« Le coeur cousu » Carole Martinez

Le coeur cousu
Carole Martinez
Folio, 2013

Le ventre du monde vrombissait de milliers de prières murmurées, 
la foule des désespérés contenue par la peur, par les traditions, 
par des siècles d'asservissement 
ne parvenait plus à dégorger sa peine.

A la puberté, Frasquita reçoit de sa mère une boîte qu’elle ne doit ouvrir que dans neuf mois. Ces mois de gestation attribuent son don à Frasquita : la couture. A son tour, elle transmet cette boîte à ses filles. Voyageant, elles tentent d’utiliser leurs dons pour aider les gens. Mais beaucoup s’en méfient.

coeurJe devais offrir ce roman à Noël. Et je me suis dit « tiens si tu le lisais d’abord ». Résultat : je l’ai gardé pour moi… C’est du beau. Cela faisait un moment déjà que je lorgnais sur Le Domaine des Murmures mais j’ai finalement commencé par le premier roman de Carole Martinez. Cela vaut largement toutes les éloges qu’on m’en a faites.

Si le roman dépeint un épopée familiale tournant autour des femmes, c’est majoritairement Frasquita que l’on suit. Frasquita vit en Espagne. C’est une femme du sud : forte, opiniâtre, sanguine et belle. Le don qui lui est offert lui offre à la fois l’indépendance et la solitude. Il lui permet de soutenir sa famille même sans son mari, mais l’isole du reste de la population, qui la trouve trop mystérieuse pour tisser des liens. Même s’ils la consultent parfois, elle reste une authentique paria. Elle vit pour son don et pour l’amour, l’amour de ses enfants et de ses amants, homme recousus et attachés à elle. Elle suit un long chemin de croix pour fuir ses douleurs, mais le fait avec courage et dignité.

Ses enfants sont un vrai cirque du bizarre. Majoritairement des filles, elles ont toutes des dons plus ou moins étranges : l’une projette son esprit dans un oiseau, l’autre ne vit qu’au soleil et luit, une autre conte, une autre écrit… Très vite heurtés à la dureté de la vie, promenés au gré des pérégrinations maternelles, ils sont lucides, mais cependant ils gardent une part de naïveté. Certains sont très matures et d’autres totalement dépendants. Tous ensemble, ils doivent s’unir et survivre.

J’ai vraiment été frappée par cette magnifique écriture. Un style très fouillé, imagé, gonflé d’émotions. Dès les premières pages aussi, j’ai eu l’impression d’être dans un roman de Gabriel Garcia Marquez. Un roman où la chaleur étouffe, tout autant que la cruauté de la vie et l’opacité du destin. C’est une Espagne rêvée, terreau parfait pour un conte de cette ampleur. Un conte où les femmes sont des guides chargées d’une mission. C’est un fardeau qu’elles doivent assumer. Elles sont reines et elles sont incomprises.

A la frontière entre rêve et réalité, Carole Martinez nous invite à faire un voyage envoûtant, fantastique et dramatique. Une belle découverte.

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Echappées
La petite bibliobloggeuse
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