“Désordre au paradis” Gabrielle Vincent

Désordre au paradis
Gabrielle Vincent
Casterman, 2008

Il a raison le petit. On vit assis.

Le petit Séraphino ne tient plus en place au Paradis. Il s’ennuie alors qu’il voudrait créer, dessiner, vivre! Il sème la pagaille dans la routine millimétrée des anges.

Voici une petite perle de Gabrielle Vincent, qu’on connaît surtout pour sa série d’albums “Ernest et Célestine” mais qui a fait plusieurs albums très limitrophes avec la bande-dessinée, et celui-ci l’est particulièrement. Le paradis est présenté comme une sorte de gouvernement où on organise pour canaliser. C’est ici que Séraphino entre en jeu. Il remet en cause les acquis et suggère que la création est essentielle pour s’échapper de la pensée unique, et devenir pleinement des individus.

On pourrait croire à une critique religieuse, mais ça ne l’est aucunement. C’est une métaphore bien trouvée et très justement menée pour exhorter à la création et surtout à se développer soi-même au maximum pour toucher à une sorte de félicité. Le Vatican aurait même demandé un exemplaire à Casterman… Je ne parle pas des dessins de Gabrielle Vincent qui sont superbes. Des esquisses libres, légères et très expressives.

Un petit bijou!

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Mange, lit, voyage
Pages d’écriture

Notez que l’adaptation au cinéma d’Ernest et Célestine a été présentée pour la Quinzaine des Réalisateurs. Mais je ne suis pas sûre que l’histoire générale ait été vraiment très respectée.

“L’élue” Lois Lowry

L’élue
Lois Lowry
Trad. de l’américain par B. Formentelli
Gallimard, “Folio jeunesse”, 2001

Ne sommes-nous pas les seuls à remplir les pages vierges 
de l'Histoire? 
Peut-être avons-nous le pouvoir de changer les choses.

Dans la société où elle vit, Kira est une faible à cause d’une malformation physique et devrait être abandonnée. Mais elle est sauvée par son don de broderie. Elle restaure une robe de cérémonie très précieuse qui raconte l’histoire de leur peuple.

L’élue est la suite du Passeur, merveilleux roman donc j’avais fait la critique. Nous sommes dans un contexte très différent. Les deux récits se rejoignent plus tard dans un troisième tome. Kira, contrairement à Jonas, n’est pas un esprit rebelle. Sa société est archaïque et rejette les faibles. Les disparitions de ces personnes sont couvertes par des croyances non fondées. Kira choisit de rester et d’être exploitée pour son don. Son mode d’action sera différent, plus subtil, plus lent.

Deux villages s’opposent dans un monde post-apocalyptique. L’un recueille les faibles, et l’autre fait des forts domine. Kira veut changer le système poru faire cohabiter ces deux lieux. Elle sait que les grands cataclysmes vécus dans le passé proviennent de conflits. Rien ne peut durer si la paix n’existe pas. Un bon roman, qui garde en suspens en attendant le tome suivant. Mais il ne fait pas le poids face au Passeur

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C’est Claire
Lunazione
Tortoise

 

Trilogie du Passeur
1. Le Passeur
2. L’Élue
3. Messager

“La jeune fille à la plume” Katherine Sturtevant

La jeune fille à la plume
Katherine Sturtevant
Trad. de l’américain par Maïca Sanconie
Bayard jeunesse, “Millézime”, 2009

Vous ne voulez pas vous faire capturer par des pirates 
et devenir esclave en Afrique du Nord?

1681, Londres. Meg a 16 ans, fille d’un libraire et possède une imagination débordante. Elle souhaite devenir écrivain, une activité peu recommandable pour la gent féminine. Son destin est plutôt d’être mariée à un bon parti.

On découvre Meg dans son environnement familier, à l’époque où le libraire est également un éditeur et un imprimeur. Elle est fougueuse, créative et un peu immature. On détecte en elle une sorte de Mme Bovary. Pour grandir, elle doit s’ouvrir au monde et sortir des livres, procédé somme toute assez classique. Je m’attendais à ce que Meg soit une petite féministe en herbe, mais non. En même temps, ç’aurait été un peu anachronique.

Meg lutte pour la réalisation d’un rêve personnel, pas forcément pour améliorer la condition féminine en général. C’est un personnage instable qui change sans arrêt d’avis. Son attitude est souvent très auto-centrée, comme on le voit dans ses relations avec Edward qui lui fait le récit de ses aventures en terre maure. Ce gentil roman, comme tous ceux de Millézime, se lit d’une traite. Malheureusement, il ne laisse pas de souvenir impérissable.

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Books and iced coffee
A portée de plume
Chablook

“Derrière la porte” Ingrid Olsson

Derrière la porte
Ingrid Olsson
Trad. du suédois par Anna Marek
La Joie de Lire, “Encrage”, 2011

Ce rire qui reste en moi, longtemps après avoir raccroché.

Karl a perdu son père très jeune. Aujourd’hui, c’est sa grand-mère qui entre à l’hôpital, sa grand-mère qui adore manger, boire, fumer et rire.

