“Un artiste du monde flottant” Kazuo Ishiguro

Un artiste du monde flottant
Kazuo Ishiguro

Trad. de l’anglais par Denis Authier
Gallimard, “Folio”, 2009

 

Nous avons été des hommes ordinaires 
dans une époque qui ne l'était pas : 
nous n'avons pas eu de chance.

 

Japon, post-Seconde Guerre Mondiale. Masugi Ono est un ancien peintre de l’art officiel qui a participé activement à la propagance. En voyant sa ville changer, il se rappelle de son passé, de ses anciens élèves et du cheminement qui l’a amené à l’engagement. Il tente par là de se défendre contre les attaques de la nouvelle génération qui, brisée par la guerre, voit la source de ces malheurs chez ses aînés.

 

Tout en finesse, ce roman explore une problématique complexe : la responsabilité de l’artiste dans l’acte de propagande. Dans une société où deux générations s’opposent, il faut savoir équilibrer la balance. Dans l’intention d’unifier son pays, l’artiste produit des oeuvres engagées. Cet investissement, cette envie d’avoir un rôle dans une société qui s’apprête à affronter un événement majeur de son histoire, peut-il être reproché par de plus jeunes, utilisés comme chair à canon? Le plus important est sans doute de ne pas rester sur la rancoeur passée, de savoir se reconstruire, d’aller de l’avant.

Dans un style très poétique et sans s’aventurer sur le terrain houleux de la politique pour décider qui avait tort et qui avait raison, l’auteur nous dévoile la vie d’un vieil homme par petits morceaux, une vie que l’on reconstitue peu à peu pour à la fin cerner une pensée entière et arriver à une conclusion claire. Même s’il est troublé, le narrateur garde le calme de l’homme sage qui revient sur sa vie et qui remet en question ses actions passées et sa respectabilité présente.

Un très beau moment de littérature, délicieux à lire, et qui en plus, donne à réfléchir.

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Lectures de Cachou
Culture confiture
Les écrits d’Antigone 

“Quartier lointain” Jiro Taniguchi

Quartier lointain
Jirô Taniguchi

Trad. du japonais par Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet
Éditions Casterman, “Écritures”, 2002 (1998)

Tout ce qui était inscrit dans ma mémoire,
les événements du passé, étaient ici des événements à venir.

Un homme est ivre et doit rentrer chez lui. Il se trompe de train et prend celui qui le conduit jusqu’à son village natal. En visitant la tombe de sa mère, il fait un malaise et se retrouve métamorphosé en adolescent. Il revit l’année de ses 14 ans, l’année où son père a disparu.

Encore un manga classique, élevé au rang de chef d’oeuvre incontournable en quelques années.

Dans cette histoire, le narrateur est confronté à un événement fantastique qui le force à remettre sa vie en perspective. Homme visiblement insatisfait dans sa vie privée et professionnelle, enclin à l’alcoolisme, il doit prendre du recul en réintégrant son “moi à 14 ans”. Cette transformation est une chance de l’aider à cesser d’être sans cesse submergé par le passé et de résoudre l’incompréhension devant la fuite de son père, grâce à son regard d’adulte.

Un trait parfaitement maîtrisé, de merveilleux paysages, une mise-en-scène si précise qu’on pourrait directement en faire un film (il y en a eu un mais je le déconseille, l’histoire a été transposée en France dans les années 50), bref tout est là pour que ce manga soit réussi. Le côté fantastique donne un goût un peu étrange et inquiétant à cette fable et l’on relève parfois quelques incongruités. Je me souviens de m’être dit “celui-là, il a pas regardé Retour vers le futur!”. Mais le tout reste très cohérent et aboutit à une conclusion pleine d’espoir à portée universelle.

Je confirme, incontournable!

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BD Gest
Cottage treasure
Delphine’s books

“Les vacances de Jésus et Bouddha” Hikaru Nakamura

Les vacances de Jésus et Bouddha
Tome 1

Hikaru Nakamura
Éditions Kurokawa, 2011

Le Bouddha smile!

C’est l’heure des vacances pour Jésus et Bouddha, après s’être donné du mal pour oeuvrer à la paix sur Terre. Ils se trouvent un appartement et s’adonnent aux activités favorités des japonais modernes… En toute discrétion.

