“La légende de nos pères” Sorj Chalandon

La légende de nos pères
Sorj Chalandon
Grasset, 2009

Tristan lui, n'avait pas bougé. 
Il se relisait, feuille levée à hauteur de lunettes, 
et l'eau de pluie faisait larmes d'encre.

Frémaux est un biographe et écrit la vie de personnes âgées pour en faire des livres souvenirs. Il est engagé par Lupuline pour raconter la vie de son père, Tescelin Beuzaboc. Héroïque résistant, il a toujours fait rêver sa fille avec ses récits trépidants.

C’est un petit tour sur le blog de Midola qui m’a donné envie de me lancer dans cette lecture. Elle a mis tous les romans de cet auteur en coups de coeur. Je ne risquais donc pas grand chose. Ce roman développe une histoire très subtile sur le devoir de mémoire. Pour devenir un héros aux yeux de sa fille, Tescelin ferait n’importe quoi, comme s’inventer un passé glorieux. La rencontre avec ce biographe doit le pousser à assumer son passé. Tescelin est le personnage cible de jugements sur l’Histoire et sur certaines personnes n’ayant pas pris le maquis. Frémaux, lui-même, doit accomplir une quête sur son histoire familiale.

C’est une histoire à la fois, belle, délicate et compliquée. J’ai vraiment pris plaisir au style d’écriture parfois très poétique de l’auteur (que je n’avais encore jamais lu). Il décrit cette situation avec beaucoup de sensibilité, de justesse et nous pousse à nous interroger sur ces oubliés de l’Histoire. Est-il vraiment besoin de faire de nos aïeuls des héros pour les aimer?

Une très belle lecture.
PS : mais d’où ils sortent ces noms de personnages??

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Midola
Le grenier à livres
Chroniques d’une lectrice

“Tuer le père” Amélie Nothomb

Tuer le père
Amélie Nothomb
Albin Michel, 2011

Le but de la magie, 
c'est d'amener l'autre à douter du réel.

Joe Whip et Norman Terrence sont deux magiciens. Malhonnêté, talent et psychologie facile se mélangent sur fond de LSD et de fête aveuglante à Burning Man.

Qu’avez-vous fait avec Amélie? Rendez-nous Nothomb! Encore une déception. Une semaine après avoir lu ce roman, j’avais déjà oublié de quoi parlait l’histoire. Les relations entre les personnages sont étranges, et peu creusées. Ou bien c’est à nous de creuser? Dommage, parce que le lecteur, pris de désintérêt, est loin de faire l’effort de prendre la pelle pour comprendre. Par conséquent, l’action devient obsolète.

Comme l’indique discrètement le titre, Nothomb fait usage de psychologie sans se donner de limites. Encore dommage. Ce goût de superficiel ne quitte pas le palais. Et qu’a-t-elle fait de sa plume? Amélie n’utilise aucun mot rare ou compliqué dans ce roman, pas plus qu’elle ne nous gratifie d’une chute surprenante. Ca fait toujours mal au coeur d’écrire de mauvaises critiques. Mais quand on n’a pas le choix…

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Aniouchka
Tioufout
Accro des livres

“Contre courants” Richard Couaillet

Contre courants
Richard Couaillet
Actes sud junior, 2011

Alcyone, encore quelques touches à effleurer, 
comme ton corps à caresser, tes lèvres à respirer 
et un dernier souffle bleu avant de disparaître.

Jérôme écrit sur son désarroi, sur ses parents absents, sur son frère persécuteur. Il fugue et tombe amoureux d’une gothique. Du moins, c’est ce qu’il veut nous faire croire.

Aïe, aïe, aïe. Pourtant, le début était prometteur. Je trouvais que le style réussissait à mettre en valeur une histoire d’apparence simple et à lui donner une vraie profondeur. Mais la suite, très brutale, est assez surprenante (notez le mot aux consonances aussi bien positives que négatives). Le texte devient abrupte et direct, la psychologie du personnage prend un tournant dangereux. Et complètement bizarre.

