« Dans le jardin de la bête » Erik Larson

Dans le jardin de la bête
Erik Larson
Trad. de l’anglais par Edith Ochs
Livre de Poche, 2013

Dans les mois qui suivirent l'accession d'Hitler au pouvoir, 
l'impression de futilité de Dodd s'accentua. 
Il devint une des rares voix au sein de l'Administration américaine 
à dénoncer les véritables ambitions d'Hitler 
et les dangers de la position isolationniste des Etats-Unis.

1933. Les Etats-Unis ont besoin d’un ambassadeur pour l’Allemagne, et étrangement, tout le monde est occupé. William Dodd y est envoyé. Historien et germanophone, il va tenter de faire prendre conscience à son président du drame qui se déroule sur le Vieux continent.

tiergardenAvant d’en venir au sujet, tout passionnant qu’il est, la première chose qu’on se dit quand on commence ce livre, c’est « mais qu’est-ce que c’est? » Au final, je dirais que ce livre est un documentaire qui prend des allures de roman pour être plus séduisant. Il n’en garde pas moins des détails historiques si précis qu’on ne peut ignorer l’énorme travail de recherche exécuté par l’auteur. Bien entendu, ceux-ci servent efficacement cet ouvrage, à partir du moment où le lecteur s’habitue à voir sa lecture entrecoupée par de nombreuses citations.

Nous découvrons les dessous de l’ambassade américaine en Allemagne durant cette période si trouble de la montée du nazisme. D’abord, en interne, Dodd s’insurge des dépenses faramineuses faites pour le décorum, et en voulant les réduire, s’attire les foudres de tous ses collègues. En externe, il découvre un pays bien changé depuis son dernier voyage. Si le contexte très politique du personnage historique peut donner un peu de froideur au roman, cela est rattrapé par le point de vue de Martha, la fille de Dodd, personnage ambigu puisqu’elle prend grand plaisir à flirter avec toutes les belles gueules du régime nazi et de tous les autres régimes aussi. Ainsi, elle noue une relation avec Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo à la gueule burinée. Malgré sa brutalité, elle trouve ce nouveau régime séduisant car très dynamique. Inconsciemment ou non, elle préfère mettre des œillères et ignorer les violences brimades antisémites et xénophobes déjà très répandues.

Dans ce contexte tendu, Dodd nous montre que l’engagement politique peut être une force comme une grande source de frustration. Face à son gouvernement qui ne l’envoie là que pour la forme, il se fatigue et ne peut arrêter cette ascension irrésistible. Lors de dîners et rendez-vous officiels, on voit ces hauts personnages jouer leur grande pantomime, Hitler en tête, capricieux, hystérique, ne suivant que sa propre logique.

Un document fouillé, précis et saisissant. L’auteur ne cherche pas forcément d’excuse aux Etats-Unis – ce qu’on aurait pu craindre – mais place stratégiquement son récit pile au moment où tout va déjà trop mal pour faire marche arrière. A conseiller à tous les amateurs de cette période…

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