Un artiste du monde flottant
Kazuo Ishiguro
Trad. de l’anglais par Denis Authier
Gallimard, “Folio”, 2009
Nous avons été des hommes ordinaires dans une époque qui ne l'était pas : nous n'avons pas eu de chance.
Japon, post-Seconde Guerre Mondiale. Masugi Ono est un ancien peintre de l’art officiel qui a participé activement à la propagance. En voyant sa ville changer, il se rappelle de son passé, de ses anciens élèves et du cheminement qui l’a amené à l’engagement. Il tente par là de se défendre contre les attaques de la nouvelle génération qui, brisée par la guerre, voit la source de ces malheurs chez ses aînés.
Tout en finesse, ce roman explore une problématique complexe : la responsabilité de l’artiste dans l’acte de propagande. Dans une société où deux générations s’opposent, il faut savoir équilibrer la balance. Dans l’intention d’unifier son pays, l’artiste produit des oeuvres engagées. Cet investissement, cette envie d’avoir un rôle dans une société qui s’apprête à affronter un événement majeur de son histoire, peut-il être reproché par de plus jeunes, utilisés comme chair à canon? Le plus important est sans doute de ne pas rester sur la rancoeur passée, de savoir se reconstruire, d’aller de l’avant.
Dans un style très poétique et sans s’aventurer sur le terrain houleux de la politique pour décider qui avait tort et qui avait raison, l’auteur nous dévoile la vie d’un vieil homme par petits morceaux, une vie que l’on reconstitue peu à peu pour à la fin cerner une pensée entière et arriver à une conclusion claire. Même s’il est troublé, le narrateur garde le calme de l’homme sage qui revient sur sa vie et qui remet en question ses actions passées et sa respectabilité présente.
Un très beau moment de littérature, délicieux à lire, et qui en plus, donne à réfléchir.
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lectures de Cachou
Culture confiture
Les écrits d’Antigone
Un homme est ivre et doit rentrer chez lui. Il se trompe de train et prend celui qui le conduit jusqu’à son village natal. En visitant la tombe de sa mère, il fait un malaise et se retrouve métamorphosé en adolescent. Il revit l’année de ses 14 ans, l’année où son père a disparu.
C’est l’heure des vacances pour Jésus et Bouddha, après s’être donné du mal pour oeuvrer à la paix sur Terre. Ils se trouvent un appartement et s’adonnent aux activités favorités des japonais modernes… En toute discrétion.
Ginko voyage à travers le Japon à la recherche de phénomènes inexpliqués, souvent signes de la présence parmi les humains d’un nombre important de mushi. Ce sont des organismes à la source de toute vie, des éléments primaires que seules certaines personnes peuvent voir. Lorsqu’ils sont trop nombreux, des dérèglements se produisent et bouleversent la vie de la population. Ginko tente de résoudre ces problèmes, c’est un mushishi, un expert en mushi.
Ginko, le personnage principal, est très énigmatique. Ayant eu lui-même un souci avec des mushi dans son enfance, le seul but de sa vie est désormais de les étudier et d’aider les gens à vivre avec. Les différents mushishi qu’il croise ou qu’il connaît n’appliquent pas tous la même technique. Certains veulent anéantir les mushi qu’ils considèrent comme des nuisibles. Mais Ginko, lui, tente de rétablir un équillibre, entre ces organismes naturels, trouvant leur énergie à la source de la vie. Ils ne doivent pas être éliminés mais régulés.
Le jeune Siddartha est l’héritier du Kosala. Mais il est appelé par les circonstances et une force intérieure à quitter les richesses de ce monde pour errer sur les routes, subir des austérités et finalement développer sa propre pensée. Le bonheur se trouve dans l’entraide. Il se voyage afin de diffuser son enseignement et sa sagesse, et rencontre des esprits parfois réticents.
Cette série montre bien pourquoi l’auteur a été sacré Dieu du manga chez nos amis japonais. La vie d’une divinité, c’est difficile à raconter. Je n’ai jamais lu d’adaptation du Nouveau Testament par exemple (mais il en existe peut-être) mais ce que je sais, c’est que l’exercice serait difficile. Ici, Tezuka réussit, mais en plus il réussit à conjuguer parfaitement plusieurs tons contradictoires. L’humour et la solennité, le sérieux et les anachronismes, l’anecdotique et le spectaculaire… Tezuka transforme une hagiographie potentiellement ennuyeuse en une histoire drôle, pédagogique et à portée universelle.
Japon, années 50. Akihiro Tokunaga est un petit garçon qui doit quitter Hiroshima et la maison de sa mère car celle-ci n’a pas assez d’argent pour le faire vivre. Elle l’envoie à Saga, dans la campagne, vivre avec sa grand-mère Osano, une femme très pauvre elle ausi. Mais grâce à sa persévérance, ses préceptes moraux à toute épreuve et quelques petits trucs pour économiser, elle réussit à élever le garçon. Akihiro apprend près d’elle des leçons de vie basées sur la solidarité, le courage et la bonne humeur.
Le manga est adapté d’un roman autobiographique, Gabaï, ma sacrée mamie de Saga, publié par Saburo Ishiwara. Cette baashan force en effet le respect. La tête haute devant toutes les épreuves, elle éduque le petit Akihiro qui arrive chez elle. Petit enfant capricieux, vorace et agité, il comprend à force d’expériences vécue au quotidien, à vivre très bien avec le tout petit pécul de sa grand-mère grâce aux principes qu’elle lui apprend, toujours basés sur des événements vécus. Ludique et pédagogique, c’est la meilleur guide de vie qu’on puisse trouver! Modeste, économe et sérieuse, elle n’accepte jamais un don mais lui préfère les échanges.
Voici la famille des Yamada : un père chef de bureau, une mère qui ne se soucie que des menus, une grand-mère qui clame le terrain, un fils paresseux, une fille insouciante et un chien blasé. Les aventures quotidiennes et cocasses de cette famille ordinaire sont rassemblées en trois énormes tomes, une source de bonne humeur sans fond.
Il faut lire les Yamada. Et pourquoi? C’est très simple. D’abord, c’est drôle, plein de bonne humeur, de dérision. L’histoire renvoie une image humoristique de la famille avec tous ses défauts, mais aussi ses moments de tendresse, de colère. Ensuite, ça se déguste comme une bonne tablette de chocolat. Carré par carré. On peu picorer des pages au hasard, et très souvent se reconnaître dans des anecdotes parfaitement stupides. L’auteur excelle dans l’art du “plus c’est court, meilleur c’est”. Chaque personnage est très typé et attachant.
Shimura-san vit seul dans une confortable maison à Nagasaki. À 56 ans, il n’a pas de femme, peu d’amis et voit rarement sa famille. Peu à peu, il remarque chez lui des déplacements d’objets et de la nourriture qui disparaît du frigo. Décidé à éclaircir le mystère, il finit par investir dans une webcam et surveille sa cuisine depuis son travail.
Frédéric Boilet, auteur de bande-dessinée, livre dans ce journal ces impressions sur le Japon. Il décrit son adaptation et les chocs culturels grâce à des textes, des correspondances, des articles, et des dessins.