins de réussir à le faire correctement quand ils en ont l’opportunité, mais là, le pari est réussi.
Pour ceux et celles qui s’intéressent au roller derby, sachez que ça commence à devenir de plus en plus répandu en France : un article du Monde et le site de l’équipe de France. Sachant qu’il y a des petits clubs qui fleurissent un peu partout…
The Help (La couleur des sentiments) Kathryn Stockett Penguin Books, 2011
Années 60, Jackson, Mississippi. Skeeter voudrait devenir écrivain et décide d’écrire un roman sur les bonnes afro-américaines dans sa ville. Elle prend contact avec Aibileen qui prend de gros risques pour soutenir ce projet.
Succès de librairie quasiment depuis les premiers jours de sa sortie, ce roman est encore à ce jour en deuxième place des ventes de livres. Adapté au cinéma à peine un an après sa sortie en France, on peut dire que c’est un blockbuster dans tous les domaines. Donc je l’ai lu, pas seulement pour vérifier son succès mais parce que je l’avais également repéré à sa sortie et que ses thèmes m’intéressaient.
Trois voix de femme ponctuent ce roman. Dans la version anglaise, elles ont chacune leur langage propre, leur syntaxe, qui les rend toutes bien différentiables. Ce qui m’a plu, c’est la force de ces femmes. Aussi bien celle des bonnes noires que celle de Skeeter, qui ne colle désespérément pas à l’image classique de la femme des années 60. Toutes cherchent à se libérer d’un fardeau social, à élargir les mentalités en offrant un récit de leurs vies.
J’avais peur que le style soit un peu “féminisé”, un peu dégoulinant, mais ce n’est pas le cas. C’est un monde de femmes, monde cruel plus que tout autre et donc ce n’est pas un roman de bonne femme. Les événements sont rapportés avec les regards des trois narratrices, des regardes qui captent les injustices criantes d’une société qui a complètement intégré les principes de la Ségrégation et qui abaisse naturellement une certaine population tout en gardant une façade généreuse et propre. Loin d’être manichéiste et simpliste, le roman montre qu’il n’y a pas que les noirs qui sont exclus avec violence.
Vraiment bouleversant et bien écrit (en tout cas en anglais), je vous le conseille si vous ne l’avez pas déjà lu et si vous avez un peu peur des bestsellers comme moi.
Le film, sorti en octobre dernier, est certes un peu hollywoodisé, bien moins dur que le roman à plus d’un égard, mais il reste très bien joué et assez fidèlement adapté.
La délicatesse David Foenkinos Gallimard, “Blanche”, 2009
Nathalie rencontre un jour François dans la rue et ils tombent instantanément amoureux. Après plusieurs années de bonheur sans tâche, François meurt subitement. Nathalie doit faire son deuil et entamer doucement une nouvelle vie amoureuse.
Pour remettre ma lecture dans le contexte, je dois préciser que j’ai lu ce roman après Ce que je sais de Vera Candida. C’est pour dire que j’ai fait un grand bond, aussi bien dans le style que dans l’ambiance générale, et tout ça sans le savoir. Cependant, je ne l’ai pas regretté, bien au contraire.
Le mot qui est sans doute le mieux adapté à ce roman, et le plus employé autour de moi pour le décrire, c’est « frais ». C’est un roman d’une grande fraîcheur. Certes, l’intrigue ne bat pas des records d’originalité, mais il s’agit de la manière de la traiter. Le narrateur extérieur alterne de courts chapitres avec des explications qui viennent apporter des petits détails, parfois anodins, à l’histoire, et qui ajoutent une touche d’humour.
Dans ce récit, le romantisme et le deuil évoluent côte à côte. Malgré la gravité de ce dernier thème, tout est décrit avec légèreté. Même un peu trop selon certains lecteurs ! Cependant, elle est terriblement nécessaire, cette légèreté, cette fraîcheur. Je refuse de passer ma vie à lire des romans qui dépriment de bout en bout, même s’ils sont très beaux. Alors j’aime ces bouffées d’oxygène.
Je dois avouer avoir un peu buté sur le retour insistant du mot “délicatesse” et de ses dérivés… Je crois que le titre est largement justifié! Une autre lectrice m’a dit que ça ne l’avait pas gênée, ayant plutôt compris cette répétition comme une sorte de jeu de piste.
Finalement, c’est un roman très agréable que j’aurai plaisir à relire dans quelques temps, et que je n’hésite pas à conseiller. Cependant, ne vous laissez pas avoir par le bandeau sur l’édition de poche. Ce roman a été nommé pour 10 prix littéraires, d’accord. Mais il n’en a pas reçu un seul!
