« Fuck America » Edgar Hilsenrath

Fuck America
Egdar Hilsenrath
Editions Attila, 2009

 

 

Jakob Bronsky est un juif immigré à New York dans les années 50-60, où il survit grâce de petits boulots très ponctuels et quelques magouilles. Il tente d’écrire un livre, un chef d’oeuvre intitulé Le Branleur. Grâce à ce roman, il compte combler le trou de mémoire qu’il conserve de la période où sa famille et lui étaient persécutés en Allemagne, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lire cet autre ouvrage de chez Attila. Non seulement, il m’a été chaudement recommandé par un collègue, mais le titre m’a attirée par son insolence flagrante.

Le roman s’ouvre sur une courte série de lettres échangées entre le père de Bronsky et un secrétaire général américain pour lui demander asile, ce dernier répondant que selon les quotas, il ne pourra émigrer qu’en 1952. Cela donne tout de suite le ton du roman, et pousse le lecteur à continuer. J’en ai un peu honte, mais j’ai ri en lisant rien que ces premières pages : elles sont d’un humour terriblement caustique et noir.

Par la suite, Jakob Bronsky apparaît. A première vue, il est le portrait type de l’écrivain manqué : loser, obsédé, prêt à tout pour ne pas travailler – il subvient juste à ses besoins basiques en s’accordant de temps à autres à piquer dans le frigo de ses colocataires. Cette première partie du roman reste basée sur ses obsessions sexuelles, ses emplois fugaces, et ses discussions avec d’autres juifs dans le café des émigrants. Si l’acte d’écriture n’est qu’évoqué, cette première partie a le mérite de détruire le grand mythe du rêve américain. Manifestement, Bronsky revendique sa place de parasite dans la société, autant par sa position que par son langage. Le vocabulaire est en effet très cru et souvent vulgaire, mais pour une raison ou une autre, il se justifie et colle au personnage.Ensuite, nous quittons le récit des anecdotes peu glorieuses pour entrer dans la période d’écrire et les motivations, les économies qu’il fait et les moyens déployés pour produire le plus efficacement possible ce texte qui se veut regénérateur – ou recréateur? – se souvenirs. Notons d’ailleurs que Fuck America, comme il est précisé à la fin, est en grande partie autobiographique, et donc ancré dans le réel (y compris ces fameuses lettres du début…). Edgar Hilsenrath a commencé à écrire (en allemand) après la guerre et a eu un peu de mal à être publié. Forcément, un juif qui faisait de l’humour noir sur sa propre histoire, et qui voulait être publié en Allemagne avait assez peu de chances. Aujourd’hui, Attila nous permet de redécouvrir ce texte brut, décalé, frappant, choquant, mais juste.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Tasse de thé
Monde de Lako
Bouquinovore
*** *** ***
Et pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai, bien que je dise qu’il y a un grand trou dans ma mémoire, ou disons plutôt des vides. J’écris un livre, vous savez. Et en écrivant beaucoup de choses me reviennent.
« vous écrivez un livre? »
« J’écris un livre. »
« Sur la vie dans le ghetto? »
« Sur la vie dans le ghetto. »
« Sur l’hécatombe? »
« Sur l’hécatombe. »
« Sur le désespoir? »
« Sur le désespoir. »
« Ecrivez-vous aussi sur l’espoir? »
« J’écris aussi sur l’espoir. »
« Rien d’autre? »
« Rien d’autre… sauf la solitude que chacun de nous porte en lui. Moi compris. »
« Vous écrivez sur tout ce que vous avez refoulé? »
« J’écris sur tout ce que j’ai refoulé. »
« Vous avez besoin d’écrire ? »
« J’ai besoin d’écrire. »
« Est-ce important? »
« C’est très important. »
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