« Ethan Frome » Edith Wharton

Ethan Frome
Edith Wharton
Editions Gallimard, coll. « L’imaginaire », Paris, 1984.
Date de parution originale : 1911

 

Dans les profondeurs glacées des Etats-Unis, Ethan Frome lutte pour tirer quelque subsistance de sa ferme. Il doit prendre soin de sa femme, Zenobia, une personne aigrie et maladive. Ils hébergent chez eux une cousine éloignée de Zenobia, la jeune Mattie Silver. Pas aussi efficace que joyeuse, elle s’attire le mépris de la maîtresse de maison, tandis qu’ Ethan éprouve un doux attachement pour elle. Etant tout ce que sa femme n’est pas, il l’admire et s’en rapproche, alors qu’il sait que l’issue de leur histoire ne pourra être heureuse.

Comment débuter un article sur un roman tel qu’Ethan Frome? Je suis manifestement désarçonnée. Il me faut malgré tout plonger dans l’analyse d’une oeuvre que je préfèrerais conserver vierge de toute dissection littéraire. Je vais tenter de ne lui faire que quelques entailles.
Tout d’abord, j’ai été très étonnée par le décor dans lequel se déroule notre action : un paysage neigeux digne des plus rudes hivers. Cette atmosphère a produit une réminiscence de sentiments liés à la lecture d’une autre grande oeuvre, mais de la littérature française cette fois-ci, Le roi sans divertissement de Jean Giono. A tel point que j’avais tendance à oublier que l’action se déroulait aux Etats-Unis! Ce paysage enneigé est toujours un signe de quelque action dramatique. Rappelons-nous du fameux épisode de Perceval fixant les gouttes de sang dans la neige… épisode qui avait d’ailleurs inspiré tout le roman de Giono. La neige semble appeler, sinon le sang, du moins le drame, qui semble éclore d’une oppression autant climatique que morale.
En effet, ne commencez pas à lire Ethan Frome en ayant le moindre espoir de fin heureuse. Je pense même qu’un happy end serait déplacé et malvenu. Tout l’intérêt de ce roman est le poids du destin – on se croirait dans les grandes tragédies grecques. Les personnages que l’auteur nous présente sont empreints de sentiments rudes et profonds, sentiments qui doivent être réprouvés pour continuer à (sur)vivre. Zenobia ne conserve sa santé qu’en étant stimulée par l’obligation de prendre soin d’autres malades. La misère forge les grandes âmes romanesques. Ethan, impuissant amoureux d’une jeune pauvresse qui ne s’est jamais attachée qu’à lui, voit clairement le mur de l’impasse devant lui, mais continuer d’avancer comme un aveugle. Mais les pauvres n’ont même pas le droit à une fin triste et glorieuse, mais juste triste et morne. Le roman ne s’achève pas sur un éclat plein de pathos et de larmes, mais bien sur l’installation définitive d’une tristesse insondable dans la vie quotidienne, fardeau qu’Ethan est conscient de devoir porter jusqu’à la fin de ses jours… C’est l’ironie du sort : on peut toujours chuter plus bas que ce qu’on s’imaginait.
Enfin, je repousse le scalpel littéraire concernant le style d’Edith Wharton. Elle réussit tout simplement à construire des personnages forts, une ambiance prenante avec un style raffiné et abouti, plein de métaphores fertiles pour l’imagination du lecteur. Un réel plaisir de lecture…

Un petit conseil : ne lisez pas le résumé de la quatrième de couverture, car toute l’histoire est racontée du début à la fin…

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