Sortilège Alex Flinn Hachette Jeunesse, “Black Moon”, 2009
New York, de nos jours. Kyle Kingsbury a tout pour être heureux : il est beau, riche, fils d’un présentateur télé célèbre, et est lui-même la coqueluche du lycée. Toute son existence repose sur son apparence physique qu’il sait parfaite. Il entre en conflit avec une jeune fille étrange nommée Kendra. Finalement, il propose de l’emmener au bal, tout en ayant en tête de l’humilier en lui posant un lapin pour y aller avec Sloane, la bombe sexuelle du lycée. La vengeance est terrible : Kendra est en fait une sorcière et lui lance un sort qui le transforme en monstre. C’est à sa beauté intérieure qu’il doit songer désormais.
On ne compte plus les romans traduits en français et publiés dans cette collection grâce à l’essor de la série Fascination. Destinés aux adolescents, ils ne sont pas tous d’une qualité égale. Cependant, Sortilège n’a rien à envier à un Stephenie Meyer.
Il s’agit d’une reprise du conte “La Belle et la Bête”, initialement écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont. Auparavant retravaillé de manières plus différentes les unes que les autres (enfantine et édulcorée avec Disney, érotique et sucrée avec les Morceaux choisis de La Belle et la Bête du Marquis de Carabas illustré par Nicole Claveloux), ce conte nous est maintenant adapté sous une version “adolescents du XXIe siècle”. On entre dans l’intrigue comme dans une série américaine : le lycée, le super beau gosse, la mentalité physiquement élitiste et la “méchante” bien entendu incarnée par une jeune goth à l’esprit rebelle. Heureusement, par la suite, on creuse un peu plus loin. Même si le style d’Alex Flinn tient en haleine, ce n’est que lorsque le sort est jeté que l’intrigue devient réellement intéressante.
On retrouve tout au long du récit les principales étapes narratives du conte d’origine. Pour ceux (ou celles) qui comme moi, on vu et revu l’adaptation de Disney étant petite, certaines scènes remontent à la surface comme des flashes… ce qui n’est pas toujours agréable, mais il faut bien tenir compte de sa propre culture enfantine! L’ambiance du conte donne toute sa profondeur à l’histoire. Le jeu des apparences complique les relations entre les personnages.
On doit sans doute cette réussite au style d’Alex Flinn. C’est un style léger mais qui sait appuyer sur certains passages clés. On devine que c’est un style qui a dû être travaillé sur les romans qu’a écrit l’auteur précédemment, des romans aux thèmes beaucoup moins légers (notamment sur le Sida et les problèmes familiaux), qui n’ont d’ailleurs pas été traduits en français… Cela dit, comme Mme Flinn se lance dans cette veine de la réécriture (déjà publié en anglais, un nouveau “Belle au Bois Dormant”, A Kiss in Time), on devrait peut-être voir plus de traductions.
L’adaptation au cinéma est sortie cette année. Oui, décidément, le livre se lit mieux. Le film est dégoulinant (l’avantage de la bande-annonce ci-dessous est qu’elle montre tout!)
L’invention d’Hugo Cabret Brian Selznick Bayard jeunesse, 2008
Paris, 1930. Le jeune Hugo Cabret vit dans la gare Montparnasse, il en connaît tous les passages cachés, car il remonte toutes les horloges de la gare. Son père est mort en laissant derrière lui un étrange automate retrouvé dans le grenier d’un musée qu’il essayait de rénover. En poursuivant cette restauration, Hugo va rencontrer le vendeur de jouets de la gare, un vieil homme qui a étouffé ses rêves.
Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu laisser dormir ce livre si longtemps sur mon étagère. C’est un vrai bijou, de l’émerveillement pur.
L’histoire d’Hugo est celle d’un destin qui s’accomplit et de rêves qui se réalisent. Hugo est très doué pour réparer toutes sortes de mécanismes grâce à ce que lui a appris son père qui était horloger. L’automate qu’il répare est entouré d’un mystère presque religieux. Pour l’actionner, Hugo a besoin de l’aide de son amie Isabelle, la fille de vendeur de jouets. Elle fait le lien entre Hugo et le vieil homme dépourvu de ses rêves. Grâce à l’aide des enfants, il va trouver un nouvel essor, et aider Hugo à réaliser son propre rêve.
