« Un don » Toni Morrison

Un don
Toni Morrison

Trad. de l’américain par Anne Wicke
Éditions 10/18, « Domaine étranger », 2010

 

Mon récit ne peut pas te faire du mal malgré ce que j'ai fait
et je promets de rester calmement étendue dans le noir.

 

États-Unis, état de Virginie, XVIIe siècle. Jacob est un jeune négociant peu enclin à soutenir l’esclavage. Lors d’une visite à un client, ce dernier ne peut le payer qu’avec une esclavage. Jacob est contraint d’accepter et il recueille Florens. Il rejoint sa maison où l’attendent sa femme, Lina, une jeune indienne quasiment maîtresse de maison, et Sorrow une enfant maladroite et sauvage recueillie elle aussi au cours de voyages. Jacob nourrit des rêves de grandeurs qui le mènent à sa perte.

 

Je n’avais jamais lu de romans de Toni Morrison. La perspective d’un long voyage en train sans lectures et une librairie de gare ouverte ont remédié à ce manque.

J’ai découvert une écriture rude correspondant tout à fait au sujet traité sur lequel j’ai lu très peu de livres. Un seul, en fait, il me semble : Larmes Noires que j’avais beaucoup aimé. Cependant, ce n’est aboslument pas le même traitement. Quand les Larmes noires essaie de représenter tous les points de vue, Un don prend clairement parti contre l’esclavagisme. D’une part, le personnage principal n’y adhère pas, malgré le fait qu’il recueille ces jeunes filles. Il leur offre en réalité une chance de sortir de ce système car ces « acquisitions » sont en partie contre-productives. Jacob leur fait une faveur. N’étant pas américain, il permet d’apporter une vision extérieure sur une société marquée par la domination d’un peuple sur un autre.

Une issue est possible. Une réflexion sur l’affranchissement des esclavages est entamée grâce à l’homme dont Florens tombe amoureuse : un noir américain qui, après avoir travaillé le temps imparti pour son maître, a été naturellement affranchi et travaille à son compte.

Chaque personnage ou presque prend la parole tour à tour, ce qui entraîne le lecteur dans un véritable labyrinthe polyphonique dans lequel toutes les voix sont mêlées. Si le style change pour chaque personnage, il reste relativement marqué par une brutalité, une rudesse acquises au cours d’une vie de douleurs. Aller-retours dans le passé, dans les souvenirs, dans le présent vécu, monologues intérieurs exprimant espoirs et traumatismes…

Au final, c’est vraiment un roman difficile à résumer. On sent une volonté d’authenticité et de réalisme qui s’exprime à travers la description de la société, de la place des femmes, des épidémies, bref, du côté hideux de la vie quotidienne. C’était une lecture très enrichissante, mais qui demande une certaine force d’âme!

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Le grenier à livres
L’hibouquineur
Télérama 

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