“Derrière la porte” Ingrid Olsson

Derrière la porte
Ingrid Olsson
Trad. du suédois par Anna Marek
La Joie de Lire, “Encrage”, 2011

Ce rire qui reste en moi, longtemps après avoir raccroché.

Karl a perdu son père très jeune. Aujourd’hui, c’est sa grand-mère qui entre à l’hôpital, sa grand-mère qui adore manger, boire, fumer et rire.

Une fois n’est pas coutume, je me suis lancée dans un ouvrage de la Joie de Lire. Je sais bien qu’ils publient des textes de qualité, mais bien souvent ils sont assez déprimants.

Le lecteur suit la famille de Karl, durant cette période où leur grand-mère les quitte. Sa mère bouleversée, mais qui reste courageuse, son petit frère Johan, naïf et touchant. Karl souffre cruellement du manque à venir. Il s’exprime par petites touches, petites impressions, courtes mais intenses. Il écrit tout comme il prend des photos. Des fragments qui passent parfois du coq à l’âne, du présent aux souvenirs, des petits bouts de vie racontés sur un ton blasé qui dissimule une réelle douleur.

Mais l’espoir est là, toujours. Il faut savoir écouter son petit frère et regarder la vie avec autant d’innocence. Voir la fille à l’écharpe rouge s’évader dans le couloir, et créer, toujours ce besoin vital de créer pour remplir le vide et construire sa vie. Au final, c’est donc un texte très sensible derrière des apparences de froideur pudique, une jolie réflexion sur le deuil qui aura des échos chez tous ceux qui ont vécu pareil événement.

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Comité ado de la mdn
Fantasia (j’y peux rien si elle a tout lu!)
Parolimage

“À mort la mort!” Frédéric Kessler

À mort la mort!
Frédéric Kessler
Thierry Magnier, “le feuilleton des Incos”, 2011

Un jour, Léopold invoque la mort lors d’une réunion avec tous les habitants de son village. Il réussit à les convaincre que la mort ne sert à rien. Il gagne l’immortalité pour tous. L’arrêt de la vie.

La collection les “Incos” a débuté avec quelques titres l’année dernière dont celui-ci. Le principe était de faire collaborer des élèves et un auteur pour écrire un roman. Ici, on sent que l’auteur s’est bien prêté à l’exercice et que sa patte est influencée par des idées extérieurs. Les CM2/6e se sont montrés très imaginatifs et ont été guidés intelligemment dans leur réflexion.

Ce village imaginaire pourrait être n’importe où. Il sert de décor à l’idée que la mort ne serait pas nécessaire. Simple, efficace et humoristique, le roman montre qu’il n’est pas besoin d’écrire des choses compliquées pour faire réfléchir et s’amuser à la fois. Encore mieux, il ne donne aucune réponse, mais des pistes à poursuivre soi-même.

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Les jardins d’Hélène
Fantasia
Acides animés

“Waterloo Necropolis” Mary Hooper

Waterloo Necropolis
Mary Hooper
Trad. de l’anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez
Éditions les Grandes Personnes, 2011

Le beau visage de Grace,
pareil à celui des anges sur une tombe.

Londres, 1861. Lily et Grace sont deux orphelines qui tentent de survivre dans la ville en vendant du cresson. Du jour au lendemain, elles se retrouvent à la rue et Grace se résout à aller travailler chez les Unwin, comme pleureuse. Chez ces gens peu honnêtes, elle découvre le lucratif commerce mortuaire.

Dickens n’est plus depuis longtemps. Heureusement, en littérature jeunesse, nous avons Mary Hooper. Une auteure qui fait revivre le Londres victorien dans toute sa splendeur et sa misère, sa crasse et son faste. Dans l’univers du glauque, la Mort rôde à chaque moment autour des personnages. Angoissante, l’intrigue porte le lecteur à travers 200 pages d’émotions, de suspense et de lutte du bien contre le mal. Commerçants véreux contre enfants innocentes, tout ça pour l’appât du gain.

Il faut savoir doser efficacement le documentaire et la fiction dans une ouvrage historique, d’autant plus destiné à la jeunesse, et ici l’équilibre est parfait. L’auteur nous fait porter le fardeau de cette belle histoire oppressante grâce à un style très poétique et abouti. Je sais que sa réputation n’est plus à faire, mais c’était le premier roman que je lisais de sa plume. Je n’ai plus qu’à me rattraper.

