“Scott Pilgrim” Bryan Lee O’Malley

Scott Pilgrim
Bryan Lee O’Malley
Trad. de l’anglais par Philippe Touboul
Milady, “Graphics”, 2010-2011
(6 tomes, série complète)

Scott a 23 ans et c’est un loser paumé qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Il tombe amoureux de la mystérieuse Ramona Flowers, mais pour la conquérir, il lui faut affronter ses 7 ex maléfiques!

Voilà Scott Pilgrim, le héros ordinaire ou presque des ados et des geeks. J’ai découvert le comics après avoir vu le film. Scott est un gros squatteur. On découvre sa joyeuse bande de copains, tous plus ou moins inadaptés, et on a envie de leur ressembler (ah… c’est déjà le cas, en fait). L’histoire mélange le fantastique et le réalisme et garantit de nombreux rebondissements. Le livre est au format manga et le dessin y fait énormément penser, mais ne vous y trompez pas, c’est bien un comics. Mais un comics qui se joue des frontières.

Quant au film, il a vraiment été bien adapté. Les scénaristes ont bien fait leur boulot et ont bien réussi à recentrer l’action. Il y aurait eu moyen de se noyer dans les détails. La musique est bonne (bonne, bonne, bonne), l’univers visuel et les bruitages geeks à souhait. Rien que d’entendre le jingle Universal en 8-bit, ça fait rentrer dans l’ambiance. Le cadre change de forme dans certaines scènes et donne vraiment l’impression d’être dans une BD… qui bouge. En gros, voyez-le et lisez-le, dans l’ordre que vous préférez!

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lis tes ratures
Yozone
Lalynx

 

Et puis une bande-annonce du film parce que quand même…

“L’écume des jours” Boris Vian

L’écume des jours
Boris Vian
Livre de Poche, 2011 (1947)

Je voudrais être amoureux, dit Colin. 
Tu voudrais être amoureux. 
Il voudrait idem (être amoureux). 
Nous, vous, voudrions, voudriez être, 
ils voudraient également tomber amoureux.

Colin tombe amoureux de Chloé et l’épouse. Malheureusement elle tombe malade. Chick et Alise sont fans de l’écrivain Jean-Sol Partre. Mais Chick tombe dans une folie de collectionneur.

Honte à moi, je n’avais jamais lu L’écume des jours. J’ai profité de l’exposition sur Boris Vian à la Bibliothèque François Mitterrand pour en savoir plus sur lui. Et puis j’ai lu. Et puis j’ai écouté. Et puis j’ai aimé.

Etrange, poétique, surréaliste, drôle, triste et pessimiste. L’écume des jours semble résumer à lui tout seul son auteur. C’est une vision de la vie, une vision du travail comme activité répétitive et destructrice, une vision de la maladie qui ronge. Le romantisme s’immisce dans un univers en suspens qui évolue selon les états d’âme des personnages. C’est un des romans les plus inclassables qu’il m’ait été donné de lire. Boris Vian mélange tout : romance, série noire, science-fiction et même littérature pour enfants! Car les souris qui parlent et agissent comme des humains, c’est généralement peu récurrent chez les adultes.

Je sais que ce roman peut être très déstabilisant pour certains lecteurs, mais j’ai été complètement emportée. Boris Vian se résume dans cette oeuvre et rend même hommage à certains amis. Il critique le pouvoir des foules, le travail, la guerre et la violence, comme il le fait dans ses chansons. J’ai eu le coeur arraché moi aussi par ce roman qui résonne encore fort, encore aujourd’hui.

Et j’apprends qu’il va bientôt être adapté par Michel Gondry… Damned, ce roman n’aurait pas pu trouver meilleur réalisateur. Je le dis comme je le pense. Ca va être onirique à souhait.

On aime, on aime pas, allez donc le voir par là.
Les pages défilent
La poussière du grenier
Lunazione

 

Je ne résiste pas à l’envie d’ajouter une chanson.

“Comment (bien) rater ses vacances” Anne Percin

Comment (bien) rater ses vacances
Anne Percin
Le Rouergue, “DoAdo”, 2010

J'étais comme le roi Mithridate qui buvait
chaque matin une gorgée de poison pour s'immuniser
(ça a super bien marché, il est mort poignardé).

Cet été, Maxime décide de ne pas suivre ses parents en randonnée et de passer du temps chez sa grand-mère, tranquille. Ca démarre plutôt bien. Jusqu’au moment où elle a une attaque cardiaque.

