“J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait” Maud Lethielleux

J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait
Maud Lethielleux
Thierry Magnier, “Roman”, 2010

J'ai 15 ans. J'aurais certainement pu le faire 3000 fois 
mais, à force d'en avoir rêvé, 
la réalité s'est faite inquiétante.

Capucine ne pense qu’à une seule chose : perdre sa virginité avec son professeur d’histoire-géo, M. Martin. Suite à un malentendu, sa meilleure amie Lily la croit amoureuse de Martin, un garçon de leur classe, guitariste dans un groupe.

 

Cliché n°1 : les ados ne pensent qu’au sexe. Réponse : sans doute vrai.
Cliché n°2 : il n’y a que les garçons qui pensent au sexe. Réponse : faux.
Cliché n°3 : les filles rêvent de perdre leur virginité avec un homme plus âgé, un homme qui a de l’expérience. Réponse : vrai, bien sûr.
Alors, vous allez me dire “ça commence mal, elle nous dit qu’il n’y a que des clichés”. Oui et non. Car de ces assertions communes, Maud Lethielleux sort un roman à deux voix bien écrit assez humoristique.

Au milieu du quiproquo avec Lily, des fantasmes sur le prof et des soirées concerts, on voit une ado qui gagne peu à peu en maturité et en patience. En bref, elle apprend la vie. Au-delà du sexe, l’auteur fait méditer sur les relations entre filles et garçons, son rapport à soi et au monde. Sujets bien vastes, certes, mais qui traités en parallèle du sexe évitent largement le piège de l’égocentrisme des personnages. C’est donc un titre trompeur pour un roman pas superficiel pour un sou.

De toutes façons, c’est Maud Lethielleux, alors bon. On sait que c’est bien.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lirado
Ricochet
Soupe de l’espace

“Ultraviolet” Nancy Huston

Ultraviolet
Nancy Huston

Éditions Thierry Magnier, “Roman”, 2011

 

Chaque être, chaque instant de la vie a son importance, 
et même sa beauté.

 

Lucy vit en Alberta au Canada. Son père, le pasteur, recueille un jour un mendiant. Médecin déstitué de ses fonctions, Bernard rend des services aux gens du voisinage. Peu à peu, Lucy s’attache à lui et recherche ces moments privilégiés où elle pourra lui parler de la vie, de ses doutes et de ses peurs, sans pouvoir parler des sentiments qui naissent en elle, sauf à son journal.

 

Il y a quelques temps, j’avais lu un roman sur le même sujet, les Saisons dangereuses, que je n’avais pas franchement apprécié. Hé bien, maintenant, j’ai un point de comparaison avec un bien meilleur roman.

Bernard Beauchemin est un médecin de 28 ans et Lucy vient juste d’avoir 13 ans. Elle nourrit des sentiments pour lui mais au lieu de jouer de ses charmes (qu’elle a très minces, d’après elle), elle essaie d’avoir de la conversation avec lui. Tout cela aboutit à une complicité teintée d’amour, plus suggéré qu’autre chose. En effet, Lucy ne se contente pas de se dire qu’elle n’est plus une enfant et qu’elle veut être traitée comme une femme. Elle se pose de nombreuses questions quant à son avenir, l’orientation de sa vie et aussi sa foi. Fille de pasteur, en 1930, elle n’a pas l’occasion de remettre sa foi en question, sauf lorsqu’un esprit scientifique croise sa route.

On évite donc le sentimental qui dégouline. C’est une belle représentation de l’adolescence : les questionnements sur la vie, la naissance de sentiments amoureux et le besoin de s’émanciper de ses parents. L’auteur (que je n’avais jamais lue) tourne cela de manière très judicieuse. Lucy est à la fois une fille éveillée, curieuse et amoureuse. Chez elle, l’émotion cotoie l’intellectuel, et elle le montre à travers ses recherches étymologiques et son besoin d’écrire.

