“Brise-glace” Jean-Philippe Blondel

Brise-glace
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, 2011

J'avais compris d'un coup
que les mots avaient leur propre vie,
et que, en les assemblant, parfois,
on pouvait faire naître un truc proche de la magie.

Aurélien s’enferme dans la solitude après un deuil dont il ne veut pas parler. Thibaud, son nouvel ami, veut absolument le libérer de ce poids et tente de creuser pour comprendre ce que cache Aurélien.

J’en ai fait une bonne cure, de Jean-Philippe Blondel. Ici, vous tenez entre vos mains un roman d’une grande force, un roman que je ferais volontiers lire à des adultes pour leur prouver que, non, la littérature pour adolescents n’est pas une sous-littérature. Aurélien est un personnage ceint par la souffrance qu’il exprime parfois en flots de paroles (voir l’épisode très fort du slam). C’est un personnage méfiant qui ne sait plus où mettre sa confiance et qui culpabilise à en crever. Aurélien et sa vie entre parenthèses.

Des couleurs, partout un rapport aux couleurs qui rappelle Et rester vivant. On comprend tout de suite plus de choses après avoir lu un récit autobiographique, aucun doute. On rentre dans l’intimité d’un auteur qui bâtit des personnages et des situations belles, fortes, graves, vraiment marquants en tous points. A ne pas manquer.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
Jardins d’Hélène
Moi, Clara et les mots

“Et rester vivant” Jean-Philippe Blondel

Et rester vivant
Jean-Philippe Blondel
Éditions Buchet-Chastel, 2011

J'emporte Rose et ses 50 ans. 
Je voyagerai ma vie entière avec elle
sans qu'elle ne vieillisse jamais.

L’auteur raconte l’année de ses 22 ans. Plus de parents, plus de frères ni soeurs, plus de famille. Pour ainsi dire seul au monde, il décide de s’embarquer dans un road trip aux États-Unis avec ses meilleurs amis, Laure et Samuel. Direction : Morro Bay, California.

J’ai fait une belle découverte avec ce roman autobiographique d’un auteur que je suis déjà depuis un moment. C’est le roman du nouveau départ. Il éclaire beaucoup de thèmes abordés dans ses autres romans, ce qui est souvent le cas des autobiographies. Ici, le deuil tient une place importante. Où se trouve la limite entre “libre” et “perdu”? Est-ce qu’il faut continuer à vivre la routine ou se détacher de tout pour aller ailleurs?

Ce road trip est vraiment émouvant. Les couleurs, les paysages, tout répond aux sentiments du narrateur. Les souvenirs s’en mêlent. De belles rencontres l’attendent sur le chemin, toutes dignes d’un roman. Dans une période charnière où toutes les voies sont ouvertes, il faut d’abord pouvoir lire en soi pour choisir.

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Sophie lit
Biblioblog
Art souilleurs

You never gave her too much thought in your newspaper grey
So waste away to Morro Bay

“Qui vive?” Blondel, Lebert

Qui vive?
Jean-Philippe Blondel

Florence Lebert (photos)
Thierry Magnier, “Photoroman”, 2011

 

Je regarde mon père qui dort. 
J'essaie de l'imaginer jeune et amoureux, 
mais c'est difficile.

 

Léo reçoit chez lui des photographies adressées à son père. Sans lettre, sans explication, l’expéditeur inconnu fait planer le mystère qui finit par s’éclaircir. Louis, son père, doit remonter dans son passé et revenir sur un voyage à Soukhoumi.

 

Voilà une belle réussite pour la collection, qui propose des titres à la qualité souvent inégale. Mais c’est souvent le risque pour des romans composites de ce genre.

Ici, le lecteur peut trouver un bel d’exemple d’équilibre entre le texte et les photos. L’auteur réussit à extraire des clichés tout le mystère qu’ils contiennent. Il mêle l’Histoire, la grande, le destin d’un peuple, sa lutte pour la liberté et la petite histoire, personnelle, mais pas moins forte et belle. Grâce à ces envois étranges, les relations entre le père et le fils se densifient. Léo a une occasion en or de découvrir la jeunesse de son père. Alors que leurs liens se resserrent, d’autres, à Soukhoumi, se délient  sous le poids de la guerre et des cicatrices familiales.

C’est toujours un plaisir de lire Jean-Philippe Blondel. Il se plie avec virtuosité à cet exercice. Douceur et douleur se côtoient dans les photographies de Florence Lebert. Les deux se complètent parfaitement.

Une alchimie réussie pour un roman juste et très sensible. Pas besoin d’en rajouter, il faut simplement le lire!

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Lectures de Marie
La lettrine
Un petit tour en littérature jeunesse

“Blog” Jean-Philippe Blondel

Blog
Jean-Philippe Blondel

Actes Sud Junior, 2010

 

J'écris sur mon ordinateur dans ma chambre. 
C'est comme si je m'extrayais du reste du monde.