Always Anne Percin. Hé oui, j’avais bien dit la dernière fois qu’il me restait une critique à écrire (et deux de ses romans à lire, heureuse réserve). Ici, nous rencontrons Maxime, un ado plutôt replié sur lui-même, sarcastique et ironique. Des vacances tranquilles? C’est beaucoup demandé. Mais malgré ses multiples aventures, il se rend aussi compte de sa solitude. Sur fond de rock et de chansons désuètes, Maxime est un ado qui réfléchit sur lui, sa famille et son avenir… Toujours avec un ton parfaitement désinvolte.

Percin nous fait le portrait de ce garçon un peu arraché, sans apitoiement aucun. Encore une fois, le ton est juste. C’est un roman intelligent et drôle… et très musical, ça, c’est toujours un plus. Vous êtes prévenus. Soyez proches d’Internet en lisant ce roman parce que l’auteure nous met plein de chansons dans la tête. Pour vous faciliter la tache et parce que je suis magnanime, je vous reconstitue en bonus la Fighting Spirit Playlist ci-dessous.

Tome 2 : Comment (bien) gérer sa love story… fait déjà un tabac chez nos têtes pas trop blondes. Moi, j’me le garde sous le coude pour le moment.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Lali
1001 pages
Chiffonnette

*****

La Fighting Spirit Playlist ! Offert par les CompilàMax
Validée par Aurélie : “c’est que du bon”
(et si quelqu’un peut m’aider avec l’intégration ce serait parfait!)

http://www.deezer.com/fr/plugins/player?autoplay=false&playlist=true&width=729&height=308&scover=true&type=playlist&id=68640441&title=

“(Re)play!” Jean-Philippe Blondel

(Re)play!
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud junior, 2011

La lumière, je la sens maintenant, mais dans mon dos.

Benjamin et Mathieu étaient dans un groupe de musique avant qu’une rivalité amoureuse très douloureuse les séparent. La venue du grand critique rock Franck Ménard dans leur lycée pousse le groupe à se reformer.

Vous vous doutez bien que je n’ai encore aucun reproche à formuler à l’encontre d’un auteur dont on lit les romans sans même parcourir le résumé. On les prend, on les lit, on les aime. C’est tout.

(Re)play! est bien plus léger que Brise-glace. Je suis souvent réticente à lire des romans traitant de la musique. Mais ici, c’est plus le processus de création qui est mis en valeur. Le fait que pour créer, il faut savoir ressentir, et avoir vécu. Toute souffrance est recyclable! Si on peut la dépasser pour en faire quelque chose de beau.

Comme toujours, l’écriture est parfaitement ajustée au monde des ados. Ni trop simple ni trop adulte, juste ce qu’il faut. C’est le roman de la maturité acquise, de l’amour, de l’amitié, toujours des thèmes classiques mais traités avec justesse. En plus, c’est rock’n'roll.
Bon… Je pense avoir épuisé mon stock de Blondel en jeunesse… Qu’est-ce que je vais faire maintenant? Attendre le prochain.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bouma
Otium
Dé-blog pas

“Comment vous saviez pas?” Gilbert Laffaille, Jean-Luc Allart

Comment vous saviez pas?
d’après une chanson de Gilbert Laffaille
illustré par Jean-Luc Allart
Editions les Grandes Personnes, 2011

Si c'est pas malheureux... Manger des chats français!

Je m’en tiendrai à peu de mots pour cet album qui est une petite perle. D’abord par l’originalité de ses illustrations, mélange de décors 3D et de photographies. Et ensuite, pour le sujet, abordé très finement et avec beaucoup d’humour.

Je vous laisse avec une découverte en images et en musique. Cette chanson, une fois que je l’ai écouté, je n’arrivais plus à m’en défaire. Elle me revient à chaque fois que je vois l’album!

 

 

 

Le grot chat du marché...

 

Niark, niark, niark, niark!

“Le petit livre Beatles” Hervé Bourhis

Le Petit livre Beatles
Hervé Bourhis

Éditions Dargaud, 2010

 

789è album de Ringo, élevant une fois de plus 
la monotonie au rang d'art majeur.