Un roman incontournable qui fait encore honneur aux Grandes Personnes.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
De page en page
Ca sent le book

Une pincée d’albums : première série

Les albums de l’été 2011

Voici une catégorie qui fait partie des nouveautés de Suspends ton vol 2.0. C’est une sélection de quelques albums qui ont retenu mon attention — dans la mesure où j’ai le temps d’en lire. Ici, pas de longues critiques, mais il se peut que j’isole certains titres pour m’attarder un peu plus dessus.

*** *** ***


Dans, Ramadier et Bourgeau, Ecole des Loisirs, “Loulou & Cie”, 2011

Un très joli album, aux formes simples pour raconter la naissance aux tout-petits.

 

Il faut le dire aux abeilles, Sylvie Neesman, Nicolette Humbert, La Joie de Lire, 2011

Le thème du deuil et de la mort traité très intelligemment et avec sensibilité. J’ai vraiment aimé ces photographies où on sent une vraie présence. C’est sans doute l’album qui m’a le plus marquée, mais je ne sais pas s’il convient à des enfants avant 5 ans.

 

Mon premier livre des odeurs et des couleurs, Auzou, 2011

Je me suis dit “oula, un livre à sentir, à tous les coups, ça va puer.” Hé bien non, agréable surprise car les odeurs sont fidèles à la réalité. L’avenir nous dire si un tel album tient la route (particulièrement en bibliothèque après avoir été copieusement tripoté).

 

Plus loin que le bec des hirondelles, Annie Agopian, Magalie Bardos, Rouergue, 2011

Une jolie histoire sur la recherche de soi par le voyage… ou serait-ce une fuite? Parfois le bonheur est simplement au coin de la rue.

 

Le sourire du loup, Anne Brouillard, Il était 2 fois, 2011

Un album qui se passe largement de mots, réédité dans ce format plus portable mais qui fait sans doute moins effet que l’ancien grand modèle. Il aurait bien fonctionné en flip book aussi.

 

La plus petite histoire du monde, Sytou et Galou, Bilboquet, “Les trésors”, 2011

Avec de jolies illustrations-collages, on nous raconte la plus petite, la plus ancienne et la plus belle histoire qui soit. Simple, très touchant et poétique.

 

Cours!, Lee Haery, La Joie de Lire, 2011

Il n’y a qu’à voir la couverture pour avoir un aperçu des magnifiques illustrations de cet ouvrage. Avec son format allongé, il prend de la vitesse entre les mains du lecteur et dans ses yeux. Une superbe représentation du mouvement.

 

Mon papa, il est grand, il est fort, mais…, Coralie Saudo, Kris di Giacomo, Frimousse, 2011

Qu’est-ce que j’aime les illustrations de Kris di Giacomo. Je ne m’en lasse jamais. Ici, plein d’humour avec une situation inversée : un papa qui fait des caprices pour aller dormir. Drôle, beau et toujours un bel album avec du beau papier, ça Frimousse, ils savent y faire.

 

Le loup ne nous mangera pas, Emily Gravett, Ecole des Loisirs, “Kaléidoscope”, 2011

Encore une référence pour ce dernier album. On savait qu’Emily faisait une fixation sur les loups, les lapins en avaient été les premières victimes. Maintenant, c’est le tour des cochons! Toujours aussi drôle.

“Sommeil” Haruki Murakami

Sommeil
Haruki Murakami

Trad. du japonais Corinne Atlan
Illustrations de Kat Menschik
Éditions Belfond, 2010

Voilà 17 nuits que je ne dors plus.

Le narrateur est une femme mariée, mère d’un enfant. Cela fait une quinzaine de jours qu’elle ne dort plus. Les activités quotidiennes qu’elle faisait avant avec plaisir deviennent mécaniques alors qu’elle se met à lire des romans toute la nuit durant. Ces lectures lui donnent l’impression de seulement commencer à vivre.

Je ne m’y connais pas trop en littérature étrangère et comme je picore à droite à gauche, je tombe parfois sur des livres qui ne sont pas fondamentaux mais originaux. Celui-ci l’était, et les illustrations m’ont particulièrement attirée. Cependant, je ne sais pas du tout si c’était le livre à lire pour découvrir Murakami.

