« Les pieds bandés » Li Kunwu

Les pieds bandés
Li Kunwu
Traduit du chinois par An Ning
Kana, 2013

Les pieds bandés doivent obéir aux critères suivants : 
"menus", "minces", "pointus", "parfumés", "souples"!

Chunxiu doit obéir à la tradition qui veut qu’elle ait les pieds bandés pour correspondre aux canons de beauté et faire un beau mariage. Mais un jour, les révolutionnaires communistes décrètent l’interdiction de se bander les pieds.

pieds bandesJe découvre Li Kunwu, attaché à témoigner de l’histoire de son pays. Dans Une vie chinoise, il racontait la vie sous Mao Zedong. Ici, il raconte la vie de sa nourrice, Chunxiu, une femme qui a eu les pieds bandés dans son enfance. Cela donne l’occasion à l’auteur de revenir sur cette coutume  et ces canons de beauté empreints d’une certaine barbarie.

Pourquoi se bander les pieds? Cela faisait partie d’un idéal de beauté. La taille idéale, dite « le Lotus d’or » était de 7,5 cm. Je répète un petit coup : 7,5 centimètres. On a toujours fantasmé sur les petits pieds, même en Occident (rappelez-vous Rimbaud : « ses petits pieds si fins, si fins »). Mais en Chine, cela était poussé à l’extrême. Le bandage se faisait généralement vers 5 ou 6 ans. Moi qui pensais qu’il s’agissait seulement d’empêcher le pied de croître. C’eut été trop simple. Les orteils étaient repliés vers la plante, sauf le gros. Le tout était fermement bandé. Les fracture étaient fréquentes, ainsi que la septicémie, et les nécroses. Tout un programme. Cette coutume permettait à la jeune fille de se marier dans une bonne famille. Admirée pour sa beauté, elle peut faire la fierté de son mari, qui – autre avantage non négligeable – aura une garantie que sa femme ne pourra jamais se sauver.

L’auteur nous explique cette coutume dans un contexte très délicat, celui de la révolution communiste. La pratique est abolie en 1912, les pieds bandés sont interdits. Mais comment faire pour ces femmes qui ont déjà des membres complètement mutilés? Pour elles, c’était la déchéance, comme en témoigne l’histoire de Chunxiu. Elles étaient tenues de s’adapter ou bien d’être mises au banc de la nouvelle société en construction.

D’un trait fin, sobre, mais profondément dur et très glauque et sinistre par moments, l’auteur raconte cette histoire dans sa vérité toute nue. Son dessin n’est pas forcément réaliste mais il épouse les contours des sentiments de ses personnages : peur, souffrance, tout est écrit sur leurs visages. On a parfois l’impression de vivre dans un rêve. Ou un cauchemar.

Une BD choc, une histoire frappante.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Bar à BD
Croqueuse de mots
Bodoï

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s