Jusqu’à présent, je n’ai critiqué que des séries que j’avais lu en entier, mais je fais une entorse pour cette fois-ci pour faire un peu de pub à un nouveau manga sorti il y a quelque mois. Qu’est-ce que ça donne deux divinités essayant de vivre dans notre monde moderne? Entre rassemblements d’animaux, séparation des eaux à la piscine et transformation de l’eau en vin, on pourrait croire que c’est la routine qui continue. Mais quand Jésus est confondu avec Johnny Depp au supermarché ou que Bouddha se plaint d’être toujours représenté gros, les choses deviennent plus amusantes.

Ces petites aventures du quotidien mettent en situation ces deux personnages hautement saints pour jouer sur un décalage cocasse. L’auteur, visiblement assez calé sur les deux religions, fait de nombreuses références (oui, si vous n’y connaissez rien, ça risque d’être moins drôle) et révèle de terribles secrets… comme le fait que Jésus ne sait pas nager. Mais je n’en dis pas plus.

Certes, le dessin n’a rien de particulièrement exceptionnel, mais justement, étant très accessible et réaliste, il permet aux non-lecteurs de manga de lire la série sans encombre. J’ai déjà fait cette remarque à propos de Sacrée Mamie, et c’est aussi le cas pour Yotsuba&!. La production manga cherche à toucher un public plus large grâce à ces séries, ce qui n’est pas un mal. Ce genre s’adressait jusqu’à présent à une tranche bien précise de lecteurs, mais ces séries qui abordent une diversité de thèmes – la religion dans notre cas, et l’oenologie dans Les Gouttes de Dieu, par exemple – ont l’opportunité de toucher de nouveaux lecteurs.

Et pour revenir à nos moutons, c’est un moment de lecture très drôle et léger qu’accorde Les vacances de Jésus et Bouddha. Le terrain était miné pourtant! Confronter deux religions est assez risqué, mais grâce à l’humour et au second degré, on réussit à accomplir beaucoup de choses. Vive la suite (à paraître pour septembre).

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Actua BD
La caverne d’Ankya
Billet bulles

“Mushishi” Yuki Urushibara

Mushishi
(10 volumes)

Yuki Urushibara
Éditions Kana, “Big Kana”, 2007 à 2009

Toi aussi tu peux voir les mushi?

Ginko voyage à travers le Japon à la recherche de phénomènes inexpliqués, souvent signes de la présence parmi les humains d’un nombre important de mushi. Ce sont des organismes à la source de toute vie, des éléments primaires que seules certaines personnes peuvent voir. Lorsqu’ils sont trop nombreux, des dérèglements se produisent et bouleversent la vie de la population. Ginko tente de résoudre ces problèmes, c’est un mushishi, un expert en mushi.

J’ai tout de suite été attirée par cette étrange histoire de mushi. Je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, et c’est d’ailleurs assez difficile à expliquer. Mais le concept devient de plus en plus clair au fur et à mesure des histoires. Le lecteur est emporté comme dans un tourbillon, et c’est un peu étourdie que j’ai terminé la lecture des premiers tomes… Avant de me précipiter sur les suivants.

Ginko, le personnage principal, est très énigmatique. Ayant eu lui-même un souci avec des mushi dans son enfance, le seul but de sa vie est désormais de les étudier et d’aider les gens à vivre avec. Les différents mushishi qu’il croise ou qu’il connaît n’appliquent pas tous la même technique. Certains veulent anéantir les mushi qu’ils considèrent comme des nuisibles. Mais Ginko, lui, tente de rétablir un équillibre, entre ces organismes naturels, trouvant leur énergie à la source de la vie. Ils ne doivent pas être éliminés mais régulés.

On retrouve ici une thématique toute japonaise : l’environnement, l’accord avec la nature, l’harmonie. C’est une mission  défendue de manière nonchalante par Ginko. Ces mushi provoquent des événements qu’en Occident on appellerait “surnaturels”, “paranormaux”. En effet, l’auteur se base, pour certaines histoires, sur des anecdotes entendues dans sa famille ou des légendes connues. Elle intègre donc ces situations étranges à un état naturel des choses.Comment dire, à part que tout doit vivre en harmonie?

