“À l’enfant que je n’aurai pas” Linda Lê

À l’enfant que je n’aurai pas
Linda Lê
NiL, “les Affranchis”, 2011

Je me demande quels traits auraient été les tiens 
si je t'avais donné le jour.

L’auteur écrit une lettre à un enfant potentiel, celui qui aurait pu être le sien, si elle avait voulu être mère. Ses névroses, son caractères, sa famille, elle explique toutes les raisons qui font qu’elle refuse la maternité.

Le principe de cette collection veut que les auteurs écrivent la lettre qu’ils n’ont jamais écrite, de parler d’un épisode de leur vie non résolu. Linda Lê offre un texte extrêmement sensible et dur à la fois. En réfléchissant sur le fait qu’elle ne désire pas être mère, elle revient sur des détails très personnels et intimes, par moments crus, de sa vie privée. Elle souligne l’idée que toute femme n’est pas forcément faite pour être mère. Que l’acte d’enfanter demande réflexion et qu’elle agit donc pour le mieux. C’est une réflexion d’autant plus importante dans une société qui, même si elle se dit plus ou moins paritaire, reste sur l’idée qu’une femme se réalise en étant mère. D’où le profond désarroi de nombres de femmes ne réussissant pas à avoir d’enfants.

Linda Lê écrit sans reprendre son souffle. Elle débite ses réflexions dans un flux continu de mots qui ne s’arrête pas. Ce qui montre bien son désir de parler, d’expliquer. C’est un autoportrait parfois brutal, mais très frappant, d’une femme qui brûle de désirs, de contradictions, de questions. Ce court texte a eu un grand succès critique. Moi qui n’avais jamais lu cette auteure, je suis tentée d’aller lire ses autres ouvrages.

Prix Renaudot Poche 2011

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Madimado
Papillons de mots
Littexpress

“La jeune fille à la plume” Katherine Sturtevant

La jeune fille à la plume
Katherine Sturtevant
Trad. de l’américain par Maïca Sanconie
Bayard jeunesse, “Millézime”, 2009

Vous ne voulez pas vous faire capturer par des pirates 
et devenir esclave en Afrique du Nord?

1681, Londres. Meg a 16 ans, fille d’un libraire et possède une imagination débordante. Elle souhaite devenir écrivain, une activité peu recommandable pour la gent féminine. Son destin est plutôt d’être mariée à un bon parti.

On découvre Meg dans son environnement familier, à l’époque où le libraire est également un éditeur et un imprimeur. Elle est fougueuse, créative et un peu immature. On détecte en elle une sorte de Mme Bovary. Pour grandir, elle doit s’ouvrir au monde et sortir des livres, procédé somme toute assez classique. Je m’attendais à ce que Meg soit une petite féministe en herbe, mais non. En même temps, ç’aurait été un peu anachronique.

Meg lutte pour la réalisation d’un rêve personnel, pas forcément pour améliorer la condition féminine en général. C’est un personnage instable qui change sans arrêt d’avis. Son attitude est souvent très auto-centrée, comme on le voit dans ses relations avec Edward qui lui fait le récit de ses aventures en terre maure. Ce gentil roman, comme tous ceux de Millézime, se lit d’une traite. Malheureusement, il ne laisse pas de souvenir impérissable.

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Books and iced coffee
A portée de plume
Chablook

“Rêves de liberté” Kim Soyeon

Rêves de liberté
Kim Soyeon
Trad. du coréen par Lim Yeong-Hee et Françoise Nagel
Chan-OK romans, “Matins calmes”, 2007

On lui a fermé les yeux et les oreilles, 
on l'empêche de parler et de rire, 
et c'est le plus beau jour de sa vie?

1920. Myeong-hye est destinée à une vie de femme mariée, mais avec l’aide de son frère, elle réussit à convaincre son père de la laisser faire des études. A Séoul, elle découvre la vie moderne et peu à peu naît son rêve de devenir médecin.