Une fois n’est pas coutume, je me suis lancée dans un ouvrage de la Joie de Lire. Je sais bien qu’ils publient des textes de qualité, mais bien souvent ils sont assez déprimants.

Le lecteur suit la famille de Karl, durant cette période où leur grand-mère les quitte. Sa mère bouleversée, mais qui reste courageuse, son petit frère Johan, naïf et touchant. Karl souffre cruellement du manque à venir. Il s’exprime par petites touches, petites impressions, courtes mais intenses. Il écrit tout comme il prend des photos. Des fragments qui passent parfois du coq à l’âne, du présent aux souvenirs, des petits bouts de vie racontés sur un ton blasé qui dissimule une réelle douleur.

Mais l’espoir est là, toujours. Il faut savoir écouter son petit frère et regarder la vie avec autant d’innocence. Voir la fille à l’écharpe rouge s’évader dans le couloir, et créer, toujours ce besoin vital de créer pour remplir le vide et construire sa vie. Au final, c’est donc un texte très sensible derrière des apparences de froideur pudique, une jolie réflexion sur le deuil qui aura des échos chez tous ceux qui ont vécu pareil événement.

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Comité ado de la mdn
Fantasia (j’y peux rien si elle a tout lu!)
Parolimage

“Comme des trains dans la nuit” Anne Percin

Comme des trains dans la nuit
Anne Percin
Editions du Rouergue, “doAdo”, 2011

Regarde, c'est facile, il suffisait d'oser :
ça sort tout seul, ça vient de moi,
ça va vers toi. Vers le monde.
C'est pas vrai qu'on va crever. C'est pas vrai.
 Putain, on est vivants!

On a chacun notre manière de passer de l’adolescence à l’âge adulte. Souvent, avec quelques obstacles. On brûle des fermes, on a du mal à s’avouer notre amour, on s’immerge dans la création, on déterre des secrets de famille…

La réputation d’Anne Percin comme auteur pour les adolescents de haute qualité n’est plus à faire. Elle est en effet de plus en plus prolixe et plonger dans ses romans, c’est l’assurance de ne pas être déçu. J’ai quelques auteurs comme ça, quand je n’ai plus d’inspiration pour lire, je fais appel à eux. Et c’est toujours une réussite. Vous voyez, là, j’ai deux Percin sous le coude pas encore lus (Le premier été et Comment (bien) gérer sa love story) et un qui est lu et qui attend sagement d’être critiqué ici (Comment (bien) rater ses vacances).

Dans Comme des trains dans la nuit, Anne Percin s’adonne à l’exercice toujours un peu périlleux de la nouvelle, et forcément, elle cartonne. Avec son écriture aboutie, elle donne aux histoires la longueur idéale : l’histoire est consistance, va a l’essentiel, du vrai concentré. Chaque nouvelle a un goût unique : acide, brûlé, sanguin… On explore la violence intérieure en dégradé d’adolescents. Mais toujours avec espoir. Frustrés, étouffés, ils ont besoin d’extérioriser ce mal-être, de l’exorciser pour aller de l’avant, et le plus vite possible car l’asphyxie n’est pas loin.

Ce sont des histoires dures avec un style qui va avec. Des sous-entendus lourds de secrets cachés ponctuent ces récits et augmentent la tension. Tout comme dans la vie. C’est fort et prenant, c’est cathartique. C’est bon, c’est réussi, c’est du Percin.

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Un petit bout de bibliothèque
Fantasia (Sophie PIlaire)
Le jardin d’Hélène

Les routes de l’imaginaire

“Fromage ou dessin” Jean-François Ménard

Fromage ou dessin
Jean-François Ménard
Ecole des Loisirs, “Neuf”, 1994

A notre client bien-aimé, 
regrets éternels du maître saucier.

Théo est au restaurant avec ses parents et fait un caprice pour quitter la table. Il est puni et mis dans une salle vide de laquelle il sort pour poursuivre une petite fille qui court plus vite que tout. Elle fait des dessins aussi, plus vivants que la réalité…

Voici un roman complètement azimuté sur lequel je suis tombée par hasard. Un monde caché derrière un restaurant? Pourquoi pas. Sauf que les clients qui meurent empoisonnés par la fameuse sauce sont enterrés là. Le poète qui écrit les menus vit dans un recoin, et se transforme parfois en loup-garou. Au milieu de tout ça, Manon est une petite fille-fée qui entraîne Théo dans une aventure excentrique et drôle.

L’auteur vous offre sa spécialité d’idées saugrenues, agrémentées d’humour piquant, et d’une sauve veloutée à l’imaginaire. Par-dessus tout ça, il mène une petite réflexion sur le pouvoir de création, et la capacité de montrer par le dessin l’extérieur et l’intérieur à la fois. Un petit délice décalé.

