“Jack” A. M. Homes

Jack
A.M. Homes
Trad. de l’américain par Jade Argueyrolles
Actes Sud junior, 2011

Je serai toujours tout ça, mais plus que tout 
j'étais Jack tout court, sans ficelles.

Après le divorce de ses parents, Jack apprend que son père est homosexuel. De son côté, son meilleur ami Max voit son père battre sa mère. Perdus, ils ne savent plus où est leur place dans leurs familles brisées.

Actes Sud + couv très belle + sujet intéressant = je ne peux pas me tromper. Mais malgré tout ça, on peut quand même être déçus. C’est laborieusement qu’on commence ce roman dont l’écriture n’est absolument pas travaillée. J’ai lu que l’auteur l’avait écrit dans sa propre adolescence, donc je me dis qu’il ne faut pas trop taper sur la traduction qui met des notes en bas de page à tire-larigot. Par contre pour les terrifiantes coquilles et fautes d’orthographes, les correcteurs ne devaient pas être motivés. Torts partagés. D’une ligne à l’autre, on change de contexte sans une ombre d’explication. Bon, en gros, dur de persévérer.

Les personnages m’ont paru si indigestes… Énervés et énervants, je n’ai pas su m’y attacher. Puis ils mûrissent, mais alors d’un seul coup, pendant un laps de temps minuscule. Pour le sujet principal, c’est-à-dire l’homosexualité, je vous renvoie chez Altersexualité. Si le dernier tiers rattrape un peu le reste du roman, je regrette que ce texte n’ait pas été plus travaillé ou retravaillé. Tous les ingrédients y étaient.

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Fantasia (Sophie Pilaire)

“Première fois” Burgess, Fine, Hooper et leurs copains

Première fois
Melvin Burgess, Anne Fine, Keith Gray, Mary Hooper, Sophie Mckenzie, Patrick Ness, Bali Rai, Jenny Valentine
Traduction de l’anglais Laeticia Devaux et Emmanuelle Casse-Castric
Gallimard, “Scripto”, 2011

On ne peut pas se passer de certains mots 
parce que c'est la vraie vie, 
mais on ne peut pas les imprimer 
parce qu'on est trop jeunes pour lire ce qu'on fait. 
(Patrick Ness)

Entre une vieille qui parle de sexe à table, les premiers émois homosexuels, une miséreuse qui se prostitue, la virginité avant le mariage en Inde, quel point commun? La première fois.

Des auteurs anglais pour la jeuness? Ils parlent de cul? Ha ben, bien sûr qu’il faut se jeter dessus. Ca promet une bonne tranche de rigolade. Au final, c’est pas si comique que ça, mais le spectre est bien élargi, si je puis dire. Toutes ces nouvelles ont des tons très différents : nouvelle historique, points de vue culturels ou sexuels, tout y passe sauf la transsexualité ou la transidentité qui sont des sujets pour l’instant bannis de notre belle littérature pour jeunes, qui ne soit pas être “démoralisante” ou “perverse” selon la loi. Passons sur “l’épineuseté” du sujet.

Dans certaines nouvelles, le coeur se dispute la vedette avec les instincts. Soit on veut être crument réaliste sur le bouillonnement hormonal des jeunes soit on essaie de soutenir les sentiments. Bien sûr, ce n’est pas aussi manichéen. Dans la dernière nouvelle par exemple, on retrouve principalement l’idée qu’il n’y a pas d’urgence et qu’il faut être attentif à soi-même et se respecter sans laisser quelconque groupe agir sur nous. Les différences de cultures apportent un recul indispensable et une perspective très enrichissante. En bref, l’équilibre est là et donne un recueil vraiment complet, bien fait et bien écrit par ces pointures d’auteurs britons!

Enfin, mention spéciale à Patrick Ness et sa réflexion sur la censure dans la littérature et les publications jeunesse. Même si à force de biffures son texte était un peu difficilement lisible, il touche à un sujet diablement intéressant et fort débattu.

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Cathulu
Altersexualité
Blabla bibli

“Le complexe de l’ornithorynque” Jo Hoestlandt

Le complexe de l’ornithorynque
Jo Hoestlandt

Éditions Milan, “Macadam”, 2007

Tout à l'heure, le jardin fermera ses portes,
n'y demeureront plus que nos rêves,
et les oiseaux qui les emporteront dans le secret de leur nid,
pour la courte éternité de la nuit.