Dans la Corée du début du siècle, une jeune fille essaie de s’émanciper en même temps que le pays. Dur combat lorsque l’on vient d’une famille très conservative. Cette histoire montre une société à deux vitesses où la position des femmes n’est pas évidente. Une problématique qui doit sans doute avoir encore des échos aujourd’hui. Sans être non plus trop militant, ce roman aborde des questions politiques de manière judicieuse. Myeong-hye doit choisir entre deux vies : celle que sa famille lui a préparé dans le respect des traditions ou celle qu’elle rêve de vivre.

Seul bémol, je regrette légèrement que l’histoire tire un peu sur le larmoiement vers la fin. Egalement, il aurait été intéressant de voir les émeutes de rébellion d’un peu plus près. Mais cela reste un joli roman accessible et facile à lire aux thématiques très fortes et importantes.

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Au panda rêveur
C’est Claire

“Imago” Nathalie Le Gendre

Imago
Nathalie Le Gendre
Syros, “Soon”, 2011

De loin, la montagne du Soleil où avait élu domicile 
le peuple K'awil ne trahissait aucun indice de vie.

Neï fait partie d’un peuple aux traditions ancestrales qui vit en harmonie avec la nature. Après un grand cataclysme, deux peuples se sont divisés. Bientôt, Neï devra devenir la chef-sorcière de son clan, régi par des lois matrilinéaires.

Il faut rendre à Syros ce qui appartient à Syros. On ne peut pas dire le contraire, ils s’y connaissent en terme de visuel. Avec ce roman, on est d’abord attiré par la couverture, ensuite par l’auteur et enfin par l’histoire. Donc tout devrait aller comme sur des roulettes.

Pourtant c’est avec un peu de difficulté que l’on rentre dans l’histoire de Neï. Les noms sont compliqués et difficiles à retenir et l’univers touffu s’inspire, je suppose, de traditions Indiennes ou de peuples indigènes existants encore ou non. J’admets avec force modestie que je n’y connais strictement rien, mais un éclairage extérieur aurait été intéressant. La société se base sur des principes de respect de la nature, de cohabitation avec les esprits. On assiste à des pratiques de cannibalisme où l’acte sert à faire un deuil et à s’approprier la force des ancêtres. On se croirait à la Préhistoire mais des détails trahissent la date avancée (environ 2082 selon mes savants calculs).

Malheureusement, il n’y a pas autant d’action que le vendait le résumé. Une menace de guerre plane vaguement sur une intrigue très resserrée sur elle-même. Je m’attendais également à une réflexion sur le rôle des femmes dans la société, mais en réalité, ce sont surtout les inégalités qui sont traitées de manière très judicieuse. Au final, le roman reste très bien écrit, très réfléchi et bien construit. Je sens d’instinct que ce roman en appelle un autre, le point de vue de l’autre peuple, qui a basé sa foi sur la technologie et pense avoir trouvé le traitement pour la jeunesse éternelle…

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Yozone
See you beyond heaven
Fantasia

“Jack” A. M. Homes

Jack
A.M. Homes
Trad. de l’américain par Jade Argueyrolles
Actes Sud junior, 2011

Je serai toujours tout ça, mais plus que tout 
j'étais Jack tout court, sans ficelles.

Après le divorce de ses parents, Jack apprend que son père est homosexuel. De son côté, son meilleur ami Max voit son père battre sa mère. Perdus, ils ne savent plus où est leur place dans leurs familles brisées.

Actes Sud + couv très belle + sujet intéressant = je ne peux pas me tromper. Mais malgré tout ça, on peut quand même être déçus. C’est laborieusement qu’on commence ce roman dont l’écriture n’est absolument pas travaillée. J’ai lu que l’auteur l’avait écrit dans sa propre adolescence, donc je me dis qu’il ne faut pas trop taper sur la traduction qui met des notes en bas de page à tire-larigot. Par contre pour les terrifiantes coquilles et fautes d’orthographes, les correcteurs ne devaient pas être motivés. Torts partagés. D’une ligne à l’autre, on change de contexte sans une ombre d’explication. Bon, en gros, dur de persévérer.