Le début de la nouvelle touche au fantastique. L’ambiance cauchemardesque, mystérieuse, la limite floue entre rêve et réalité jaillissent dans une scène, mais se dissipent assez rapidement par la suite. L’absence de sommeil qui résulte de ce cauchemar est plutôt l’occasion de réflexions métaphysiques sur la mort, l’angoisse, la nécessité physique du repos pour le corps… La narratrice refuse de laisser la vie s’écouler sans pouvoir la contrôler ou simplement la vivre. Dans la lecture, elle renoue avec les passions et découvre d’autres vies à vivre. Ainsi elle prend du recul sur sa vie de femme mariée et tombe dans le cauchemar de la réalité en considérant son enfant et son mari comme des étrangers.

Les illustrations, toutes en bleu nuit, blanc et argent, portent l’imagination sur les rives du rêve éveillé. Des images et des impressions se superposent dans une logique qui n’appartient qu’à elles. Tout se mélange, rêve et réalité, confusion et netteté. Le style très beau est pur et cristallin, bien que très lourd de significations. L’art des métaphores est mené par une plume dextre et le détachement de la narratrice apporte juste ce qu’il faut de froideur.

Malgré tout cela, ce livre sur le sommeil m’a donné… sommeil. Je l’avoue. Je n’ai pas réussi à m’expliquer la fin et je trouve qu’elle gâche un peu ce beau récit. Je pense qu’il s’agit plus d’un livre fait pour les admirateurs de l’auteur (de plus, publié fin novembre 2010, il est clair qu’il est conçu comme un cadeau de Noël), mais je ne suis pas sûre de le conseiller pour une découverte. Cependant, c’était une belle expérience de lecture et je compte bien lire un autre roman de Murakami prochainement.

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Le grenier à livres
Des livres et des heures
Perdue dans les livres

“La déclaration” Gemma Malley

La déclaration
L’histoire d’Anna
Gemma Malley

Trad. de l’anglais Nathalie Peronny
Éditions Naïve, “Naïveland”, 2007

L'injustice, c'est que des individus comme toi puissent exister.
Que tes égoïstes et criminels de parents
aient à ce point méprisé la planète et leurs congénères
pour produire une... vermine dans ton genre.

Angleterre, 2140. Le remède contre la vieillesse et la mort a été découvert : le traitement de Longévité. Pour éviter la surpopulation sur Terre, dont les ressources naturelles sont déjà en partie épuisées, un texte de loi nommé la Déclaration interdit de mettre des enfants au monde. Anna est une “surplus”, isolée dans une institution spécialisée nommée Grange Hall, où on lui apprend à se faire oublier et à exécuter des travaux ménagers. Elle vit dans la peur et est traitée comme une moins que rien. Un nouveau surplus arrive un jour, plus âgé que d’habitude, un adolescent du nom de Peter.

Premier tome d’une trilogie, La déclaration est un roman exceptionnellement haletant et bien mené. J’en ai eu le souffle court pendant toute ma lecture. Ca fait vraiment du bien de lire un bon vrai roman de fantastique comme celui-là.

Quels sont donc les ingrédients magiques? D’abord, cette ambiance parfaitement oppressante qui règne à Grange Hall. Les dirigeants et professeurs exergent une dictature de la peur sur les enfants, à travers un lavage de cerveau en règle, une doctrine stricte et des punitions violentes et humiliantes. Dans cette organisation, Anna est en voie de devenir un “Bon Élément”, un modèle pour tous les autres, une personne qui sait où est sa place. C’est la seule manière de survivre dans un établissement dont on ne peut pas sortir. La tâche de Peter est d’autant plus difficile. Il doit semer le doute dans les convictions d’Anna et remettre en cause son identité.

Le suspense de l’action est très soutenu (j’allais dire intenable, mais je dois être une petite nature). Malgré un style très fluide et qui se lit facilement, l’auteur ne passe sur aucun épisode brutalement violent ou insupportablement injuste. L’espoir ne tient qu’à un fil, plus fin qu’une toile d’araignée. Au sein d’une société aux moeurs décadentes, les personnages doivent lutter pour retrouver la liberté de vivre et de penser par eux-mêmes.

C’est donc le début d’une belle épopée sur la rébellion, l’amour et la liberté. Frappant, émouvant, grave et juste, ce roman est un des meilleurs que j’ai lu depuis des mois. Il sensibilise et fait réfléchir sur des sujets d’actualité, la fiction se révèle être tout à fait probable (et ça fait d’autant plus peur), il est intelligent et touchant. Je n’imagine même pas le résultat si jamais la série était adaptée au cinéma… Le second tome est intitulé Résistance, et le dernier, Révélation, paraît en avril. Seul bémol : la couverture. On dirait avoir affaire à un roman sentimental. Si bien que l’éditeur est forcé de mettre un pitch pour expliquer la base de l’histoire…

Jetez-vous sur ce livre. Sans attendre.

