“J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait” Maud Lethielleux

J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait
Maud Lethielleux
Thierry Magnier, “Roman”, 2010

J'ai 15 ans. J'aurais certainement pu le faire 3000 fois 
mais, à force d'en avoir rêvé, 
la réalité s'est faite inquiétante.

Capucine ne pense qu’à une seule chose : perdre sa virginité avec son professeur d’histoire-géo, M. Martin. Suite à un malentendu, sa meilleure amie Lily la croit amoureuse de Martin, un garçon de leur classe, guitariste dans un groupe.

 

Cliché n°1 : les ados ne pensent qu’au sexe. Réponse : sans doute vrai.
Cliché n°2 : il n’y a que les garçons qui pensent au sexe. Réponse : faux.
Cliché n°3 : les filles rêvent de perdre leur virginité avec un homme plus âgé, un homme qui a de l’expérience. Réponse : vrai, bien sûr.
Alors, vous allez me dire “ça commence mal, elle nous dit qu’il n’y a que des clichés”. Oui et non. Car de ces assertions communes, Maud Lethielleux sort un roman à deux voix bien écrit assez humoristique.

Au milieu du quiproquo avec Lily, des fantasmes sur le prof et des soirées concerts, on voit une ado qui gagne peu à peu en maturité et en patience. En bref, elle apprend la vie. Au-delà du sexe, l’auteur fait méditer sur les relations entre filles et garçons, son rapport à soi et au monde. Sujets bien vastes, certes, mais qui traités en parallèle du sexe évitent largement le piège de l’égocentrisme des personnages. C’est donc un titre trompeur pour un roman pas superficiel pour un sou.

De toutes façons, c’est Maud Lethielleux, alors bon. On sait que c’est bien.

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Lirado
Ricochet
Soupe de l’espace

“101 bonnes raisons de se réjouir d’être une fille” Masini, Long

101 bonnes raisons de se réjouir d’être une fille
Béatrice Masini

Guillaume Long (ill)
La Joie de Lire, “101 bonnes raisons”, 2011

 

On peut fonder un club tout rose interdit aux garçons.

 

Ouille, couvrez-vous : chute de clichés. Pas besoin de résumé pour cet ouvrage (c’est contenu dans le titre) et pas besoin non plus d’un article bien long. Vous avez entre les mains le manuel des vraies filles. Pas étonnant que je ne m’y reconnaisse pas… On commence par du rose, bien sûr. Les filles peuvent tout faire, les filles peuvent tout être, on a de tout et son contraire. L’auteur utilise les comparaisons filles / garçons uniquement quand ça l’arrange, exemple : “On a un don pour ce qui est beau” et pas les garçons?

Certes, tout ça, c’est sur le ton de l’humour. Certes, finalement ce n’est pas trop réactionnaire, on alterne la légèreté et quelques thèmes graves comme la séparation. Mais je doute du réel intérêt de cet ouvrage. Visiblement, il plaît aux petites filles qui peuvent ensuite “narguer les garçons.” Cependant, je ne comprends pas trop ce choix de l’éditeur. La Joie de Lire était avant très hermétique… Mystère.

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Kidissimo 

“Kiss” Jacqueline Wilson

Kiss
Jacqueline Wilson

Trad. de l’anglais Alice Marchand
Gallimard Jeunesse, “Scripto”, 2009

On se voit ce soir à la Cabane de Verre?

Carl et Emily ont 13 ans. Ils ont été voisins et amis inséparables toute leur vie. Cette année, ils sont dans des collèges différents et rencontrent chacun de leur côté deux personnes aux forts caractères. Emily est repérée par Miranda, une jeune fille très controversée et Carl s’attache à Paul, joueur de foot dans l’équipe de son collège.

Attention, spoiler, je suis obligée de parler dès le début du thème principal du roman (dissimulé par la quatrième de couverture) mais cela ne gâche pas vraiment la lecture. Jacqueline Wilson s’attaque ici précisément au sujet de l’homosexualité chez les adolescents, et plus largement la découverte des relations amoureuses, domaine de spécialité de cette auteure bien connue.