 

Voici un documentaire sous forme de BD très très complet et riche sur la carrière des Beatles avant, pendant et après, jusqu’à aujourd’hui. Son grand avantage est de remettre l’histoire du groupe dans un contexte musical. Le regard subjectif et drôle d’Hervé Bourhis ainsi que sa plume alerte permet d’apprendre en s’amusant. Le tout constitue un complément très utile au documentaire officiel des Beatles, vous savez, celui qui fait au moins 10h et 5 DVD. Ici, on est moins nostalgiques et on se permet de rajouter quelques détails sur la mésentente des membres du groupe, et quelques anecdotes crasseuses aussi.

Le style est humoristique sans être trop léger car on profite du point de vue assez pointu d’un grand mélomane qui se révèle être parfois un dur critique (surtout de Ringo, haha). L’idéal, avec ce livre, serait d’avoir un site où l’on pourrait écouter tous les titres conseillés par l’auteur. Tout le long de la lecture, j’avais le casque sur les oreilles en écoutant les chansons proposées et c’était une superbe expérience.

C’est sans hésiter le meilleur livre (et le plus ludique) que j’ai pu lire sur les Beatles. Et mis à jour en plus.

Il était dans la sélection du Festival Bulles Zik de cette année.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bulles et onomatopées
Alfie, croqueuse de livres
Bodoï

 

*** *** ***

En complément au livre, voici une liste de liens vers des vidéos en streaming pour que vous puissiez profiter du son pendant votre lecture. Ces titres sont cités dans le livre, j’espère ne pas en avoir oublié. Les chansons des Beatles n’y sont pas, mais on les connais déjà, c’est pour ça que j’ai privilégié les autres.

Fats Domino – I’m in love again

Tommy Steele – Rock with the caveman

Chuck Berry – Rock’n'roll music

Little Richard – Kansas city

Barrett Strong – Money

The Marvelettes  – Please Mr. Postman          et la reprise des Beatles

The Isley Brothers – Twist and shout               et les Beatles aussi

The Byrds – Mr Tambourine Man

The Byrds – Bells of Rhymney

The Beach Boys – Girl don’t tell me

The Kinks – See my friends

Bob Dylan – Fourth time around

The Turtles – Outside chance

Maurice Chevalier – Le sous-marin vert          Dommage, s’il avait pris un dictionnaire, c’eut été plus crédible. Par ailleurs, ceci est juste un exemple de ce qui peut se faire comme reprise de chansons des Beatles en traduisant en français, que vous trouverez dans des compilations comme La France et les Beatles.

The Zombies -Brief candles (album Odessey and Oracle)

Mary Hopkin – Those were the days

Black Dyke Mills Band – Thinumybob (écrit par Paul McCartney)

Jackie Lomax – Sour milk sea

The Kinks – Arthur

Emitt Rhodes – With my face on the floor

The Chiffons – He’s so fine                              George Harrison a été accusé de plagiat avec My sweet Lord

Eric Clapton – Layla

Ringo Starr – Back off Boogaloo                     mise en parallèle avec Take me out de Franz Ferdinand

Björk Gudmunsdottir – Alfur ut uh hot              reprise de The fool on the hill

B52′s – Rock lobster

Roxy Music – Jealous guy

Paul McCartney et Michael Jackson - Say, say, say  et The girl is mine (on sait repérer des talents, ou on sait pas)

George Harrison – I got my mind set on you (on sait faire danser les gens ou on sait pas)

Traveling Wilburys – End of the line

Elvis Costello – Veronica

The La’s – There she goes

Baba Yaga – Back in the USSR                      et la version originale

Sean Lennon – Parachute

Super Furry animals -  (Drawing) rings around the world

 

 

“Le roi invisible” Gani Jakupi

Le Roi Invisible
Un portrait d’Oscar Aleman
Gani Jakupi

Futuropolis, 2009

Oscar? Quel Oscar?

Oscar Aleman est un guitariste jazz des années 1930, aussi bon voire meilleur que Django Reinhardt, mais inexplicablement tombé dans l’oubli le plus complet. L’auteur tente de reconstituer son histoire éparpillée dans une chronologie erratique.

C’est un coup de coeur qu’avait eu une de mes anciennes collègues à l’époque de sa sortie, et honte à moi, je ne l’avais pas encore lu. J’ai eu tort, mais je me suis rattrapée.