J’ai été trop déstabilisée pour que ça me plaise. J’ai eu la nostalgie du début du roman. On s’éloigne de la psychologie ado, ou bien on en aborde une vraiment marginale. On ne sait plus trop à qui le texte s’adresse ni comment l’appréhender. La fin m’a déçue. Finalement, quelle est l’origine de ce mal-être? En a-t-il une? Jérôme était-il prédestiné à l’instabilité? Dans ces conditions, l’espoir de rémission est maigre. Un roman qui plonge dans la dépression mais qui n’apporte aucune réponse. Très gênant pour moi.
Malgré tout, c’est un roman encensé par beaucoup de professionnels du livre et de lecteurs, et il figurait dans la sélection Juke-box ados de cette année.

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Des flots d’encre
A lire au pays des merveilles
Ricochet

“Tout près, le bout du monde” Maud Lethielleux

Tout près, le bout du monde
Maud Lethielleux
Flammarion, “Tribal”, 2010

Dans mes rêves à moi, il y a toutes les saisons.

Trois jeunes vivent dans une ferme à retaper perdue dans la campagne, avec une femme plus âgée qui a pour mission de s’occuper d’eux. Par l’écriture et la participation aux travaux communs, elle essaie de les réparer, de les lier.

Maud Lethielleux est l’auteur qui monte qui monte chez les enfants comme chez les ados. Avec ce roman, elle nous prouve qu’elle a encore parcouru un bon bout de chemin. C’est un récit à trois voix, celles de ces trois jeunes perdus dans leur tête à qui on demande de tenir un journal. On a la racaille amère et insultante, la fille anorexique qui ne pense qu’à son ancien copain junkie, et un enfant plus jeune qui subit une crise d’identité pour avoir un père travesti. Cette merveilleuse bande d’inadaptés unissent peu à peu leur voix sans jamais que l’on entende celle de leur hôte, le ciment qui les unit.

C’est une jolie prouesse stylistique que de mener un récit à trois voix. Différenciées par la typo mais surtout par le style, elles livrent peu à peu leurs histoires et on finit par s’y attacher terriblement. Une conclusion écrite par leur hôte, Marlène, aurait été bienvenue, ça m’a un peu fendu le coeur qu’on en sache pas plus sur elle. Dans tous les cas, c’est le récit d’une belle aventure qui prouve qu’avec courage et détermination, rien n’est jamais perdu. Ce roman vous remplit d’espoir et montre qu’on peut toujours créer sa propre chance dans la vie, même quand on se retrouve dans les pires abysses. Sensible, juste et touchant.

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Fantasia
La critique est aisée
Val lit

“Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère?” Susin Nielsen

Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère?
Susin Nielsen
Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec
Hélium, 2011

Que les choses soient bien claires : 
je n'ai pas fait exprès d'expédier 
mes deux demi-soeurs aux urgences.

Les parents de Violette son divorcés. Sa mère erre sentimentalement de naze en crétin et son père est remarié avec une blonde à forte poitrine. Violette est bien décidée à faire en sorte que sa mère quitte son dernier amant en date pour l’idéal George Clooney.

Hélium est synonyme de confiance. Quand on avise ce roman à la couv sympa et au titre déjà drôle, on a qu’une hâte, c’est d’en manger les mots. Violette portraiture avec un humour noir sa mère à la dérive conseillée par des amies qui feraient mieux de se regarder un bon coup dans le miroir avant d’ouvrir la bouche. Violette est une protectrice farouche, comme souvent lors de divorces lorsque les rôles sont inversés. Complètement décalée, solitaire et acide, elle nous narre sa difficulté à faire le deuil de sa famille.

À côté des clichés estampillés “US” dont on se joue beaucoup, on goûte ici à une aventure vraiment rafraîchissante (je sais, ça ne veut pas dire grand chose) qui dépasse les préjugés pour toucher le rêve du doigt. Ca se dévore comme un bon croissant à la confiture. La question principale étant : George Clooney l’a-t-il lu? George, if you read me, you’re welcome to post a comment. Hé oué, moi aussi je vise haut.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
Adelalu
Cannibales lecteurs
Et le blog de Susin Nielsen

“Maman, papa, les frites et moi” Leila Rasheed

Maman, papa, les frites et moi
Leila Rasheed
Bayard jeunesse, “Estampille”, 2011

Je suis Bathsheba Clarice de Trop! Ma vie est fantastique!

Bathsheba Clarice de Trop est la fille d’une auteure à succès et le nom de son héroïne. Bath fusionne sa propre vie et celle de son personnage éponyme pour lutter contre la solitude. Son père refait surface après des années et l’aide à retrouver la vraie réalité.

