« Un secret de rue » Fariba Vafi

Un secret de rue
Fariba Vafi

Trad. du persan (Iran) par Christophe Balaÿ
Éditions Zulma, « Littérature étrangère », 2011

J'avalai ma salive, pensant que j'étais de celles
qui ne deviennent pas mères d'un seul coup.
Mon sort était de devenir quelque chose par petits bouts.

Homeyra se rend au chevet de son père Abou, en train de mourir. Le retour à son village natal fait surgir en elle de nombreux souvenirs qu’elle s’était efforcé d’oublier. Elle se souvient de la vie de son quartier, des escapades avec son amie Azar, une fougueuse enfant riant au nez des adultes.

Cette année, j’avais décidé de lire un peu plus de littérature étrangère (hors auteurs anglo-saxons que je connais déjà bien) pour pallier à mes manques culturels… Masse Critique m’a permis de découvrir une jeune auteure iranienne avec son premier roman traduit en français.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal pour débuter ma lecture, en partie parce qu’elle a été très segmentée et également parce que c’était un univers et une culture à laquelle il fallait que je m’habitue. Plus que l’histoire d’une fille qui perd son père, Un secret de rue décrit la situation toute puissante du père dans la famille iranienne, la place des femmes, principes qui s’appliquent donc à toute la société. Tout cela est décrit à travers du regard de la narratrice enfant qui observe, questionne et refuse d’accepter.

Malgré leur position et nature « inférieure », les femmes ont la plus grande place dans ce roman. On parle souvent des femmes de ces pays, décrites soumises et malheureuses. Il faudrait que notre bel Occident et sa liberté vienne les sauver. De manière très concrète, ici, on comprend que le problème est bien plus compliqué. Comment être une femme libérée quand on est rejetée par le reste de la société? Le poids des convenances, la tradition pèsent particulièrement lourd, et je dirais qu’ils pèsent même plus lourd que la religion qui d’ailleurs, n’est que très peu évoquée. Le point de vue est très différent de Marjane Satrapi dans Persepolis, qui elle fait partie d’une famille militante habitant en ville. Ici, c’est la campagne, dans une rue en huis-clos où les murs se referment sur vous.

L’auteur a un style très pudique, tout en sous-entendus. Ici, on parle sous couvert. Elle-même ne verbalise pas les secrets, les événements affreux qui se déroulent dans sa rue. Le lecteur les lit, entre les lignes, comme chuchotés, ce qui demande une lecture très attentive. La tension des moeurs appuie sur chaque mot, sur chaque phrase. Les chapitres sont très courts, on croirait presque que c’est pour nous laisser souffler.

Un beau texte pour un moment de lecture assez éprouvant émotionnellement mais qui donne à réfléchir.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là!
De page en page
La cause littéraire

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