Le dessin, enfin, est parfaitement enchanteur. L’auteur nous plonge dans de magnifiques paysages de montagnes, de bords de mer, de forêts, autant de paysages différents qu’en compte le Japon. Les intrigues se déroulent pour la plupart dans la campagne, ou dans de petites villes. Les personnages sont tous en costume traditionnel, ce qui rend l’époque difficile à cerner, ou plutôt ce qui rend ces histoires intemporelles.

C’est une magnifique série, à la fois par le dessin et la narration, originale et authentique.

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Shinmanga
Madinkeard

“La vie de Bouddha” Osamu Tezuka

La vie de Bouddha
(8 volumes)

Osamu Tezuka
Éditions Tonkam, 2004 à 2006

Ce brasier... Vous tous réunis ici, regardez tous ce brasier.
Tout se consume !

Le jeune Siddartha est l’héritier du Kosala. Mais il est appelé par les circonstances et une force intérieure à quitter les richesses de ce monde pour errer sur les routes, subir des austérités et finalement développer sa propre pensée. Le bonheur se trouve dans l’entraide. Il se voyage afin de diffuser son enseignement et sa sagesse, et rencontre des esprits parfois réticents.

Je n’aurais pas pu faire une catégorie “Mangas” sans faire au moins un article sur le génie qu’est Osamu Tezuka. Il est le maître du manga, le grand sensei. Chaque lecteur sait de quoi je parle et a au moins lu ne serait-ce qu’un tome de son oeuvre foisonnante : Astro Boy, Histoires pour tous… Sans compter toutes les adaptations d’histoires déjà connues comme Pinocchio, Don Dracula, Metropolis… C’est sur la série La vie de Bouddha que je m’arrête. Parce que je n’y connaissais absolument rien à la vie de Bouddha, parce que ça m’intéressait et que je voyais que j’avais de sacrés manques en lisant Les vacances de Jésus et Bouddha (dont la critique va vite arriver). Maintenant, je comprends les références, c’est quand même mieux pour apprécier le manga.

Cette série montre bien pourquoi l’auteur a été sacré Dieu du manga chez nos amis japonais. La vie d’une divinité, c’est difficile à raconter. Je n’ai jamais lu d’adaptation du Nouveau Testament par exemple (mais il en existe peut-être) mais ce que je sais, c’est que l’exercice serait difficile. Ici, Tezuka réussit, mais en plus il réussit à conjuguer parfaitement plusieurs tons contradictoires. L’humour et la solennité, le sérieux et les anachronismes, l’anecdotique et le spectaculaire… Tezuka transforme une hagiographie potentiellement ennuyeuse en une histoire drôle, pédagogique et à portée universelle.

Et bien dessinée. Tezuka a un trait reconnaissable parmi tous, une patte inimitable. Je me souviens de mes premières lectures de Tezuka et j’avais l’impression que le dessin était daté. Maintenant, je l’apprécie à sa juste valeur. Un dessin sur lequel beaucoup prennent exemple, mais qu’on ne retrouve nulle part, une pure maîtrise de la mise en page et du scénario. La physionomie du personnage de Bouddha évolue en même temps que sa sagesse (ce qui est montré très clairement sur les couvertures Tonkam) et devient de plus en plus rassurante. Avec ce manga, non seulement on gagne en culture religieuse, mais Tezuka nous fait approcher du sentiment “zen” de la religion bouddhiste.

Un coup de maître.

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Espace from Marseille
Hachiju
Wakanim

“Une sacrée mamie” Yoshichi Shimada

Une sacrée mamie
(10 volumes, série en cours)

Yoshichi Shimada
Saburo Ishiwara (ill.)
Éditions Delcourt, “Ginkgo Akata”, 2009 à 2011

À trois ans, le coeur, à six ans les bonnes manières.

Japon, années 50. Akihiro Tokunaga est un petit garçon qui doit quitter Hiroshima et la maison de sa mère car celle-ci n’a pas assez d’argent pour le faire vivre. Elle l’envoie à Saga, dans la campagne, vivre avec sa grand-mère Osano, une femme très pauvre elle ausi. Mais grâce à sa persévérance, ses préceptes moraux à toute épreuve et quelques petits trucs pour économiser, elle réussit à élever le garçon. Akihiro apprend près d’elle des leçons de vie basées sur la solidarité, le courage et la bonne humeur.