Un petit roman sympathique qui se lit d’une traite. Bath est une gamine profondément seule et mythomane qui vit dans une illusion entretenue par sa mère. Aucune des deux ne sait prendre de distance avec la fiction. La réalité qu’elles bâtissent ensemble est confortable mais terriblement triste d’un point de vue extérieur.

Cependant, tout est traité avec un humour fin et la fraîcheur du personnage de Bath permet de ne pas trop dramatiser. Elle finit évidemment par devoir faire face au monde, découvre la valeur des liens familiaux et amicaux, bien plus gratifiants qu’une bulle de mensonges.

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Fantasia (Sophie Pilaire)

 

“Appelle-moi Charlie” Marcus Malte

Appelle-moi Charlie
Marcus Malte
Sarbacane, "Mini romans", 2011
Il me fallait d'abord admettre l'inadmissible, 
tenir pour vrai l'invraisemblable.

Elias se dispute une fois encore avec sa mère et fuit la maison. Une tempête de neige se déchaîne dehors. Pensant être perdu, il entend une voix l’appeler.

Les Mini romans se sont démarqués depuis quelques années dans la production éditoriale jeunesse. Très courts, ils abordent parfois des sujets sensibles ou déploient des histoires frappantes. Celui-ci ne déroge pas à la règle, bien qu’il m’a semblé beaucoup plus accessibles que les autres titres que j’avais pu lire.

Je laisserai le résumé aussi bref que possible sous peine de gâcher le plaisir. J’ai vu une personne présenter ces romans au Salon du Livre jeunesse cette année, elle racontait tout de A à Z, ce qui brisait un peu la magie.
L’auteur décrit un moment de l’adolescence où l’égoïsme règne en maître. Dans cette courte histoire, il fait en sorte que son personnage se calme, et s’ouvre aux autres, en l’occurrence, sa mère. Grâce à un échange à la Socrate, Elias évolue, relativise et apprend à donner un peu de soi. Étonnant, simple et touchant.

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Fantasia (Sophie Pilaire)
Benoît Broyart
Librairies Sorcières

Une pincée d’albums : première série

Les albums de l’été 2011

Voici une catégorie qui fait partie des nouveautés de Suspends ton vol 2.0. C’est une sélection de quelques albums qui ont retenu mon attention — dans la mesure où j’ai le temps d’en lire. Ici, pas de longues critiques, mais il se peut que j’isole certains titres pour m’attarder un peu plus dessus.

*** *** ***


Dans, Ramadier et Bourgeau, Ecole des Loisirs, “Loulou & Cie”, 2011

Un très joli album, aux formes simples pour raconter la naissance aux tout-petits.

 

Il faut le dire aux abeilles, Sylvie Neesman, Nicolette Humbert, La Joie de Lire, 2011

Le thème du deuil et de la mort traité très intelligemment et avec sensibilité. J’ai vraiment aimé ces photographies où on sent une vraie présence. C’est sans doute l’album qui m’a le plus marquée, mais je ne sais pas s’il convient à des enfants avant 5 ans.

 

Mon premier livre des odeurs et des couleurs, Auzou, 2011

Je me suis dit “oula, un livre à sentir, à tous les coups, ça va puer.” Hé bien non, agréable surprise car les odeurs sont fidèles à la réalité. L’avenir nous dire si un tel album tient la route (particulièrement en bibliothèque après avoir été copieusement tripoté).

 

Plus loin que le bec des hirondelles, Annie Agopian, Magalie Bardos, Rouergue, 2011

Une jolie histoire sur la recherche de soi par le voyage… ou serait-ce une fuite? Parfois le bonheur est simplement au coin de la rue.

 

Le sourire du loup, Anne Brouillard, Il était 2 fois, 2011

Un album qui se passe largement de mots, réédité dans ce format plus portable mais qui fait sans doute moins effet que l’ancien grand modèle. Il aurait bien fonctionné en flip book aussi.

 

La plus petite histoire du monde, Sytou et Galou, Bilboquet, “Les trésors”, 2011

Avec de jolies illustrations-collages, on nous raconte la plus petite, la plus ancienne et la plus belle histoire qui soit. Simple, très touchant et poétique.

 

Cours!, Lee Haery, La Joie de Lire, 2011

Il n’y a qu’à voir la couverture pour avoir un aperçu des magnifiques illustrations de cet ouvrage. Avec son format allongé, il prend de la vitesse entre les mains du lecteur et dans ses yeux. Une superbe représentation du mouvement.