C’est donc grâce à des épisodes séparés par des sauts temporels que la vie d’Oscar le guitariste prend forme peu à peu. On commence avec un constat d’oubli, et l’enquête part de là. Cette narration parcellaire naît sans doute de la difficulté de l’auteur pour trouver des informations sur son personnage principal, difficultés qu’il détaille dans l’épilogue. Cependant, alternant la vie d’adulte d’Oscar en focalisation interne et son enfance en focalisation externe, il guide très bien le lecteur, qui peut alors facilement reconstituer le puzzle dont on lui donne toutes les pièces une par une. C’est une narration quasi-romanesque.

On retrouve avec plaisir l’ambiance de la vie nocturne et les personnalités du monde du jazz dans les années 1930, comme Joséphine Baker, dépeints avec un style atypique et original. Les cases se posent sur de larges touches de peinturequi ne souffrent d’aucun espaces blancs. Les couleurs chaudes (rouges, orange, jaune…) sont privilégiées pour les ambiances nightclub, les lumières sur les visages, et alternent avec les couleurs froides pour l’extérieur. Elles donnent toute sa profondeur à ce portrait des nuits parisiennes des années folles.

Pour résumer, l’auteur nous offre une bande-dessinée belle, à l’histoire touchante, et – bonus – qui nous donne envie de creuser le sujet et d’en savoir plus sur ce musicien. Parce qu’un guitariste qui jouait de la guitare dans le dos 30 ans avant Hendrix, ça ne s’ignore pas.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
ActuaBD
Bodoï
BDrom des lettres constellées

“Et Dieu créa les Beatles” Daniel Ichbiah

Et Dieu créa les Beatles
Secrets d’une alchimie musicale
Daniel Ichbiah
Éditions les Carnets de l’info, “Témoins”, 2009

 

À l’occasion de la sortie des albums remasterisés des Beatles, il y a eu de nombreuses publications sur le groupe. En voici une particulièrement intéressante et complète, qui peut éventuellement permettre de frimer devant les copains.

Daniel Ichbiah présente une fine analyse de la discographie des Beatles, album par album. Ce classement chronologique lui permet bien évidemment de revenir sur le phénomène de la beatlemania, et d’évoquer certaines anecdotes. Tout cela dans le but de mieux expliquer une trajectoire musicale qui se précise peu à peu au fil des pages. Les chansons les plus abouties sont analysées dans le détail, comme A Day in The Life.

La fin de l’ouvrage traite brièvement des carrières solo de chacun des Beatles, ce qui vient compléter la discographie, et surtout l’auteur propose une sélection de reprises dans des styles variés. Bref, l’auteur s’y connaît, et il a d’ailleurs publié plusieurs autres livres sur Madonna, les Rolling Stones et George Brassens. Il faut ajouter que le tout est écrit dans un style très fluide et agréable à lire, ce qui n’est pas toujours le cas dans les documentaires…

Au final, c’est un livre très complet et enrichissant que Babelio m’a fait parvenir… Dommage que la discographie remasterisée ne soit pas arrivée avec (je suppose que ça ne tenait pas dans ma boîte aux lettres, tant pis)!

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Au commencement était le rock
Les bouquins de Fantasio
M la musique 

“Entre les bruits” Belinda Cannone

Entre les bruits
Belinda Cannone
Editions de l’Olivier, 2009

Jodel a la particularité d’être hyperacousique : il entend démesurément bien les sons qui l’entourent. Cette caractéristique le pousse à vivre éloigné du monde bruyant. En un lapse de temps très court, son existence tranquille est bousculée par une poignée de rencontres : une petite fille hyperacousique comme lui, un étranger arrivé de nulle part, une musicienne passionnée…    