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Clarabel
Book’in
Mon coin lecture

“Les vies de Luka” Arnaud Cathrine

Les vies de Luka
Arnaud Cathrine

Éditions Verticales, 2002

 

Luka est une adolescente de 17 ans vivant près de Liverpool, dans une banlieue morne et désolante. Elle voudrait se construire une vie meilleure et partir à Londres pour faire des études de musique. Mais elle ne peut pas laisser son frère et sa mère. Il y a des choses dans la vie qui forcent à rester.

Il y a parfois des romans qui plongent dans un état tel qu’on a vraiment du mal à en parler. Il faut bien essayer malgré tout.

Luka me rappelle un certain Billy Elliot, lui aussi cloîtré dans une banlieue ouvrière, fixant un horizon éternellement fermé, constitué de maisons écarlates en tous points identiques. Luka est dans la même situation, elle lutte également pour voir ses rêves de grandeur se réaliser, pour pouvoir se réaliser elle-même. L’auteur décrit plusieurs étapes de la vie de Luka. Chacune d’entre elles est marquée par un garçon, un état d’esprit. Ce sont des vies différentes, une Luka qui change, grignotée par des démons intérieurs qui la tourmentent.

Difficile d’en dire plus. Arnaud Cathrine a échappé à la facilité stylistique qui aurait été d’adopter un style brutal pour écrire cette histoire. Le sien est direct, un peu distancié. Les phrases courtes donnent au récit un rythme soutenu, parfois haletant. J’ai radicalement dévoré ce livre, et j’en redemande.

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Biblioblog
Art Souilleurs
Livres et cinéma

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Il y a des choses qui se présentent et tu y vas. Tu vas droit dans le mur, mais tu veux vivre à toute force ce moment où tu fonces. Le mur n’arrive pas forcément si vite. Pour autant, tu te fais mal rien qu’à prendre autant d’élan, l’air te chauffe la peau, ça fait des brûlures, mais tu te sens enfin vivant, Darl. Tu es en vie.

“Ghostgirl, Morte et célèbre” Tonya Hurley

Ghostgirl – Morte et célèbre
Tonya Hurley
Trad. Myriam Borel
Plon Jeunesse, Paris, 2008.

Charlotte Usher est une jeune lycéenne américaine. Extrêmement timide et maladroite, elle n’a même pas le privilège d’être remarquée en tant que looseuse professionnelle du lycée. Personne ne la voit, c’est tout. Amoureuse du garçon le plus en vue du lycée, elle tente de se signaler à lui. C’est gagné le jour où, bêtement, elle s’étouffe avec un bonbon, et meurt donc la bouche ouverte (comme on dit). Le lycée se rend en grandes pompes à l’enterrement historique de l’illustre Charlotte Usher. Seulement son fantôme revient au lycée et elle doit trouver un moyen de passer dans l’au-delà. Elle poursuit égoïstement sa quête personnelle amoureuse aidée plus ou moins involontairement par la goth du coin.

Parfois, j’ai beaucoup de mal à faire des résumés objectifs, vous savez. Bref… C’est avec un style très scénarisé que l’on apprend les faits posthumes de Charlotte. On nous apprend sur la 4ème de couverture qu’une adaptation cinématographique est prévue… ma foi! L’on repère très facilement les influences burtoniennes de l’auteur. On pense à un remake de Beetlejuice pour ados américains. Une jeune goth déprimée qui est la seule à voir des fantômes, la jeune fantôme qui se voit remettre un Manuel pour les morts… On a même le droit à un méga happy end!
Les faits sont là, nous étions trois bibliothécaires sur mon réseau à lire ce livre, et j’ai été la seule à le finir… J’avoue que j’en retire une certaine fierté.
Malgré tout, il y a un public pour ces livres-là (voir le prix reçu). Mais bon… préférez largement les Stephenie Meyer, quand même. Au moins, ils sont très bien écrits.

Plein de “goodies” et de “merchandising” sur le site http://www.ghostgirl.fr/
(Vous êtes sûrs que c’est un bouquin en fait?)

Petite mise à jour : Ghostgirl est désormais une série de trois tomes qui sortira incessamment sous peu au cinéma… Ce n’était donc pas une blague!