Un artiste du monde flottant
Kazuo Ishiguro
Trad. de l’anglais par Denis Authier
Gallimard, “Folio”, 2009
Nous avons été des hommes ordinaires dans une époque qui ne l'était pas : nous n'avons pas eu de chance.
Japon, post-Seconde Guerre Mondiale. Masugi Ono est un ancien peintre de l’art officiel qui a participé activement à la propagance. En voyant sa ville changer, il se rappelle de son passé, de ses anciens élèves et du cheminement qui l’a amené à l’engagement. Il tente par là de se défendre contre les attaques de la nouvelle génération qui, brisée par la guerre, voit la source de ces malheurs chez ses aînés.
Tout en finesse, ce roman explore une problématique complexe : la responsabilité de l’artiste dans l’acte de propagande. Dans une société où deux générations s’opposent, il faut savoir équilibrer la balance. Dans l’intention d’unifier son pays, l’artiste produit des oeuvres engagées. Cet investissement, cette envie d’avoir un rôle dans une société qui s’apprête à affronter un événement majeur de son histoire, peut-il être reproché par de plus jeunes, utilisés comme chair à canon? Le plus important est sans doute de ne pas rester sur la rancoeur passée, de savoir se reconstruire, d’aller de l’avant.
Dans un style très poétique et sans s’aventurer sur le terrain houleux de la politique pour décider qui avait tort et qui avait raison, l’auteur nous dévoile la vie d’un vieil homme par petits morceaux, une vie que l’on reconstitue peu à peu pour à la fin cerner une pensée entière et arriver à une conclusion claire. Même s’il est troublé, le narrateur garde le calme de l’homme sage qui revient sur sa vie et qui remet en question ses actions passées et sa respectabilité présente.
Un très beau moment de littérature, délicieux à lire, et qui en plus, donne à réfléchir.
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lectures de Cachou
Culture confiture
Les écrits d’Antigone
Homeyra se rend au chevet de son père Abou, en train de mourir. Le retour à son village natal fait surgir en elle de nombreux souvenirs qu’elle s’était efforcé d’oublier. Elle se souvient de la vie de son quartier, des escapades avec son amie Azar, une fougueuse enfant riant au nez des adultes.
Angleterre, 2140. Le remède contre la vieillesse et la mort a été découvert : le traitement de Longévité. Pour éviter la surpopulation sur Terre, dont les ressources naturelles sont déjà en partie épuisées, un texte de loi nommé la Déclaration interdit de mettre des enfants au monde. Anna est une “surplus”, isolée dans une institution spécialisée nommée Grange Hall, où on lui apprend à se faire oublier et à exécuter des travaux ménagers. Elle vit dans la peur et est traitée comme une moins que rien. Un nouveau surplus arrive un jour, plus âgé que d’habitude, un adolescent du nom de Peter.
À leur retour de l’opéra, Mr et Mrs Ransome découvrent leur appartement cambriolé, et même complètement vidé, jusqu’au moindre rouleau de papier toilette. Fortement décontenancés, ils doivent camper chez eux. Malgré cette déconvenue, Mrs Ransome voit de nouveaux horizons s’ouvrir à elle, se met enfin à fréquenter les gens du quartier qu’elle snobait avant. Mr Ransome, de son côté, tente de ramener la vie à la normale et fait une enquête pour découvrir l’identité des voleurs.
Angleterre, 1810. Elizabeth Philpot et ses deux soeurs doivent quitter Londres et viennent s’installer à Lime Regis, en bord de mer. Aucune d’entre elles n’est mariée. Elizabeth commence à s’intéresser à la recherche de “curios”, de petits fossiles vendus aux touristes. Mary Anning, une jeune enfant, en fait le commerce et a un don pour les reconnaître. Un jour, elle tombe sur un spécimen bien plus gros que tout ce qu’elle avait trouvé auparavant.
Parallèlement à cette très belle histoire d’amitié entre ces deux femmes, ce roman met en lumière la place mineure de la femme dans les milieux scientifiques de l’époque. Aucune crédibilité ne leur est accordée, et tout un chacun est d’accord pour dire qu’elles sont d’authentiques menteuses quand elles prétendent qu’on leur vole leurs découvertes. C’est une lutte de chaque instant pour la reconnaissance, une lutte d’autant plus choquante qu’elle est menée par une vieille fille indépendante et rebelle et une pauvre gamine.
Frédéric Boilet, auteur de bande-dessinée, livre dans ce journal ces impressions sur le Japon. Il décrit son adaptation et les chocs culturels grâce à des textes, des correspondances, des articles, et des dessins.