Le grand intérêt du roman réside dans les illustrations. Ouvrez-le, et feuilletez les premières pages : vous êtes au cinéma! Vous regardez un film muet en noir et blanc. Les dessins sont d’une finesse et d’une précision ahurissantes. Ce serait facilement de faire un roman illustré sans intrigue intéressante, ou avec des dessins faibles. Mais tout est parfait. L’histoire emporte les lecteurs de tous âges (c’est véridique, je l’ai fait lire à ma maman!), simple mais bien construite, elle nous fait faire un voyage dans le temps, dans ce Paris de l’entre deux guerres.
L’auteur a également ponctué son roman de photos diverses : des extraits de films de Harold Lloyd, et également de Georges Méliès qui trône majestueusement au-dessus de ce roman féérique. Ces photos “réelles” si je puis dire, participent à une immersion complète dans le roman. On quitte le roman jeunesse, on quitte toutes les catégories. On découvre quelque chose de vécu, et que ce soit une fiction ou non, cela n’a aucune importance. On y croit, et on se perd dans l’admiration de ces illustrations monochromes qui savent s’animer d’elles-mêmes. Les personnages sortent des pages!
C’est un coup de coeur absolu que je conseille à tout le monde. Amateur de cinéma, de littérature jeunesse, de contes, d’art pictural, rêveurs en tout genres, vous y trouverez votre bonheur.
Ghostgirl – Morte et célèbre Tonya Hurley Trad. Myriam Borel Plon Jeunesse, Paris, 2008.
Charlotte Usher est une jeune lycéenne américaine. Extrêmement timide et maladroite, elle n’a même pas le privilège d’être remarquée en tant que looseuse professionnelle du lycée. Personne ne la voit, c’est tout. Amoureuse du garçon le plus en vue du lycée, elle tente de se signaler à lui. C’est gagné le jour où, bêtement, elle s’étouffe avec un bonbon, et meurt donc la bouche ouverte (comme on dit). Le lycée se rend en grandes pompes à l’enterrement historique de l’illustre Charlotte Usher. Seulement son fantôme revient au lycée et elle doit trouver un moyen de passer dans l’au-delà. Elle poursuit égoïstement sa quête personnelle amoureuse aidée plus ou moins involontairement par la goth du coin.
Parfois, j’ai beaucoup de mal à faire des résumés objectifs, vous savez. Bref… C’est avec un style très scénarisé que l’on apprend les faits posthumes de Charlotte. On nous apprend sur la 4ème de couverture qu’une adaptation cinématographique est prévue… ma foi! L’on repère très facilement les influences burtoniennes de l’auteur. On pense à un remake de Beetlejuice pour ados américains. Une jeune goth déprimée qui est la seule à voir des fantômes, la jeune fantôme qui se voit remettre un Manuel pour les morts… On a même le droit à un méga happy end!
Les faits sont là, nous étions trois bibliothécaires sur mon réseau à lire ce livre, et j’ai été la seule à le finir… J’avoue que j’en retire une certaine fierté.
Malgré tout, il y a un public pour ces livres-là (voir le prix reçu). Mais bon… préférez largement les Stephenie Meyer, quand même. Au moins, ils sont très bien écrits.
Plein de “goodies” et de “merchandising” sur le site http://www.ghostgirl.fr/
(Vous êtes sûrs que c’est un bouquin en fait?)
Petite mise à jour : Ghostgirl est désormais une série de trois tomes qui sortira incessamment sous peu au cinéma… Ce n’était donc pas une blague!
Journal d’un dégonflé Carnet de bord de Greg Heffley Jeff Kinney
Seuil jeunesse, 2008
Greg est un collégien de 12 ans. Pour faire bien, il affiche un mépris constant de ce qui l’entoure. Il en est une victime, un “pourquoi-moi” qui note ses remarques sur un carnet (et non pas un journal, ça fait gamin). Persuadé qu’il est entouré de loosers, il se choisit quand même un ami, invente des jeux stupides où il le peut le maltraiter, et trouve ça génial. Dans tous les cas, c’est un dégonflé qui cherche à s’élever au dessus de la masse des abrutis du collège, mais ne s’assume pas…
Le principal attrait de ce roman est qu’il est illustré, comme le stipule la couverture : “un roman en BD”. Comme dans un vrai carnet, l’auteur sème des dessins d’allure simple, mais qui ajoutent beaucoup au pathétique et au ridicule du personnage principal. On le soupçonnerait presque d’avoir vécu plusieurs situations! Un bon moment de drôlerie légère et pas prise de tête pour un sou. Sans doute idéal pour de jeunes ados qui considèrent que lire est une perte de temps.
Mise à jour : le livre est le début d’une série adaptée au cinéma en 2010 et 2011…