Je commence par un regret : je trouve que les personnages manquent légèrement de crédibilité. Emily est amoureuse de son ami Carl, désespérément intouchable. Jeune fille plutôt naïve, elle s’entiche d’une amie très extravertie, qui passe son temps à flirter. Carl, quant à lui, poursuit ce jeune footballeur poseur et frimeur. Les contraires s’attireraient-ils? En tout cas, le cliché n’est malheureusement pas loin. Cependant, ces personnages mettent en valeur des situations courantes dans une vie d’ado… Premières soirées, premiers baisers, premières cuites, etc. Les personnages adultes quant à eux se montrent très présents et représentent sans doute une sorte d’idéal.

J’allais également râler sur la longueur (et ces répétitions très étonnantes qui donnent clairement l’impression de piétiner)… Mais elle peut se justifier. Doucement, on appréhende Carl afin que l’annonce de son homosexualité à la fin ne soit pas une surprise mais quelque chose de tout à fait naturel, quelque chose qu’on saurait instinctivement. En gros, le lecteur ne doit pas être choqué. Dans le cercle familial, on met cela sur le compte d’une passade. Aïe, là aussi j’ai trouvé la chose maladroite. L’homosexualité passerait aussi vite que l’acnée? Mais après la lecture de cet article de Jacqueline Wilson dans le journal The Guardian, j’ai compris que c’était sans doute un moyen de relativiser la chose et surtout de dire qu’il y a tout le temps pour ça.

Mais bon, un gros bémol quand même…On affleure le sujet plus qu’autre chose et on reste dans la superficialité d’une littérature amoureuse qui essaie d’aborder un sujet sérieux sans y parvenir réellement.

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Altersexualité
Délivrer des livres
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“Journal d’un garçon” Colas Gutman

Journal d’un garçon
Colas Gutman

Ecole des Loisirs, “Médium”, 2008

Cédric affirme : ceux qui tiennent des journaux intimes sont 
a) des filles, b) des pédés, c) des filles-pédés.

Paul entre en seconde cette année. Un nouvel univers. Dès septembre, il tombe amoureux d’une fille de terminale, option théâtre, Lisa Tapir, qui n’en a ostensiblement rien à faire de lui. Le seul ami qu’il se fait ressemble à Julien Lepers. Sa famille le pèse : une mère voyageuse, une belle-mère experte en gratins, une soeur qui l’ignore et un demi-frère qui parle tout seul. La totale.

Encore un journal, mais d’un genre bien différent cette fois-ci. Et malheureusement, un peu moins prenant.

On entre dans ce journal in medias res. La raison de l’écriture n’est pas ou peu développée. On se pose la question du pourquoi de ce journal. Mais passons. Les personnages sont décrits au fur et à mesure des épisodes de la vie quotidienne relatés par le jeune homme. Cette année de seconde représente manifestement pour lui un tournant dans sa vie. L’adolescence, la découverte des sentiments amoureux.

Paul écrit avec un style assez distant qui fait qu’on a un peu de mal à entrer dans l’histoire et à tâter la profondeur du personnage. Il semble être détaché des événements qu’il vit, il fait de l’humour, et son humeur est d’une stabilité déconcertante. Mais en réalité il n’est pas “cool” du tout, plutôt maladroit, inexpérimenté et immature, comme on l’est tous à un moment de notre vie. Son obstination à rester accroché à une fille pas plus mature que lui et qui l’humilie en permanence est assez étonnante.

Finalement, l’art du journal est difficile à maîtriser. C’est un petit roman facile et rapide à lire, mais je regrette qu’il ne soit pas un peu plus profond. Il risque de ne pas laisser de trace très vivace dans mon esprit. Le style, pudique, est sans doute destiné à un public de garçons, et il faut saluer l’auteur de s’être essayé dans ce genre avec un point de vue masculin, ce qui est très rarement le cas!

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Carnet de lecture d’une prof doc