Une lecture concise et efficace, pleine de sensibilité.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Sophie Pilaire
Prospéryne
Krol 

“Les saisons dangereuses” Virginie Lou

Les saisons dangereuses
Virginie Lou

Éditions Syros, “Tempo”, 2006

J'ai 12 ans, bientôt 13, et maman m'a dit que dans
moins de deux ans environ je serai une vraie femme,
avec des seins et des règles. Tu vois.

Marjolaine a 12 ans et Frédéric en a 30. Depuis longtemps, il est un ami très proche de ses parents. Il vient de se séparer de sa petite amie. Marjolaine en profite pour lui dévoiler ses sentiments.

L’autre jour, j’étais à la bibliothèque. Il y avait une sélection des meilleurs romans jeunesse parmi lesquelles beaucoup de bons titres que je connaissais déjà. Et puis celui-ci. Ok, histoire d’amour, différence d’âge, ça pique mais si c’est correctement écrit… Si…

Les deux personnages parlent chacun par leur propre voix puisqu’il s’agit d’un roman épistolaire. Les caractères se dessinent très rapidement (de fait, il n’y a pas beaucoup de pages). Marjo est une – petite – fille très immature (voir citation) qui veut faire agir son charme sur cet homme qu’elle connaît depuis toujours. Capricieuse et violente, elle est prête à tout. Frédéric de son côté n’a aucune autorité, est l’archétype parfait du trentenaire perdu dans sa vie et qui cède par faiblesse. Cependant, tout se finit sans indécences et sans surprises.

C’est bien dommage, le thème est pourtant intéressant, mais les personnages n’ont pas de profondeur et remplissent ce roman de clichés. Si la fille avait deux ou trois ans de plus… si le garçon n’était pas un organisme unicellulaire… si… si… Bref. Ce sera pour la prochaine fois. Quant au titre et à sa relation aux Liaisons Dangereuses (ô Choderlos, mon maître), je n’ose y croire. Comme vague référence, cela n’a aucun sens, et comme prétention de réécriture, c’est une ambition bien trop haute. Sur le même thème, préférez Ultraviolet de Nancy Huston.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là.
Le web pédagogique
Collège Rion des Landes
Copie double

“A quoi tu penses” Karine Reysset

A quoi tu penses
Karine Reysset
Editions Ecole des Loisirs, collection “Médium”, Paris, 2004.

 

Pauline est une jeune fille de 15 ans. Lors d’un stage à Londres, elle rencontre en boîte de nuit un jeune anglais du nom de Mark. Jeune mais tout de même de 5 ans son aîné. Pour elle, c’est l’amour fou, elle fait tout pour venir habiter chez lui. Elle oublie son amoureux français Nicolas, fuit ses parents qui se séparent. Mais une fois arrivée chez lui, elle se rend compte que le sentiments ne sont apparemment pas partagés.

Choisi au hasard sur un présentoir, ce roman n’est pas la bonne surprise que j’avais imaginé. Lu très très vite, le résumé me parassait prometteur… Voyons les mots clés : une ado, un anglais plus vieux, histoire d’amour, problème… Bon, on va bien voir. Malheureusement, la déception est au rendez-vous.

Premier choc : le style. Dès les premières pages, j’ai été dérangée par ce style complètement en décallage avec le personnage principal, Pauline, qui est par ailleurs la narratrice. Ce style manque de crédibilité. En un mot, il fait bien trop “adulte”, pour une héroïne qui finalement se montre immature et égoïste. Elle fume des cigarettes, parce que ça lui donne un air cool, elle évoque les divers endroits où elle a fait l’amour avec son briton, raconte ses soirées où elle finit bourrée au Malibu. Tout cela dans l’espoir vain de paraître plus âgée.
Cette narration discordante n’est pas améliorée par l’action qui l’accompagne. On a plutôt tendance à s’étonner du caractère non réaliste de l’affaire. Il y a trop d’éléments qui font que Pauline ne devrait pas être adolescente, mais plutôt jeune adulte. Certes, chacun est égoïste : Pauline refuse d’être le réceptacle des problèmes sentimentaux de ses parents, mais s’en sert pour montrer à son ex, Nicolas, qu’elle est très malheureuse. Quant aux parents, obnubilés par leur couple en lambeaux, ils se définissent par leur inattention totale envers cette enfant – car elle a beau faire pouet-pouet avec un anglais dans une voiture, ça n’empêche que c’est encore une enfant.
L’originalité tient, je pense, à la ligne temporelle du roman. Sur le fil conducteur – le séjour de Pauline chez Mark – se rattachent des souvenirs, qui amènent le lecteur à comprendre la situation d’impasse dans laquelle Pauline se trouve. Or, cette situation semble plus que claire dès le début, et ce puzzle à reconstituer est un obstacle. Un peu comme le saut de haies en sport : on arrive à toute vitesse, on lit le passage, on piétine en disant “attends, ça se passe quand, ça? ah oui…” et hop, on saute en atterissant un peu maladroitement. L’effet était sans doute recherché.

