Une pincée d’albums… Avril !

Voici une petite sélection d’albums sortis récemment… avec mes coups de coeur en rouge :)
Régalez-vous bien!

Oh non, Georges!, Chris Haughton, Thierry Magnier, 2012

Georges est un chien plutôt maladroit qui promet d’être sage. mais qu’arrive-t-il quand son petit maître est parti? Un album très drôle par l’auteur de Un peu perdu, on retrouve un graphisme très coloré et cette tête débile me fait toujours sourire.

La charade des animaux, Alice Vieira, Madalena Matoso, La joie de lire, 2012

Chaque double page de cet album renferme une charade en rimes où il faut deviner le nom d’un animal, lui-même caché dans les détails du dessin. Ludique, et très original.

ABC Bestiaire, Janik Coat, Autrement jeunesse, 2012

Un paysage, et puis des animaux qui s’y ajoutent, il faut aussi deviner leurs noms… Mais le mieux c’est qu’ils vivent de pages en pages. Il y a donc plein de détails très amusants à observer. Beaucoup d’humour, un peu de cogitation, et un super visuel!

Coincé, Oliver Jeffers, Kaléidoscope, 2012

Comment fait-on pour débloquer le cerf-volant coincé dans l’arbre? On lance des trucs dessus bien sûr. Et ça prend des proportions inattendues… Un album à l’humour décalé et bien british, et des illustrations surréalistes et drôles.

Tout au long de la route, Frank Viva, Albin Michel Jeunesse, 2012

On suit un cycliste dans sa balade à travers la ville. Cet albums propose une expérience tactile de la lecture très sympathique. Les dessins tout en rondeur font très années 60.

Nour, le moment venu, Mélanie Rutten, MeMo, 2012

Je ne sais pas s’il faut encore faire la promotion de Mélanie Rutten. À chaque fois qu’on a un de ses albums entre les mains, on sait que ça va être magnifique. Celui-ci ne fait donc pas exception!

Une ombre qui glisse, Marco Carrara, Chiara Carrer, Atelier du Poisson Soluble, 2012

Un album qui aborde le délicat thème de l’autisme avec force justesse, beauté et mesure. Les illustrations de Chiara Carrer expriment toute la complexité de la chose, en mélange d’imprimés et de crayonnés. C’est également plein d’amour.

Akim court, Claude K. Dubois, Sarbacane, “Amnesty International”, 2012

Des illustrations façon crobart pour un album fort sur la guerre et l’exil vus par les yeux d’un enfant. Une histoire universelle et très émouvante.

Catfish : une histoire de combats, de liberté et de courage, Maurice Pommier, Gallimard, 2012

Ce très beau livre est un documentaire-fiction sur l’esclavage et l’Histoire des Etats-Unis. On suit la vie du jeune Catfish, engagé comme esclave qui apprend finalement le métier de tonnelier, et on apprend l’histoire de tous ces gens venus en Amérique, exilés. Les illustrations sont très finement ouvragées.

La maison en petits cubes, Kenya Hirata, Kunio Kato, Nobi Nobi, 2012

Voilà une histoire qui a été très appréciée par la critique. Un homme doit reconstruire sa maison au fur et à mesure que le niveau de l’eau monte. Une belle métaphore sur la vie qui passe, et les souvenirs engloutis. Poétique et visuellement vraiment beau.

Rong rouge, Claire Garralon, Actes Sud Junior, 2012

Succès garanti avec la lecture de ce court album très graphique et au texte oral. La chute est si naturelle et jolie que vos auditeurs garderont un sourire béat sur les lèvres quand vous refermerez le livre.

 

“Des fleurs pour Zoé” Antonia Kerr

Des fleurs pour Zoé
Antonia Kerr

Gallimard, “Blanche”, 2010

 

Je me retourne sur mon passé tandis qu'elle regarde son avenir
avec les yeux inquiets d'une biche perdue dans la forêt.

 

Richard approche de son soixantième anniversaire. Un an plus tôt, la femme avec qui il partageait sa vie l’a quitté. Il cherche un havre de paix où il pourrait passer sa retraite. Juste au moment où il décide de se couper du monde, il rencontre Zoé, une jeune cubaine aux fiévreuses ardeurs qui pimente sa vie de nouveau.

 

Antonia Kerr propose ici un premier roman très bien relayé par les médias et adulé pour la maîtrise de son style.

Richard et Zoé sont comme le ying et le yang. Richard est un homme vieillissant qui a un problème de foi dans les autres et dans la vie en général. Il se trouve à une période de sa vie où l’on a pas envie de tout reprendre à zéro, ni dans sa vie sentimentale, ni dans le reste. Il se focalise alors sur son passé, ses souvenirs. C’est surtout cette attitude qui lui colle l’étiquette de “vieux” plus qu’une vraie vieillesse difficilement vécue par des soucis de santé.