Je vais me répéter mais voilà encore une série dont il ne faut pas se priver. La première chose que j’ai fait avec? La faire lire à ma mère qui n’avait jamais touché à un manga (avec un petit mode d’emploi concernant l’ordre des cases…). Adaptée à tous les publics, lecteurs de mangas et novices, cette série est encore un rayon de soleil dans les moments de lecture.

Le manga est adapté d’un roman autobiographique, Gabaï, ma sacrée mamie de Saga, publié par Saburo Ishiwara. Cette baashan force en effet le respect. La tête haute devant toutes les épreuves, elle éduque le petit Akihiro qui arrive chez elle. Petit enfant capricieux, vorace et agité, il comprend à force d’expériences vécue au quotidien, à vivre très bien avec le tout petit pécul de sa grand-mère grâce aux principes qu’elle lui apprend, toujours basés sur des événements vécus. Ludique et pédagogique, c’est la meilleur guide de vie qu’on puisse trouver! Modeste, économe et sérieuse, elle n’accepte jamais un don mais lui préfère les échanges.

Akihiro va a l’école avec Nanri, un enfant de paysan qui lui aussi a la vie dure. Tous les deux éduqués dans le respect de la famille, la solidarité et l’amitié. Oui, dit comme ça, ça a l’air très moralisateur, mais en fait ça ne l’est pas tant que ça. Les jeux des gamins sont des jeux de gamins. Bébêtes, frais, stupides, rigolos tout simplement, ils apportent plein d’humour à la série. Facilement impressionés par la moindre histoire de fantôme, ils sont souvent piégés dans des situations cocasses qui se dénouent grâce aux adultes, tout aussi amusés. J’ajoute que le style graphique est abordable par des non-lecteurs de mangas, généralement effrayés par le style Dragon Ball Z. Ici, on évolue dans une campagne bucolique, dans des maisons japonaises typiques… Un vrai délice avec une toute petite touche de mélancolie.

C’est beau, c’est tendre, c’est touchant (je me suis déjà vue verser quelques larmes parfois!), c’est terriblement drôle et rempli de beaux idéaux qu’il ne faudrait pas oublier. Lisez, lisez, faites lire, partagez…

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Actua BD
Télérama
Akata

“Mes voisins les Yamada” Hisaishi Ishii

Mes Voisins les Yamada
(Trois volumes)
Hisaishi Ishii
Trad. du japonais par Takuya Matsumoto.
Éditions Delcourt, “shampooing”, 2009

Le terrain est à mon nom!

Voici la famille des Yamada : un père chef de bureau, une mère qui ne se soucie que des menus, une grand-mère qui clame le terrain, un fils paresseux, une fille insouciante et un chien blasé. Les aventures quotidiennes et cocasses de cette famille ordinaire sont rassemblées en trois énormes tomes, une source de bonne humeur sans fond.

Pour commencer cette nouvelle section “Mangas” que j’aurais dû faire depuis longtemps, je pars sur la base des classiques. Mes Voisins les Yamada est une série d’abord parue dans le journal japonais Asahi Shimbun dans les années 1990. Les studio Ghibli l’ont adaptée dans un film d’animation en 1999. Finalement, en France, c’est Delcourt qui se charge de publier la série sous forme de petits strips de 4 cases qu’on lit de haut en bas. Wikipédia dit que ça s’appelle des yonkoma (fin de la petite minute semi-culturelle).

http://www.yozone.fr/IMG/jpg/mes_voisins_les_yamada_1_2.jpgIl faut lire les Yamada. Et pourquoi? C’est très simple. D’abord, c’est drôle, plein de bonne humeur, de dérision. L’histoire renvoie une image humoristique de la famille avec tous ses défauts, mais aussi ses moments de tendresse, de colère. Ensuite, ça se déguste comme une bonne tablette de chocolat. Carré par carré. On peu picorer des pages au hasard, et très souvent se reconnaître dans des anecdotes parfaitement stupides. L’auteur excelle dans l’art du “plus c’est court, meilleur c’est”. Chaque personnage est très typé et attachant.