C’est l’histoire d’un croisement de quatre voix d’adolescent. Rose, qui a perdu l’usage de ses jambes après une chute grave, ne rêve que de donner la vie à un enfant. Aurélien, jeune homme pensif, silencieux et rêveur, se questionne sur ses penchants sexuels. Carla, mal dans sa peau et assez asociable, est tombée amoureuse d’un homme qu’elle voit en ombre depuis sa fenêtre. Cette ombre, c’est celle de Pierre, qui a quitté le domicile parental pour voler de ses propres ailes. Tous tentent de trouver leur chemin, cherchent à s’accepter avec leurs défauts et à voir la vie du bon côté…

L’ornithorynque et sa “tronche de puzzle raté” semble confirmer l’absence de divin, d’après Carla. Tout arrive donc par hasard. Impossible de contrôler quoi que ce soit. Ou bien?…

Gérer un vécu plus ou moins lourd, pouvoir se projeter dans l’avenir comme on demande de le faire, c’est beaucoup demandé pour ce groupe d’adolescents à la dérive qui semblent absorbés par leur mal-être. Le passé pèse lourd même s’il n’y a pas beaucoup d’années au compteur : accident grave, perte d’un être cher, violentes disputes familiales, insultes proférées par un ami proche… Comment vivre et avancer avec un boulet au pied? Au moment où commence le roman, ces expériences plombent les personnages et leur estime personnelle. Ils cherchent à la reconquérir, à coup de rêves ou de poésie et toujours avec persévérance. Il faut s’affirmer, trouver sa place dans la vie même si elle n’a pas fait de cadeaux.

L’auteur nous offre un joli coup de plume. Chaque personnage est clairement identifiable par son style, chaque voix se distingue de l’autre. Par un jeu de miroir, on voit chaque personnage dans le regard de l’autre. Les anecdotes et les fantasmes se croisent mais tout aboutit à un ensemble parfaitement cohérent et facile à suivre. Ce mode de narration privilégie évidemment l’identification, et il n’y a rien de plus simple : tous ces personnages sont terriblement touchants. J’avoue, j’ai versé une ou deux larmes…

Ce beau roman grave, c’est le récit de la lumière au bout du tunnel, l’affirmation que la vie ne fait que commencer. On éclôt, on sort de ses rêves, on sort de l’enfance pour aller vers l’âge adulte et enfin pouvoir les réaliser ces rêves.

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Altersexualité
Joannic Arnoi
Malivo

Interview de l’auteur par les libraires Citrouille

“Kiss” Jacqueline Wilson

Kiss
Jacqueline Wilson

Trad. de l’anglais Alice Marchand
Gallimard Jeunesse, “Scripto”, 2009

On se voit ce soir à la Cabane de Verre?

Carl et Emily ont 13 ans. Ils ont été voisins et amis inséparables toute leur vie. Cette année, ils sont dans des collèges différents et rencontrent chacun de leur côté deux personnes aux forts caractères. Emily est repérée par Miranda, une jeune fille très controversée et Carl s’attache à Paul, joueur de foot dans l’équipe de son collège.

Attention, spoiler, je suis obligée de parler dès le début du thème principal du roman (dissimulé par la quatrième de couverture) mais cela ne gâche pas vraiment la lecture. Jacqueline Wilson s’attaque ici précisément au sujet de l’homosexualité chez les adolescents, et plus largement la découverte des relations amoureuses, domaine de spécialité de cette auteure bien connue.

Je commence par un regret : je trouve que les personnages manquent légèrement de crédibilité. Emily est amoureuse de son ami Carl, désespérément intouchable. Jeune fille plutôt naïve, elle s’entiche d’une amie très extravertie, qui passe son temps à flirter. Carl, quant à lui, poursuit ce jeune footballeur poseur et frimeur. Les contraires s’attireraient-ils? En tout cas, le cliché n’est malheureusement pas loin. Cependant, ces personnages mettent en valeur des situations courantes dans une vie d’ado… Premières soirées, premiers baisers, premières cuites, etc. Les personnages adultes quant à eux se montrent très présents et représentent sans doute une sorte d’idéal.

