« Entre les bruits » Belinda Cannone

Entre les bruits
Belinda Cannone
Editions de l’Olivier, 2009

Jodel a la particularité d’être hyperacousique : il entend démesurément bien les sons qui l’entourent. Cette caractéristique le pousse à vivre éloigné du monde bruyant. En un lapse de temps très court, son existence tranquille est bousculée par une poignée de rencontres : une petite fille hyperacousique comme lui, un étranger arrivé de nulle part, une musicienne passionnée…    

Voilà un roman qui pourrait en décontenancer plus d’un. Belinda Cannone réussit à reconstituer le caractère contingent de la vie. On a l’impression étrange que l’intrigue n’est pas construite de manière linéaire, car beaucoup d’évènements se produisent sans qu’on en comprenne trop la logique, et pourtant elle est présente.
C’est ce thème-là précisément qu’explore tout le roman : la logique du monde et de la vie. Jodel y médite à travers son expérience hyperacousique, il trie les sons, apprend à les reconnaître, à fermer son oreille parfois. Il tente de transmettre cette maîtrise d’un sens hyperdéveloppé à Jeanne, la petite fille qu’il rencontre.  Sa mère, une musicienne expérimentale, lui permet de poursuivre sa réflexion à travers le thème de la musique et de son organisation., dans de grands monolgues où elle décrit l’harmonie, le détail par rapport à la forme générale, l’art de pouvoir écouter de loin, mais également de cerner un ensemble fini et complet. Enfin, avec son ami étranger Oulan, c’est en termes politiques qu’il discourt. Il s’attache à tenter de comprendre la « Grande Colère » des hommes, celle qu’il entend tous les jours dans les enregistrements de la police qu’il doit retranscrire, et décrypter.
Le style de l’auteur est plein de poésie, car on ne voit pas comment on pourrait tenter d’apprivoiser la mélodie du monde par une autre écriture. Poésie dans la nature, dans les personnages, dans l’acte sexuel (qui se répète mais se renouvelle à chaque fois)… Le narrateur est extérieur mais son point de vue est subjectif, il suit les pensées de Jodel, et très souvent, il passe au style indirect libre, ce qui accentue encore plus cette impression d’intimité narrative. La logique est exprimée visuellement par la reprise de la dernière phrase du paragraphe au début du suivant., très agréable pour ceux qui, comme moi, apprécie de s’arrêter à la fin d’un chapitre, et pas au milieui d’une page. Enfin, le vocabulaire est recherché, et j’ai même appris de nouveaux mots, ce qui est très instructif (ça ne m’était pas arrivé depuis Nothomb).
En conclusion, un moment de lecture très agréable. C’est un roman avec lequel on a envie de prendre son temps, qui accompagne la vie de tous les jours avec ses courts chapitres, et ses passages méditatifs. Malgré un ton parfois empreint de mélancolie, il en ressort une envie d’élévation, la « vie haute ».
On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
Cunéipage
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Thé au jasmin
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