 

“El ultimo lector” David Toscana

El ultimo lector
David Toscana
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo
Editions Zulma, “littérature hispano-américaine”, Paris, 2009

 

Le petit village mexicain d’Icamole subit une rude sécheresse. Remigio inspecte son puits en quête d’un peu d’eau, mais au fond, il trouve une enfant morte. Elle a été portée disparue la veille dans la ville voisine de Villa de Garcia. Remigio demande conseil à son père, Lucio, le bibliothécaire. Ce dernier cherche des issues à cette situation dans la littérature.

Le début du roman de David Toscana ressemble à une enquête policière. Mais le lecteur se rend vite compte qu’il n’est pas réellement important de trouver l’identité du meurtrier, ou du moins, pas avec des méthodes tout à fait orthodoxes.

Les personnages d’Icamole déambulent dans une atmosphère étouffante et désertique, le genre d’ambiance que l’on peut retrouver dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Le climat harassant et la famine stimulent les esprits. C’est le cas pour le personnage de Lucio. Lucio est un bibliothécaire déchu de sa fonction car il n’avait aucun lecteur dans sa petite bibliothèque, mais il reste fidèle à son poste. Son rapport au livre est à la fois caricatural et original. Caricatural car Lucio lit tous les livres de sa bibliothèque et les sélectionne avec rigueur. Quand un livre a le malheur de ne pas lui plaire, il l’assomme avec son tampon “CENSURE” et l’envoie dans une remise spéciale remplie de cafards et d’insectes qui les grignotent. Quant aux livres qu’il apprécie, il se permet souvent de corriger leurs imperfections… C’est ce qu’il fait avec la Bible, par exemple. Original, dans le sens où, pour Lucio, la vie et la littérature ne font qu’un. Devant l’étroitesse d’esprit des villageois qui considèrent la littérature comme un mensonge, lui appréhende un monde qui se nourrirait de la littérature. C’est donc très naturellement qu’il plonge dans ses volumes favoris pour tenter  d’éclairer le parcours de cette enfant morte.

L’auteur mène le lecteur à travers une histoire où tous les fils se mélangent, où les répères habituels sont brouillés. La limite entre réalité et littérature est caduc. Le destin est incarné par l’auteur. Certains personnages assument cette fatalité. Lucio tente de lutter contre elle, mais il sait finalement que, comme l’auteur est un démiurge, c’est lui qui écrit la vie, sa vie, la vie de la littérature, celle dans laquelle il évolue.

Ce genre de brouillage peut déstabiliser beaucoup de lecteurs, mais pour ma part, j’ai rendu les armes avec joie en me laissant tout à fait guider – ou manipuler – par l’auteur. De plus, David Toscana a un style très abouti, il sait exactement où il va. Le narrateur garde une certaine distance avec les émotions des personnages, et se rapproche en cela de la position de l’auteur. Le narrateur pourrait être un être divin toisant la scène qui se joue en-dessous de lui. C’est une lecture qui m’a donné envie de continuer ma découverte de la littérature hispanique.

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La taverne du Doge Loredan
Lirémoi
1001 pages 

“Deux pouces et demi” Thomas Lavachery

Deux pouces et demi
Thomas Lavachery
Bayard Jeunesse, “Millézime”, 2009

 

XVIe siècle. Monsieur Denef est un peintre de grande renommée. A cause de son physique ingrat, il n’a pas de compagne, et par conséquent pas d’enfant, ce qui est son plus grand regret. Il décide de combler ce manque en apprenant l’alchimie dans le but de créer un homme miniature. Après quelques tentatives à demi ratées, il décide de demander de l’aide à un alchimiste connu, maître Spaziano. Ensemble, ils réussissent à donner vie à un homuncule nommé Gilles.

C’est avec grand plaisir qu’on entre dans ce roman très captivant, reprenant des thèmes qui fonctionnent toujours : l’alchimie, et la démiurgie, grand rêve de l’humanité.

Le récit débute de nos jours pour ensuite remonter aux origines, un procédé courant qui évite que le jeune lecteur ne soit perdu dans une époque inconnue, et qui de plus, tient beaucoup mieux en haleine. Le personnage de Gilles, très mystérieux et obscur, s’éclaircit au fur et à mesure de son histoire. Il contraste avec les “ombres”, ces premiers essais d’homuncule, qui sont de petites silhouettes goguenardes, simplettes et innocentes.

On ne peut pas s’empêcher d’être fasciné par les scènes d’alchimie, à mi-chemin entre la rigoureuse science et la providence de la foi religieuse. Ici, les adolescents et les adultes trouveront leur compte. Ces scènes, et le thème de l’alchimie en général, renvoient, dans une certaine mesure, à l’actualité : le clonage, la procréation assistée… Elles ne sont pas sans nous rappeler certains plans de cinéma très connus, notamment le champs d’humains dans Matrix, ou même la renaissance de Voldemort dans Harry Potter (bon, je pousse peut-être le bouchon un peu loin… mais c’est vrai!).

Finalement, c’est un très agréable moment de lecture, où l’auteur porte le lecteur avec l’aisance du style fluide et flexible, s’adaptant aussi bien aux descriptions, qu’aux scènes plus mouvementées. A recommander aux amateurs de romans historiques !

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Ricochet
Des livres et moi