Les personnages m’ont paru si indigestes… Énervés et énervants, je n’ai pas su m’y attacher. Puis ils mûrissent, mais alors d’un seul coup, pendant un laps de temps minuscule. Pour le sujet principal, c’est-à-dire l’homosexualité, je vous renvoie chez Altersexualité. Si le dernier tiers rattrape un peu le reste du roman, je regrette que ce texte n’ait pas été plus travaillé ou retravaillé. Tous les ingrédients y étaient.

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Fantasia (Sophie Pilaire)

“La couleur des sentiments” Kathryn Stockett

The Help (La couleur des sentiments)
Kathryn Stockett
Penguin Books, 2011

Années 60, Jackson, Mississippi. Skeeter voudrait devenir écrivain et décide d’écrire un roman sur les bonnes afro-américaines dans sa ville. Elle prend contact avec Aibileen qui prend de gros risques pour soutenir ce projet.

Succès de librairie quasiment depuis les premiers jours de sa sortie, ce roman est encore à ce jour en deuxième place des ventes de livres. Adapté au cinéma à peine un an après sa sortie en France, on peut dire que c’est un blockbuster dans tous les domaines. Donc je l’ai lu, pas seulement pour vérifier son succès mais parce que je l’avais également repéré à sa sortie et que ses thèmes m’intéressaient.

Trois voix de femme ponctuent ce roman. Dans la version anglaise, elles ont chacune leur langage propre, leur syntaxe, qui les rend toutes bien différentiables. Ce qui m’a plu, c’est la force de ces femmes. Aussi bien celle des bonnes noires que celle de Skeeter, qui ne colle désespérément pas à l’image classique de la femme des années 60. Toutes cherchent à se libérer d’un fardeau social, à élargir les mentalités en offrant un récit de leurs vies.

J’avais peur que le style soit un peu “féminisé”, un peu dégoulinant, mais ce n’est pas le cas. C’est un monde de femmes, monde cruel plus que tout autre et donc ce n’est pas un roman de bonne femme. Les événements sont rapportés avec les regards des trois narratrices, des regardes qui captent les injustices criantes d’une société qui a complètement intégré les principes de la Ségrégation et qui abaisse naturellement une certaine population tout en gardant une façade généreuse et propre. Loin d’être manichéiste et simpliste, le roman montre qu’il n’y a pas que les noirs qui sont exclus avec violence.

Vraiment bouleversant et bien écrit (en tout cas en anglais), je vous le conseille si vous ne l’avez pas déjà lu et si vous avez un peu peur des bestsellers comme moi.

Le film, sorti en octobre dernier, est certes un peu hollywoodisé, bien moins dur que le roman à plus d’un égard, mais il reste très bien joué et assez fidèlement adapté.

“La poussette” Dominique de Rivaz

La poussette
Dominique de Rivaz

Éditions Buchet-Chastel, 2011

 

Les chances d'avoir un bébé 
avec des spaghettis sur une assiette étaient de 1%. 
Je suis désolé, il a dit. Au revoir, madame.

 

La narratrice racontre les événements qui lui font peu à peu perdre la raison. Adolescente, elle cause involontairement la mort d’un nourrisson en le promenant dans une poussette. Depuis les poussettes sont une obsession qu’elle garde secrète, ce qui empêche quiconque de l’aider.

 

La poussette est l’histoire d’un traumatisme qui, enfermé dans une personne, la ronge à petit feu. Au début, la narratrice cultive un vague espoir de vie normale. Mais plus tard, elle multiplie les actes qui la définissent comme folle. Personne ne lui vient en aide, elle ne se confie pas, et les médecins ne savent que prescrire des pilules. Elle reste prisonnière de son propre esprit.