Zoé, quant à elle, est littéralement intenable. À l’aube de sa vie, elle veut tout vivre, tout faire et faire céder Richard sur tous ces caprices, ma foi très nombreux. Nombreux aussi sont les chemins qui s’ouvrent à elle pour s’engouffrer dans son avenir. Elle ne sait pas réellement où aller et cache une certaine peur panique derrière une suractivité. Le couple se tient donc en équilibre précaire et le voyage qu’ils entament ensemble fait penser à une quête de soi autant pour Richard que pour Zoé.

C’est un roman en effet très réussi et pourtant il y manque un tout petit quelque chose pour être vraiment accompli. Je suppose que c’est une graine qui laisse présager des prochains romans très prometteurs. Il faut juste chercher une affirmation de soi, peut-être dans un style un peu plus personnel, une marque de fabrique? Mais de très bons débuts en tout cas.

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Le monde de Mirontaine
Le blog d’un littéraire
Les lectures de Ness 

“Journal d’un vieux fou” Junichiro Tanizaki

Journal d’un vieux fou
Junichiro Tanizaki

Gallimard, “Folio”

 

Un vieil homme de 70 ans tient son journal, une de ses dernières distractions. Il fantasme sur sa belle-fille, Satsuko. Un brin manipulatrice, elle se sert de cette affection pour obtenir des faveurs et des cadeaux particulièrement coûteux. Au fur et à mesure que la santé du vieil homme se détériore, il s’attache de plus en plus à Satsu, jusqu’à en faire une obsession. Mais la voir l’excite inutilement, augmente son rythme cardiaque et présente des dangers pour lui.

Sujets piquants, un peu scandaleux, développés avec un style délicat. C’est ce que j’assimile à la finesse du style japonais.

Dans cette maison, les acteurs principaux sont donc le grand-père et la belle-fille. Valsant ensemble au milieu des querelles familiales, ils exécutent des pirouettes dans lesquelles Satsuko est maîtresse. En l’échange de cadeaux honéreux, Satsuko accorde au vieil homme une étreinte, un baiser sur la jambe… Définie dans la famille par sa légèreté de moeurs, Satsuko est au contraire hautement estimée par celui que tous appellent Père, si hautement qu’il la compare à une déesse.

Le grand-père est décrit à la perfection. Chez lui, c’est une lutte constante entre mauvaise santé, angoisse de la mort et pulsions sexuelles. Il a l’opiniâtreté de la vieillesse et son esprit de contradiction. Sa plus grande manie (qui est sans doute aussi un petit plaisir personnel) est de contrarier sa femme à toute occasion. Mais ses méconduites avec Satsuko amènent sa santé à se dégrader sérieusement et c’est dans une foule de traitements qu’il est embarqué. Sa philosophie est de profiter pleinement des derniers plaisirs que lui offre la vie, même si cela doit lui coûter pas mal de souffrances.

L’auteur est un parfait portraitiste de ses personnages. Il exhibe les secrets, les complications qui font qu’une vie familiale n’est pas toujours aisée. Tout cela à travers l’oeil d’un vieil homme qui éloigne la pensée de la mort par des fantasmes envahissants. A lire, absolument.

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Littexpress
Le Japon chez vous
Paperolles 

“La tombe du tisserand” Seumas O’Kelly

La tombe du tisserand
Une histoire de vieux hommes

Seumas O’Kelly, Frédéric Coché (illustrations)
Editions Attila, 2009

 

Irlande, fin XIXe / début XXe siècle. Un des doyens du village, le tisserand Mortimer Hehir vient de décéder. Il doit être enterré dans le cimetière (presque légendaire) de Cloon Na Morav. Cahir Bowes le casseur de pierres et Meehaul Linskey le cloutier doivent retrouver l’emplacement de sa tombe. Cela provoque maintes disputailles de vieillards en furie et tourne ce qui a commencé comme un texte métaphysique et sérieux, en récit burlesque et absurde par moments.

J’ai ici savouré un texte d’une grande sobriété et élégance, comme j les aime. La lecture en est aisée mais laisse une trace profonde et laisse le lecteur méditatif. D’un auteur relativement peu connu, ce texte est considéré comme l’une des meilleures nouvelles de la littérature irlandaise. Les noms des personnages donnent tout de suite une couleur locale sans déstabiliser le lecteur pour autant. Les portraits des vieillards débordent d’humour et de ridicule, ce qui évite au lecteur de penser “ah, pov’vieux”. Et ce n’est d’ailleurs pas du tout le but du récit, qui fait autant réfléchir à la mort qu’à la vie! Les deux figures de vieillards trouvent leur pendant chez les deux fringants fossoyeurs, et accessoirement chez la jeune veuve, dernière épouse du défunt.