J’allais également râler sur la longueur (et ces répétitions très étonnantes qui donnent clairement l’impression de piétiner)… Mais elle peut se justifier. Doucement, on appréhende Carl afin que l’annonce de son homosexualité à la fin ne soit pas une surprise mais quelque chose de tout à fait naturel, quelque chose qu’on saurait instinctivement. En gros, le lecteur ne doit pas être choqué. Dans le cercle familial, on met cela sur le compte d’une passade. Aïe, là aussi j’ai trouvé la chose maladroite. L’homosexualité passerait aussi vite que l’acnée? Mais après la lecture de cet article de Jacqueline Wilson dans le journal The Guardian, j’ai compris que c’était sans doute un moyen de relativiser la chose et surtout de dire qu’il y a tout le temps pour ça.

Mais bon, un gros bémol quand même…On affleure le sujet plus qu’autre chose et on reste dans la superficialité d’une littérature amoureuse qui essaie d’aborder un sujet sérieux sans y parvenir réellement.

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Altersexualité
Délivrer des livres
Otium

“Etrangère au paradis” Gudule

Étrangère au paradis
Gudule

Grasset jeunesse, “Lampe de poche”, 2004.

Avoir une mère ailée, moi, ça me plaisait bien. 
Dommage que ce soit si fragile, les papillons.

Léna est la fille de Marie Possa, une auteure jeunesse légèrement névrosée ayant une petite renommée dans son milieu. Son éditeur, l’homme le plus conciliant du monde, part en retraite et laisse sa place à une jeune femme exigeante et généreuse en corrections, Sybille Fromental. Marie s’en fait son ennemie jurée. Léna, essayant de faire le tampon, commence à découvrir et à apprécier Sybille.

 

La jeune adolescente qu’est Léna traverse une période assez troublante. Elle découvre la sexualité, essaie de comprendre son corps, ses envies, et certaines choses qui ne vont pas forcément de soi. Elle se découvre une attirance pour Sybille, traitée avec une juste finesse par l’auteur. L’admiration et la passion qu’elle porte à cette femme, à son allure et son caractère se transforment doucement en désir. Au final, c’est surtout le récit à la première personne d’une adolescente qui est chamboulée par une foule d’émotions inconnues dans lesquelles elle a du mal à faire le tri.

Parallèlement, on observe les relations entre auteur et éditeur. Pour moi qui sors de ma formation métiers du livre, cela m’intéressait beaucoup. Gudule dévoile une façade du métier d’auteur que le grand public oublie parfois ou ignore complètement : cette étape qui consiste à remettre en cause ses acquis. Marie Possa passe, comme sa fille, par une période dérangeante. C’est un choc des mentalités et de générations entre ces deux femmes. Sybille représente le monde de l’édition “actuel” focalisé autour des techniques pour rendre un roman vendeur. Marie était habituée à l’édition “à l’ancienne” où le mot “vendre” n’était prononcé qu’en cas d’extrême nécessité.

L’auteur traite de manière brillante de ces deux sujets qui, même s’ils semblent éloignés, se rejoignent grâce aux sentiments des personnages. L’homosexualité qui est parfois un sujet houleux dans certains romans est abordée ici de manière naturelle, délicate et fine.

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Altersexualité
Joannic Arnoi 

“Amoureux grave” Brami, Lopparelli

Amoureux grave
Élisabeth Brami

Philippe Lopparelli (photos)
Éditions Thierry Magnier, “Photo-roman”, 2008

Connaître le suave naufrage de l'existence

Pour Paul Daveine, c’est l’année fatidique du bac. Les inquiétudes maternelles ajoutent au stress naturel qu’éprouve en permanence Paul. Ayant choisi une filière littéraire, il est considéré comme un semi-raté par sa famille, qui parallèlement, émet des doutes sur sa sexualité. En effet, en l’appelant Paul, ses parents lui ont attribué des initiales qui ont fait de Paul la risée de ses camarades de classe. Un jour, il reçoit des photographies d’un correspondant inconnu. Il y répond par des textes où il se met à nu comme jamais il ne l’a fait.

 

Ah! Enfin un vrai bon “Photo-roman” réussi comme il faut. Je l’attendais depuis longtemps.

