« Les hommes en général me plaisent beaucoup » Véronique Ovaldé

Les hommes en général me plaisent beaucoup
Véronique Ovaldé

Actes Sud, « Domaine français », 2003

 

Lili vit avec Samuel. Ce dernier l’a aidée à sortir d’une période très noire de sa vie. Le récit débute alors que des souvenirs refoulés refont surface chez Lili, que le passé reprend ses droits. Le quotidien de Lili est troublé par la réapparition de Yoïm, un personnage charismatique, mystérieux et oppressant. D’incontrôlables sentiments l’envahissent de nouveau, un violent désir qu’elle ne peut pas ignorer.

C’est le second roman de Véronique Ovaldé que je lis. Après Ce que je sais de Vera Candida, j’ai voulu aller plus loin dans ma découverte, et je n’ai pas été déçue.

Le récit débute au moment charnière : quelque chose change, Lili le sent. Tous ses sentiments sont décrits avec une force et une précision rigoureuses. Lili est un personnage très ambivalent. Elle est nimbée d’une aura de mystère qui se dissipe au fur et à mesure que l’on apprend son histoire. Le récit alterne les passages décrivant les évènements du présent, et ceux d’un passé relativement proche. Dans ces passages, l’enfance de Lili est racontée. Enfance… je ne sais pas si le terme est bien choisi, car c’est une période trouble que la narratrice adulte confie dans sa vérité nue.

J’ai été absolument éblouie par le style qu’utilise l’auteur, un style d’une grande poésie, qui maintient une tension palpable dès les premières lignes du roman. C’est un style sensuel, sensoriel. Chaque sens est appelé à y participer et il prend souvent l’envie de lire des passages tout haut pour savourer la musique des mots. Ce style s’adapte à la violence de certains sentiments qu’éprouve la narratrice. Son rapport problématique au sexe est particulièrement mis en valeur par un style cru voire brutal.

Le roman montre une maîtrise de l’unité dramatique. Il est encore une fois possible de penser à un conte. Lili est une femme sacrifiée pour un seul et unique but. Elle dénote lorsqu’elle n’est pas dans un décor tragique. Elle sait devoir se confronter à une fatalité, un destin inévitable. Elle est l’acteur d’une libération salvatrice mais nécessairement violente. Véronique Ovaldé emporte encore son lecteur très loin dans la profondeur de sentiments noirs, mais réussit à teinter son roman d’un espoir presque irréel.

On aime, on aime pas? Allez donc voir par là
Canelkiwi
Cynthia
Sur le fil avec 2 n

***

 C’est le silence qui m’a réveillée cette nuit-là. Un silence bruissant, un silence de ville avec tous les moteurs de nos intimités, le ronronnement des mécaniques, le bourdonnement des moustiques et le choc des ailes de la mouche contre la vitre. J’entendais la rue et le chuintement des pneus, les sirènes lointaines et les milliers de grésillements des télés d’insomniaques, j’entendais l’eau qui claquait dans la douche et les messages qui s’enregistraient dans le secret des câbles téléphoniques, qui traversaient mon espace alentour, qui me traversaient pour passer leur chemin. J’écoutais la nuit d’été qui palpitait irrégulière.

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