Ce roman, écrit sur un ton très détaché, presque froid, essaie de comprendre ou de faire comprendre ce qui se passe dans la tête d’une personne apparemment malade mais dont on ne peut rien tirer. Le style quasiment dénué de sentiments cache une blessure profonde. Entre les lignes, on entend sourdre la tristesse et la colère d’une femme qui ne peut pas enfanter à cause de ce traumatisme.

Je dois avouer que j’ai lu ce roman il y a deux mois, et même s’il m’a paru assez troublant, je n’en garde pas un souvenir particulièrement vivace…

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Antigone
Dé-blog pas
Sophielit 

 

“La colline aux mille croix” Perrissin, Renault

La colline aux mille croix
Christian Perrissin

Déborah Renault (scénario)
Futuropolis, 2009

 

Et toujours on parlait de Luce de Mirail comme si elle vivait encore.

 

Rouergue, XVIe siècle. Durant la période de la Réforme, deux familles se disputent un domaine et la légitimité de leurs croyances et pratiques religieuses. Luce Dalmayrac est l’héroïne tragique. Elle perd la confiance et la protection de son beau-père en essayant de donner une sépulture à son frère, tué lors d’un duel.

 

J’ai tout de suite été attirée par le graphisme de cette bande-dessinée. L’histoire est assez dense et les relations entre les familles un peu compliquées, mais l’important est Luce, l’héroïne tragique, une Antigone transposée au XVIe siècle. Face à son destin, cette femme doit se décider à être forte pour gagner son indépendance et sa liberté. Cette histoire est contée, malgré tous ces éléments tragiques, avec une certaine pudeur et pas mal de noirceur qui imprègnent le récit de froideur et empêchent la lumière de transparaître.

Cette impression de noirceur est bien sûr influencée par le dessin. Tout en noir et blanc, à l’image de la couverture, sans doute fait au fusain, l’atmosphère est crayeuse, floue et pesante. Les personnages, très réalistes, se dessinent parmi les ombres. Ces illustrations sont couchées sur du papier d’une superbe qualité, ce genre de papier qu’on prend plaisir à toucher pendant la lecture. Seul bémol (il en fallait bien un), la typographie en comic sans ms fait… comment dire… tâche. Pourtant, c’est pas les polices qui manquent…

Dans tous les cas, une magnifique BD, forte et grave dans un très beau livre.

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Bodoï
Du9
Librairie Graffiti 

“Les boîtes de ma femme” Eun Hee-Kyung

Les boîtes de ma femme
Eun Hee-Kyung

Trad. du coréen par Lee Hye-Young et Pierrick Micottis
Éditions Zulma, “Littérature étrangère”, 2009

Trois chimères surgissent en eux : 
je suis amoureux (autosuggestion),   
cette personne est spéciale (fantasme),
cette fois, c'est véritablement mon premier amour (naïveté).

Séoul, années 1990. Dans ces cinq nouvelles nous sont contées des histoires de couples où les femmes étonnent leurs maris. Femmes secrètes, insoupçonnées, désirant une autre vie s’opposent à leurs compagnons, englués dans la routine.

Oui, c’est un bien maigre résumé, mais je préfère laisser la surprise du contenu des nouvelles et plutôt donner le fil conducteur. Le recueil est très uni par cette problématique de l’insatisfaction amoureuse et en général dans la vie. Tout commence au sein de la vie de couple. Dans l’intimité de la famille, il est possible de lire en filigrane des problèmes de société plus larges.

Chaque couple est confronté aux pressions sociales de leur entourage. Ils doivent se conformer à un modèle prédéfini : se marier, se ranger, faire des enfants. Mais chacun doit apprendre à assumer les différences qui les empêchent de coller aux standards. Cette femme ne peut pas avoir d’enfants, enferme divers éléments de sa vie dans des boîtes et ennuie son mari avec des réflexions sans queue ni tête (pour lui). Cette autre a des enfants et tombe derrière les barreaux de la vie de mère au foyer. Celle-là n’a tout simplement pas encore trouvé de mari à l’âge crucial de trente ans. Face à ces pressions sociales, chacun s’échappe comme il peut. Les hommes sont souvent tentés de noyer leur dur travail dans l’alcool avec leurs collègues.Tous arrivent à des considérations sur leurs vies et la direction qu’ils auraient dû prendre.