Voilà un roman qui pourrait en décontenancer plus d’un. Belinda Cannone réussit à reconstituer le caractère contingent de la vie. On a l’impression étrange que l’intrigue n’est pas construite de manière linéaire, car beaucoup d’évènements se produisent sans qu’on en comprenne trop la logique, et pourtant elle est présente.
C’est ce thème-là précisément qu’explore tout le roman : la logique du monde et de la vie. Jodel y médite à travers son expérience hyperacousique, il trie les sons, apprend à les reconnaître, à fermer son oreille parfois. Il tente de transmettre cette maîtrise d’un sens hyperdéveloppé à Jeanne, la petite fille qu’il rencontre.  Sa mère, une musicienne expérimentale, lui permet de poursuivre sa réflexion à travers le thème de la musique et de son organisation., dans de grands monolgues où elle décrit l’harmonie, le détail par rapport à la forme générale, l’art de pouvoir écouter de loin, mais également de cerner un ensemble fini et complet. Enfin, avec son ami étranger Oulan, c’est en termes politiques qu’il discourt. Il s’attache à tenter de comprendre la “Grande Colère” des hommes, celle qu’il entend tous les jours dans les enregistrements de la police qu’il doit retranscrire, et décrypter.
Le style de l’auteur est plein de poésie, car on ne voit pas comment on pourrait tenter d’apprivoiser la mélodie du monde par une autre écriture. Poésie dans la nature, dans les personnages, dans l’acte sexuel (qui se répète mais se renouvelle à chaque fois)… Le narrateur est extérieur mais son point de vue est subjectif, il suit les pensées de Jodel, et très souvent, il passe au style indirect libre, ce qui accentue encore plus cette impression d’intimité narrative. La logique est exprimée visuellement par la reprise de la dernière phrase du paragraphe au début du suivant., très agréable pour ceux qui, comme moi, apprécie de s’arrêter à la fin d’un chapitre, et pas au milieui d’une page. Enfin, le vocabulaire est recherché, et j’ai même appris de nouveaux mots, ce qui est très instructif (ça ne m’était pas arrivé depuis Nothomb).
En conclusion, un moment de lecture très agréable. C’est un roman avec lequel on a envie de prendre son temps, qui accompagne la vie de tous les jours avec ses courts chapitres, et ses passages méditatifs. Malgré un ton parfois empreint de mélancolie, il en ressort une envie d’élévation, la “vie haute”.
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Cunéipage
Biblioblog
Thé au jasmin

“Mon violon argenté” Aurélien Loncke

Mon violon argenté
Aurélien Loncke
Ecole des Loisirs, coll. “Médium”, Paris, 2009.

 

La mère de Franne est décédée lorsque celle-ci n’était encore qu’une petite enfant. Elle a hérité de son talent pour le violon, et entretient ce don tout le long de son adolescence. Mais le jour où elle décide d’intégrer un grand conservatoire, son père s’y oppose avec fermeté.

Troisième roman d’Aurélien Loncke après L’histoire d’un épouvantail débutant, et A la recontre des cygnes (publié l’année dernière et qui m’avait énormément plu).

Nous assistons aux efforts désespérés d’une adolescente qui veut réaliser son seul et unique rêve, et d’un père qui veut tenter de la protéger d’éventuels malheurs. Jusque là, vous me direz, rien de très original. Il est vrai que dans les romans ado, certaines situations sont plus exploitées que d’autres : l’inquiétude parentale justifiée par une expérience qu’il estime trop profonde pour être saisie par l’adolescent, qui lui, de son côté, réagit au quart de tour par des accès de colère. Ce sont d’autres éléments qui permettent à ces caractéristiques de rendre le roman poignant, et d’exhaler toute la puissance des émotions.

Tout d’abord, la poésie. Il est souvent très frustrant de lire la description d’un morceau de musique. Mais dans le cas présent, ces airs de violon sont décrits avec tant d’authenticité et de sentiment, qu’on les entendrait presque si on tendait l’oreille. Une comparaison est suivie sur l’ensemble du récit (et aussi sur la couverture) : celle de la mer et de la musique. Franne désespère de pouvoir exprimer les vagues de la mer, les vagues de son coeur. Cette comparaison nous amène à nous demander si ces deux éléments mis en parallèle sont réellement compatibles. La musique et la mer n’ont pas su s’entendre et ont séparé à jamais les parents de Franne, chacun préférant son propre élément. Peuvent-ils donc cohabiter en la personne de Franne?

Ensuite, la fin, partie qui risque de faire débat… Je ne la dévoilerai pas, mais je trouve que c’est une conclusion plutôt judicieuse! Chacun y met ce qu’il veut y mettre, y trouve ce qu’il veut y trouver. C’est également une de ces fins qui laisse le lecteur flotter dans l’apothéose du crescendo. C’est sûr, on pourrait aussi dire que c’est une fin en queue de poisson, mais je ne crois pas. Elle est tout à fait dans l’atmosphère du roman. Grâce à elle, le roman continue de résonner en nous, et nous laisse méditatif.

C’est réellement un plaisir de lire un tel roman! Il laisse une trace qui ne s’effacera pas si rapidement. Et le talent de M. Loncke continue de se confirmer.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Livresse
Clarabel
Otium