« El ultimo lector » David Toscana

El ultimo lector
David Toscana
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo
Editions Zulma, « littérature hispano-américaine », Paris, 2009

 

Le petit village mexicain d’Icamole subit une rude sécheresse. Remigio inspecte son puits en quête d’un peu d’eau, mais au fond, il trouve une enfant morte. Elle a été portée disparue la veille dans la ville voisine de Villa de Garcia. Remigio demande conseil à son père, Lucio, le bibliothécaire. Ce dernier cherche des issues à cette situation dans la littérature.

Le début du roman de David Toscana ressemble à une enquête policière. Mais le lecteur se rend vite compte qu’il n’est pas réellement important de trouver l’identité du meurtrier, ou du moins, pas avec des méthodes tout à fait orthodoxes.

Les personnages d’Icamole déambulent dans une atmosphère étouffante et désertique, le genre d’ambiance que l’on peut retrouver dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Le climat harassant et la famine stimulent les esprits. C’est le cas pour le personnage de Lucio. Lucio est un bibliothécaire déchu de sa fonction car il n’avait aucun lecteur dans sa petite bibliothèque, mais il reste fidèle à son poste. Son rapport au livre est à la fois caricatural et original. Caricatural car Lucio lit tous les livres de sa bibliothèque et les sélectionne avec rigueur. Quand un livre a le malheur de ne pas lui plaire, il l’assomme avec son tampon « CENSURE » et l’envoie dans une remise spéciale remplie de cafards et d’insectes qui les grignotent. Quant aux livres qu’il apprécie, il se permet souvent de corriger leurs imperfections… C’est ce qu’il fait avec la Bible, par exemple. Original, dans le sens où, pour Lucio, la vie et la littérature ne font qu’un. Devant l’étroitesse d’esprit des villageois qui considèrent la littérature comme un mensonge, lui appréhende un monde qui se nourrirait de la littérature. C’est donc très naturellement qu’il plonge dans ses volumes favoris pour tenter  d’éclairer le parcours de cette enfant morte.

L’auteur mène le lecteur à travers une histoire où tous les fils se mélangent, où les répères habituels sont brouillés. La limite entre réalité et littérature est caduc. Le destin est incarné par l’auteur. Certains personnages assument cette fatalité. Lucio tente de lutter contre elle, mais il sait finalement que, comme l’auteur est un démiurge, c’est lui qui écrit la vie, sa vie, la vie de la littérature, celle dans laquelle il évolue.

Ce genre de brouillage peut déstabiliser beaucoup de lecteurs, mais pour ma part, j’ai rendu les armes avec joie en me laissant tout à fait guider – ou manipuler – par l’auteur. De plus, David Toscana a un style très abouti, il sait exactement où il va. Le narrateur garde une certaine distance avec les émotions des personnages, et se rapproche en cela de la position de l’auteur. Le narrateur pourrait être un être divin toisant la scène qui se joue en-dessous de lui. C’est une lecture qui m’a donné envie de continuer ma découverte de la littérature hispanique.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
La taverne du Doge Loredan
Lirémoi
1001 pages 

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