Paul est dans une famille qui le met énormément sous pression, spécialement sa mère qui l’aime beaucoup mais qui l’étouffe. La filière littéraire qu’il a choisie de plein gré l’éloigne d’un ensemble de scientifiques acharnés. Son problème est de s’intégrer à une communauté, qu’elle soit familiale ou autre, sans subir de préjugés écrasants, mais cela semble être un échec. Il subit une stigmatisation sociale centrée sur sa potentielle homosexualité qui se détecterait dans ces initiales, P.D., sorte de malédiction offerte à sa naissance par ses parents, par son choix d’études et par le fait qu’il soit solitaire et assez mal dans sa peau. L’échange qu’il fait avec cet anonyme lui permet d’extérioriser tous ces sentiments, sans tabous, sans aucune retenue, et de déployer un style poétique, imagé et puissant. Il verse dans ces textes tout ce qu’il n’aurait dit à personne et réagit aux photos qu’il reçoit. Un dialogue s’instaure où certains sous-entendus ne sont dévoilés qu’à la fin.

Quel style mais quel style! J’ai réellement pris un plaisir immense à lire les textes de Paul. Élisabeth Brami décrit un jeune homme dont le talent n’est connu de personne et qui ouvre ses ailes, en secret. Il ouvre son coeur comme la personne en face le fait, et chacun pour aboutir à une sorte de révélation. Si ce roman est si bien réussi, c’est que l’auteur a su prendre la distance nécessaire par rapport aux photographies de Philippe Lopparelli. Elles sont intégrées parfaitement dans l’histoire, elles sont nécessaires et cohérentes. C’est tout ce qu’il faut pour que ce concept de roman fonctionne.

C’est un voyage profond dans la sensibilité d’un adolescent mûr et talentueux qui doit affronter une vérité choc à un moment charnière de sa vie. Une belle réussite.

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Joannic Arnoi
Délices et des mots 

“Accrocs” Gilles Abier

Accrocs
Gilles Abier
Actes Sud Junior, 2009

 

L’adolescence n’est pas de tout repos. Preuve en est, ces jeunes lycéens, tous dans la même classe, qui se passent le flambeau du récit pour raconter chacun leur histoire, l’accroc le plus frappant qu’ils aient vécu. Homosexualité, discrimition, problèmes familiaux…

Cela faisait un moment que je voulais lire ce roman, connaissant la qualité des publications d’Actes Sud Junior, mais je n’ai pu le lire que dernièrement. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue. La publicité faite autour de ce roman parle surtout du style “politiquement incorrect” qui doit séduire les adolescents. Les récits sont tous fait à la première personne du singulier, et chaque chapitre change de narrateur. Les différents voix sont facilement identifiables, et chaque ado a un lien avec celui de l’histoire qui le précède. Tout cela s’enchaîne donc logiquement et tout à fait lisiblement. Le style est très brut, avec en prime beaucoup d’humour noir.

L’auteur mise sur des “accrocs”, des situations “choc” qui représentent le tournant de l’adolescence, comme un point culminant du mal-être où on voit le monde changer, voire s’écrouler, autour de soi. Les personnes en qui l’on croyait révèlent un visage inconnu et traumatisant. En un mot, c’est la fin des idéaux.

Le style ne m’a pas gênée. Que l’on emploie un vocabulaire familier pour des récits assumés par des personnages adolescents me semble au contraire tout à fait cohérent. Mais tous les événements qui arrivent à ces adolescents me paraissent tellement poussés à l’extrême qu’ils perdent une partie de leur crédibilité. Cela dépend des sensibilités de chacun, et je n’ai peut-être pas vécu assez de choses horribles dans ma propre adolescence pour que cela me touche. Cependant, ce roman a beaucoup de succès auprès du jeune public (comme il est indiqué sur la critique de Biblioblog), et tant mieux! Lisez, bande de jeunes!

Je profite de la critique de ce livre pour mettre en avant le Jukebox Ados qjui a été présenté au Salon du Livre Jeunesse cette année et qui tourne dans les médiathèques. Je vous conseille d’aller visiter le site officiel qui vous permettra d’en savoir plus. Il s’agit de faire découvrir une sélection de romans au public par des biais tout à fait nouveaux, et tout à fait efficaces. C’est un concept vraiment enthousiasmant.

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Carnets de sel
Otium
Biblioblog