Ce nouvel ouvrage est une réédition d’une traduction paru aux éditions Aubier Montaigne en 1982 où l’on trouvait une bibliographie et une biographie de l’auteur. Le principal avantage de cette nouvelle édition est tout d’abord le soutien à une toute jeune maison, Attila, qui nous offre une maquette très agréable. De plus, cette maison d’édition tend à faire participer plus activement les illustrations à la publication des romans. Ici, nous disposons d’un dépliant avec des gravures d’une grande finesse de Frédéric Coché, jeune illustrateur français dont on nous donne la biographie. Ces gravures n’illustrent pas exactement les situations du roman mais plutôt son atmosphère. C’est un très bel objet-livre.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là…
Taverne du Doge Loredan
A sauts et à gambades
La PAL d’Hélèna

“Mercredi mensonge” Christian Grenier

Mercredi mensonge
Christian Grenier
Bayard jeunesse, “Millézime”, Montrouge, 2004.

 

Papy Constant est un vieil homme de 92 ans. Il habite la ville de Deuil-la-Barre en banlieue parisienne. Chaque mercredi midi, il vient rendre visite à son fils Vivien, habitude qu’il n’a jamais bousculée. Un jour Vivien se voit promu à un poste avantageux qui le force à partir pour Lyon avec sa femme et sa fille. Craignant que son père se sente abandonné, il ne lui avoue pas la vérité, et revient sur Paris tous les mercredi midi. Isabelle, sa fille, n’approuve pas cette décision et se voit séparée de son grand-père qu’elle chérit, et de Jonathan, son jeune amoureux.

Il y a des romans que j’adore car ils sont confortables. On peut glisser dedans comme dans un bain, et on s’y sent bien. Celui-ci en fait partie, et je pense que cela a beaucoup à voir avec le style de Christian Grenier.
On entre très facilement dans ce roman à la saveur nostalgique et triste. La jeune Isabelle, une adolescente de 16 ans est la narratrice. Son point de vue est très important pour l’histoire. Elle représente pour son grand-père à la fois l’avenir et il lui rappelle sa jeunesse : elle est donc le réceptacle de ses souvenirs et de ses conseils. Elle est également beaucoup plus patiente que Vivien, son père. Ce dernier est dans une impasse sentimentale : il ne sait plus comment se comporter avec son père et cela le pousse à exécuter ce rituel hebdomadaire et mensonger, humiliant pour tout le monde.
Les thèmes de la vieillesse et de la séparation avec la famille sont ici abordés avec beaucoup de finesse, d’authencité et de réalisme – par ailleurs, thème assez peu abordé en littérature jeunesse. Papy Constant n’a rien d’exceptionnel : il radote souvent, reste plongé dans le récit de ses souvenirs, garde un quotidien rythmé par les habitudes. Mais grâce à Isabelle, le lecteur voit les choses sous un autre angle : la solitude, la morosité, l’ennui… Elle réalise grâce à Jonathan qu’il faut profiter de la présence de son grand-père tant qu’elle peut. Plus elle se sait éloignée de Constant, plus elle se rapproche de Jonathan : il est la transition, le passage à l’âge adulte.
Christian Grenier enchante grâce à une écriture fluide qui donne toute sa beauté à cette simple intrigue. Cela tient beaucoup à son usage des métaphores et des images. Chacune d’entre elles aide à construire les personnages, l’action, les pensées avec poésie et légèreté malgré la gravité du sujet. Ces formules, on les retient et on les médite. Certes, il octroît aux deux adolescents une maturité un peu plus importante que la moyenne, mais cela est atténué par le fait qu’ils ont une importance primordiale : ils perpétuent la chaîne de la vie.

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Je porte en moi tous les âges que j’ai eus, Isa : quinze, trente, cinquante ans. Je suis la somme de tous ces individus. Pourtant, je suis, en fin de course, le seul qui reste en vie aujourd’hui, tu vois. [...] La vie est une sorte de montagne. Quand tu es jeune, tu n’en vois pas le sommet. Il te semble lointain, inaccessible. Quant à la mort, elle n’existe pas non plus ; même si tu la côtoies parfois, elle est une idée abstraite, une vue de l’esprit. Et puis, d’un coup, tu sais que le sommet a été franchi. [...] Un jour, tu te rends compte que tu dégringoles, tu te trouves désormais sur l’autre pente. Le sommet, tu n’en prends conscience qu’après l’avoir dépassé. Quand tu es de l’autre côté de la vie.
Constant, P116-117

 

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