C’est un des premiers romans jeunesse de Karine Reysset, qui écrit également des romans adulte chez l’Olivier et aux éditions du Rouergue. Peut-être n’ai-je pas pioché la bonne carte! Comme à mon habitude, je ne m’arrêterai pas à une déception et je tenterai d’autres titres plus récents une prochaine fois, et plutôt en littérature adulte.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lenegezh

“Un coeur brisé” Jacqueline Wilson

Un coeur brisé
Jacqueline Wilson
Trad. Anne Krief
Editions Gallimard Jeunesse, coll.”Folio Junior”, Paris, 2008.

 

Prudence a 14 ans. Elevée par un père très strict et quelque peu réac’, elle n’est jamais allée à l’école et n’a jamais l’occasion ni le droit de sortir de chez elle. Après une attaque cardiaque, son père doit faire un séjour forcé à l’hôpital pour une rééducation intensive. Sa mère décide de l’envoyer elle et sa petite soeur Grace au collège le plus proche. Alors que Grace s’intègre vite, Prudence a plus de mal. Son talent en arts plastiques la rapproche un peu trop de son professeur, M. Raxberry, dont elle tombe amoureuse.

C’est après une polémique outrée de mes collègues mères de famille que j’ai décidé de lire ce livre. Apparemment, c’est très apprécié chez les jeunes filles, également, alors il était temps que je me fasse une opinion.
Je dois avouer que c’est avec plaisir que l’on plonge dans un paysage  très britannique qui me tient toujours à coeur. Prudence est enfermée dans cette famille qui pense encore comme à l’époque victorienne, et qui, de plus, n’a pas un sou vaillant. Elle flotte dans un univers très littéraire et artistique (son père étant libraire), ce qui permet à Jacqueline Wilson de passer en revue les classiques anglais très appréciés en ce qui concerne les histoires d’amour : Les Hauts de Hurle-Vents, Jane Eyre entre autres sont les favoris de Prudence.
Cela dit, je vois plutôt ce roman comme une sorte de rite de passage. Comment une enfant de 14 ans se sort-elle d’un univers imaginaire extrêmement prononcé pour affronter le monde de l’extérieur, très rude et bien différent des livres des soeurs Brontë? Elle s’attache à la seule personne sympathique qui se présente à elle : son professeur. Certes, il est marié et a deux enfants, mais rien n’est impossible, hein Prudence? (Haha) Finalement, notre héroïne doit voir la vérité en face : la vie n’est pas toujours un roman. Elle doit mettre de côté son amourette (et son égoïsme éhonté!) pour le bien de tous. Elle est différente, mais il faut surmonter cela pour s’intégrer malgré tout.
Le style est simple, et même si les personnages peuvent être parfois absolument insupportables, c’est une lecture mignonnette. Quant à l’histoire d’amour, relaxez-vous, ce n’est que quelques bisous, comme a dit une de mes collègues “ils se pourlèchent un peu la pomme!” Mais le personnage du professeur est assez éloigné de la réalité… Aucun danger pour vos petites filles donc :D

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Des enfants et des livres