« Pinocchio » Winschluss

Pinocchio
Winshluss
Cizo (couleurs)
Editions Requins-Marteaux, coll. »Ferraille », 2008.
Fauve d’Or du Festival d’Angoulême 2009

 

Pinocchio est un androïde créé par l’inventeur Geppetto, destiné à être vendu à l’armée. Geppetto perd sa créature qui traverse de nombreuses aventures, et croise le chemin de nombreux personnages. Enfin, il retrouve son créateur (ainsi qu’un pingouin) dans le ventre d’un poisson mutant.

Je ne sais pas trop par où commencer pour décrire cette bande-dessinée assez hors du commun, et presque totalement muette. J’avoue qu’en ma qualité de bibliothécaire jeunesse, j’ai été attirée par la reprise du conte.
En effet, comme on nous le précise en début d’ouvrage, cette bande-dessinée est inspirée du roman de Carlo Collodi. Elle en conserve les grandes lignes, la trame générale. Nous retrouvons Geppetto, transformé en inventeur fou et très ambitieux. Le fameux grillon est remplacé par Jimmy Cafard, qui habite dans la tête de Pinocchio (entre parenthèses d’ailleurs, je n’ai jamais compris qu’on accorde tant d’importance à cet insecte que Pinocchio, dans le roman, tue en lui écrasant la tête avec un maillet).
Mais c’est encore un peu plus compliqué quand plusieurs histoires sont tissées en parallèle. Et c’est là que ça devient intéressant. Il y a l’histoire de l’androïde qui joue le rôle de fil conducteur, puis plusieurs autres histoires qui s’y rattachent : la vie d’un policier, Jimmy Cafard, le poisson mutant et même Blanche-Neige et les sept nains en rut. Ah oui, parce que j’ai oublié de préciser que ce n’est pas du tout d’un BD jeunesse qu’il s’agit! Quand Pinocchio est utilisé comme un sex toy, quand on traverse toutes les crimes les plus gores, quand on cherche à manipuler les enfants, voire à les tuer (comme dans tous les contes après tout), quand on parle de suicide, de viol, de sexe, de bouts d’intestins qui volent… nous ne sommes manifestement plus dans la BD jeunesse!
Cela n’empêche qu’il s’agit d’une BD de haute qualité. C’est sûr, ma description peut paraître négative, mais que nenni. Cette bande-dessinée est à prendre comme elle est : elle happe, elle horrifie, et en même temps elle est graphiquement ahurissante. On assiste à un savant mélange : si le dessin peut paraître assez violent (mais en accord avec le ton), il est tempéré par quelques planches très douces aux couleurs pastels. Je me suis souvent arrêtée sur ces dernières rien que pour les admirer, la bouche entre-ouverte.
On reste donc dans le conte, mais adapté pour les adultes. Si Blanche-Neige fait une apparition, on frôle aussi certains autres mythes : celui du Golem, celui de la créature de Frankenstein, et bien d’autres… Winshluss réussit à créer un compromis actuel et à faire entrer son Pinocchio au panthéon des contes dont les personnages sont systématiquement innocents, mais réussissent à commettre des actes horribles.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là…
BD Gest
Planète BD

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