L’auteur parle de ces problèmes avec un humour très fin. Donnant aussi bien la parole aux personnages féminins que masculins, l’auteur pose un regard quelque peu cynique mais tout à la fois sérieux sur ces vies. Lorsque lui prend la tentation de tomber dans un ton dramatique, et cela à cause des situations des personnages, il reste loin du pathétique, froid et pudique. Au final, ce n’est donc pas un roman centré sur la condition des femmes comme je m’y attendais, mais un portrait de la dureté de la vie de couples dans une société où les mentalités ont du mal à évoluer et où personne ne sait réellement où est sa place. Il m’a beaucoup rappelé l’ambiance du film Peppermint Candy, je suppose donc que le portrait de cette société coréenne est réussi.

Un recueil de nouvelles subtiles et poétiques, miroir d’un vrai malaise.

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Lectures sans frontières
Le Livraire
Le jardin d’Hélène

“Un secret de rue” Fariba Vafi

Un secret de rue
Fariba Vafi

Trad. du persan (Iran) par Christophe Balaÿ
Éditions Zulma, “Littérature étrangère”, 2011

J'avalai ma salive, pensant que j'étais de celles
qui ne deviennent pas mères d'un seul coup.
Mon sort était de devenir quelque chose par petits bouts.

Homeyra se rend au chevet de son père Abou, en train de mourir. Le retour à son village natal fait surgir en elle de nombreux souvenirs qu’elle s’était efforcé d’oublier. Elle se souvient de la vie de son quartier, des escapades avec son amie Azar, une fougueuse enfant riant au nez des adultes.

Cette année, j’avais décidé de lire un peu plus de littérature étrangère (hors auteurs anglo-saxons que je connais déjà bien) pour pallier à mes manques culturels… Masse Critique m’a permis de découvrir une jeune auteure iranienne avec son premier roman traduit en français.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal pour débuter ma lecture, en partie parce qu’elle a été très segmentée et également parce que c’était un univers et une culture à laquelle il fallait que je m’habitue. Plus que l’histoire d’une fille qui perd son père, Un secret de rue décrit la situation toute puissante du père dans la famille iranienne, la place des femmes, principes qui s’appliquent donc à toute la société. Tout cela est décrit à travers du regard de la narratrice enfant qui observe, questionne et refuse d’accepter.

Malgré leur position et nature “inférieure”, les femmes ont la plus grande place dans ce roman. On parle souvent des femmes de ces pays, décrites soumises et malheureuses. Il faudrait que notre bel Occident et sa liberté vienne les sauver. De manière très concrète, ici, on comprend que le problème est bien plus compliqué. Comment être une femme libérée quand on est rejetée par le reste de la société? Le poids des convenances, la tradition pèsent particulièrement lourd, et je dirais qu’ils pèsent même plus lourd que la religion qui d’ailleurs, n’est que très peu évoquée. Le point de vue est très différent de Marjane Satrapi dans Persepolis, qui elle fait partie d’une famille militante habitant en ville. Ici, c’est la campagne, dans une rue en huis-clos où les murs se referment sur vous.

L’auteur a un style très pudique, tout en sous-entendus. Ici, on parle sous couvert. Elle-même ne verbalise pas les secrets, les événements affreux qui se déroulent dans sa rue. Le lecteur les lit, entre les lignes, comme chuchotés, ce qui demande une lecture très attentive. La tension des moeurs appuie sur chaque mot, sur chaque phrase. Les chapitres sont très courts, on croirait presque que c’est pour nous laisser souffler.

Un beau texte pour un moment de lecture assez éprouvant émotionnellement mais qui donne à réfléchir.

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