 

Le narrateur, un jeune adolescent, tient un blog sur Internet où il parle de ce qu’il aime écouter, des films qu’il a aimés, de choses et d’autres. Un jour, il découvre par hasard que son père le lit. Scandalisé et se sentant violé dans son intimité, il rompt toute communication. En guise de réconciliation, son père lui confie un carton contenant les journaux intimes de sa jeunesse.

J’avais adoré Au rebond, et j’ai énormément aimé Blog. Pour ce roman, l’auteur choisit des thèmes d’actualité placés dans un moment charnière dans la vie d’un adolescent et de sa famille. Le passage à l’âge adulte du fils se fait dans des situations où un de ses parents lui confie un secret important et prouve alors sa totale confiance.

Le jeune narrateur tient son blog sur Internet, espace public par excellence, mais pourtant utilisé comme outil intime. On met tout de suite les choses en perspective quand on compare le père qui tenait son journal sur papier, et qui n’a probablement jamais été lu, et son fils qui le tient sur Internet, où ses amis peuvent réagir et poster des commentaires. Mais il peut y avoir des lecteurs secrets… Malgré cette petite vilainie parentale, le blog n’est pas présenté dans ce roman comme une activité fort dangereuse comme c’est trop souvent le cas. Non, ici pas de diabolisation, mais l’auteur pose la question du paradoxe moderne des blogs Internet, tout en donnant l’exemple d’une utilisation intelligente et raisonnée.

Quant au père, malgré ses indiscrétions, il garde des intentions très louables. Il exprime un désir de communiquer avec son fils sur les choses de tous les jours qu’il apprécie, sur ses questions, ses réflexions. Mais en famille, il est parfois difficile de s’ouvrir. Le blog pallie à ces difficultés et l’adolescent a alors l’impression qu’on le comprend sans qu’il ait besoin d’expliquer quoi que ce soit. Ce petit accrochage, loin d’interrompre le dialogue, l’approfondit par le secret que le père confie au fils.Ce dernier est alors mis dans la confidence d’un choc familial mêlant deuil, culpabilité et désillusions.

L’auteur fait part d’une belle observation psychologique dans ce roman. La fin propose de nombreuses possibilités pour le personnage principal et lui ouvre l’avenir. C’était encore un très bon moment de lecture, souvent ponctuée d’exclamations de satisfaction!

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Les jardins d’Hélène
La soupe de l’espace
Cynthia 

“Au rebond” Jean-Philippe Blondel

Au rebond
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, “Romans Ado”, 2009

 

A la disparition de Christian, Alex prend les choses en main et, appuyé par sa mère, il va frapper à la porte de son ami. Ce dernier est au milieu d’une tempête familiale qui détruit tout sur son passage. Alex et sa mère l’aident à reconstruire ce qu’il reste de sa famille.    

 

Ce fut ma première approche des romans ado d’Actes Sud Junior, mais je dois avouer que je flairais déjà la qualité, notamment grâce aux louanges de mes collègues. Je n’ai pas été déçue!
Le lecteur s’invite dans les pensées d’Alex, notre narrateur. C’est autour d’une réflexion sur l’amitié que débute le roman, réflexion très bienvenue, mature et profonde, qui introduit parfaitement le noeud de l’histoire. Nous retrouvons un thème très récurrent dans la littérature ado actuelle : le divorce. Les parents de Christian se séparent de manière très brutale. La famille, les idéaux, tout s’écroule, le moral de la mère avec, et le fils pas assez fort pour tout porter seul. Il doit en même temps gérer ses propres émotions, s’inquiéter du regard des autres, entretenir une mère. Comme souvent, les rôles sont inversés dans ces cas-là.
Cependant, par un des mystérieux mécanismes du style, l’auteur fait en sorte que cette thématique ne soit pas la seule, ou en tout cas, qu’elle ne prenne pas tout à fait le pas sur la notion beaucoup plus positive et optimiste qu’est la solidarité, l’entraide. La preuve en est que le narrateur n’est pas Christian, mais bien Alex.
Le mouvement même qu’imprime le roman montre que la roue tourne, et que si lon peut se retrouver en bas, il y a aussi des moyens de remonter. L’auteur débute ainsi le roman avec un ton assez froid, aux phrases courtes, qui représente l’état de questionnement dans lequel se trouve Alex. L’incertitude et le doute poussent à prendre des risques, sous une impulsion adulte et maternelle bienveillante. La mère d’Alex est une figure adulte positive dont l’expérience est indispensable, certes pour réparer les dégats dans la famille de Christian, mais surtout pour faire le premier pas, celui qui coûte le plus.
Il se dégage finalement de ce roman beaucoup de dynamisme, une grande énergie positive malgré le sujet. Je m’attendais un peu à quelque chose de déprimant, je dois l’avouer. Mais ce roman fait la part entre la douleur et la reconquête de soi, avec beaucoup de réalisme. Pour sonner biblique, je dirais qu’il y a un temps pour tout dans la vie! Ce roman est l’esquisse d’un nouveau départ, une charnière.
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!