Le dessin est très simple (épuré comme disent les grands critiques), en noir et blanc. Les codes stylistiques du manga font le reste. Toute une diversité de thèmes est abordée : le sport, la nourriture très souvent, l’école et l’actualité. Il n’y a pas grand chose à ajouter à part de ne pas hésiter à pénétrer dans le quotidien de cette famille japonaise typique, et à rire de bon coeur.Si vous avez l’occasion, vous pouvez aussi regarder le film, mais la bande-dessinée est meilleure à mon goût…

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Littexpress
Yozone
Bulles Graphiques

“Nagasaki” Eric Faye

Nagasaki
Eric Faye

Editions Stock, 2010
Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2010

 

Et voyez ces serpents d'asphalte mou 
qui rampent vers le haut des monts...

 

Shimura-san vit seul dans une confortable maison à Nagasaki. À 56 ans, il n’a pas de femme, peu d’amis et voit rarement sa famille. Peu à peu, il remarque chez lui des déplacements d’objets et de la nourriture qui disparaît du frigo. Décidé à éclaircir le mystère, il finit par investir dans une webcam et surveille sa cuisine depuis son travail.

 

Généralement, je ne me laisse pas vraiment influencer par les prix littéraires dans mes lectures, mais j’essaie d’en lire un ou deux dans l’année quand même. Et je fais bien, puisque celui-ci m’a vraiment très agréablement surprise.

En lisant la quatrième de couverture, j’étais presque convaincue d’avoir entre les mains de la littérature quasi-fantastique. Cela a été confirmé par les premières pages. Grâce à un style très efficace, l’auteur réussit à décrire l’angoisse de Shimura-san, pauvre japonais qui n’a aucune raison de découvrir des choses suspectes chez lui. La mentalité et la culture japonaise étant ce qu’elles sont, on s’imagine tout de suite des fantômes, un esprit qui hante la maison. Il se trouve que le réaliste sert beaucoup plus l’histoire que toute autre chose.

Shimura-san voit sa vie retournée par cette incartade hors de la routine rassurante. Après avoir découvert ce qui se passait chez lui, il n’a pas le soulagement de se défouler sur quelqu’un, de se sentir dans son bon droit. “Je n’arrive plus à me sentir chez moi” dit-il au procès un peu plus tard. Comment en vouloir à la misère du monde qui use du génie de la discrétion pour survivre. C’est quasiment de l’art.

Ce roman est basé sur un fait divers. Il sonne juste, il est touchant, et va à l’essentiel. Que de bonnes qualités. Un vrai coup de plume peut transcender une histoire vraie et fondre réalité et littérature. Un excellent moment de lecture dont on aurait tort de se priver!

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Romans et lectures
Liratouva
Le grenier à livres

“L’apprenti japonais” Frédéric Boilet

L’Apprenti japonais
Frédéric Boilet

Les impressions nouvelles, 2006

 

Le premier baiser a un goût de citron.

 

Frédéric Boilet, auteur de bande-dessinée, livre dans ce journal ces impressions sur le Japon. Il décrit son adaptation et les chocs culturels grâce à des textes, des correspondances, des articles, et des dessins.

 

Voilà un ouvrage très intéressant qui offre un point de vue très authentique sur la culture japonaise, et la manière dont nous nous y confrontons en tant qu’européens.

Un des sujets principaux de l’auteur est bien sûr… les japonaises! Aucun cliché ni exagération ici. D’autres sons de cloche me sont déjà parvenus de la facilité pour un européen de faire plus de conquêtes qu’il n’aurait jamais osé rêvé! Les japonaises sont donc un sujet sans fin : les jupes des lycéennes (qu’elles enroulent autour de leur taille pour en faire des mini-jupes), la sexualité, le sexisme…

Frédéric Boilet (cliquez pour accéder à son site officiel) relève d’innombrables éléments originaux, exentriques, tout comme les grandes inégalités qui règnent encore sur le pays et la difficulté du monde du travail. Certaines coutumes comme le cosplay, parvenu jusque chez nous, sont expliquées et remises dans leur contexte. Bien sûr, l’auteur décrit le regard des japonais sur lui-même, un étranger blanc parlant anglais, donc forcément américain…

Bref, c’est un livre qui permet d’élargir la vision d’une culture que l’on pense connaître. L’auteur fait évoluer les lecteurs avec lui, de la découverte jusqu’à la cerner de manière très fine et juste. J’avoue ne pas en parler très bien, malgré le très bon effet qu’il m’a fait et le nombre de choses qu’il a pu m’apprendre. Il faut aussi noter le style graphique très personnel de l’auteur.

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Buzz littéraire
Thaddeuss
Clarabel