 

Mon papa, il est grand, il est fort, mais…, Coralie Saudo, Kris di Giacomo, Frimousse, 2011

Qu’est-ce que j’aime les illustrations de Kris di Giacomo. Je ne m’en lasse jamais. Ici, plein d’humour avec une situation inversée : un papa qui fait des caprices pour aller dormir. Drôle, beau et toujours un bel album avec du beau papier, ça Frimousse, ils savent y faire.

 

Le loup ne nous mangera pas, Emily Gravett, Ecole des Loisirs, “Kaléidoscope”, 2011

Encore une référence pour ce dernier album. On savait qu’Emily faisait une fixation sur les loups, les lapins en avaient été les premières victimes. Maintenant, c’est le tour des cochons! Toujours aussi drôle.

“Qui vive?” Blondel, Lebert

Qui vive?
Jean-Philippe Blondel

Florence Lebert (photos)
Thierry Magnier, “Photoroman”, 2011

 

Je regarde mon père qui dort. 
J'essaie de l'imaginer jeune et amoureux, 
mais c'est difficile.

 

Léo reçoit chez lui des photographies adressées à son père. Sans lettre, sans explication, l’expéditeur inconnu fait planer le mystère qui finit par s’éclaircir. Louis, son père, doit remonter dans son passé et revenir sur un voyage à Soukhoumi.

 

Voilà une belle réussite pour la collection, qui propose des titres à la qualité souvent inégale. Mais c’est souvent le risque pour des romans composites de ce genre.

Ici, le lecteur peut trouver un bel d’exemple d’équilibre entre le texte et les photos. L’auteur réussit à extraire des clichés tout le mystère qu’ils contiennent. Il mêle l’Histoire, la grande, le destin d’un peuple, sa lutte pour la liberté et la petite histoire, personnelle, mais pas moins forte et belle. Grâce à ces envois étranges, les relations entre le père et le fils se densifient. Léo a une occasion en or de découvrir la jeunesse de son père. Alors que leurs liens se resserrent, d’autres, à Soukhoumi, se délient  sous le poids de la guerre et des cicatrices familiales.

C’est toujours un plaisir de lire Jean-Philippe Blondel. Il se plie avec virtuosité à cet exercice. Douceur et douleur se côtoient dans les photographies de Florence Lebert. Les deux se complètent parfaitement.

Une alchimie réussie pour un roman juste et très sensible. Pas besoin d’en rajouter, il faut simplement le lire!

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Lectures de Marie
La lettrine
Un petit tour en littérature jeunesse

“Marre de l’amour” Maud Lethielleux

Marre de l’amour
Maud Lethielleux

Editions Thierry Magnier, 2011

 

Le plus génial quand tes parents divorcent, 
c'est que tu deviens ton père.

 

Pierrot en a marre de voir ses parents s’entendre si bien et se bécoter sans arrêt. Il voudrait avoir des parents divorcés comme tous ses copains. Il prépare alors un plan avec son gang d’amis…

 

Deuxième incursion en jeunesse pour cette auteure qui promet beaucoup de bonnes lectures. Ici, elle nous livre un court roman où l’humour cotoie le sérieux au rythme adéquat. Le thème de divorce n’est pas stéréotypé ni diabolisé : preuve en est tous les exemples différents que donnent les copains de Pierrot. Tout le monde peut en venir à se séparer. Les enfants, de leur côté, apprennent à jouer avec des situations quotidiennes que les parents ne supportent plus. Le roman donne aussi une vision de la vie adulte assez réaliste. Pouvoir soutenir une vie de famille après les dures journées de travail n’est pas facile. Garder quelques bonheurs simples permettent de sortir la tête de l’eau. Quant à Pierrot, il apprend à aimer ses parents tels qu’ils sont. Comme quoi, vouloir être comme tout le monde n’est pas forcément bon.

Pour une fois, le style est tout à fait adapté à l’âge du narrateur. Les enfants, prenant tout au premier degré, apportent beaucoup d’humour et d’authenticité à ce roman très tendre et bien écrit. Et d’un côté, ils montrent aussi comme les adultes et leurs problèmes les font grandir plus vite…

Une belle lecture, touchante sur un sujet largement traité mais bien repris.

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Fantasia
Soupe de l’espace
Lirado