« Amoureux grave » Brami, Lopparelli

Amoureux grave
Élisabeth Brami

Philippe Lopparelli (photos)
Éditions Thierry Magnier, « Photo-roman », 2008

Connaître le suave naufrage de l'existence

Pour Paul Daveine, c’est l’année fatidique du bac. Les inquiétudes maternelles ajoutent au stress naturel qu’éprouve en permanence Paul. Ayant choisi une filière littéraire, il est considéré comme un semi-raté par sa famille, qui parallèlement, émet des doutes sur sa sexualité. En effet, en l’appelant Paul, ses parents lui ont attribué des initiales qui ont fait de Paul la risée de ses camarades de classe. Un jour, il reçoit des photographies d’un correspondant inconnu. Il y répond par des textes où il se met à nu comme jamais il ne l’a fait.

 

Ah! Enfin un vrai bon « Photo-roman » réussi comme il faut. Je l’attendais depuis longtemps.

Paul est dans une famille qui le met énormément sous pression, spécialement sa mère qui l’aime beaucoup mais qui l’étouffe. La filière littéraire qu’il a choisie de plein gré l’éloigne d’un ensemble de scientifiques acharnés. Son problème est de s’intégrer à une communauté, qu’elle soit familiale ou autre, sans subir de préjugés écrasants, mais cela semble être un échec. Il subit une stigmatisation sociale centrée sur sa potentielle homosexualité qui se détecterait dans ces initiales, P.D., sorte de malédiction offerte à sa naissance par ses parents, par son choix d’études et par le fait qu’il soit solitaire et assez mal dans sa peau. L’échange qu’il fait avec cet anonyme lui permet d’extérioriser tous ces sentiments, sans tabous, sans aucune retenue, et de déployer un style poétique, imagé et puissant. Il verse dans ces textes tout ce qu’il n’aurait dit à personne et réagit aux photos qu’il reçoit. Un dialogue s’instaure où certains sous-entendus ne sont dévoilés qu’à la fin.

Quel style mais quel style! J’ai réellement pris un plaisir immense à lire les textes de Paul. Élisabeth Brami décrit un jeune homme dont le talent n’est connu de personne et qui ouvre ses ailes, en secret. Il ouvre son coeur comme la personne en face le fait, et chacun pour aboutir à une sorte de révélation. Si ce roman est si bien réussi, c’est que l’auteur a su prendre la distance nécessaire par rapport aux photographies de Philippe Lopparelli. Elles sont intégrées parfaitement dans l’histoire, elles sont nécessaires et cohérentes. C’est tout ce qu’il faut pour que ce concept de roman fonctionne.

C’est un voyage profond dans la sensibilité d’un adolescent mûr et talentueux qui doit affronter une vérité choc à un moment charnière de sa vie. Une belle réussite.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Joannic Arnoi
Délices et des mots 

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