« Réparer les vivants » Maylis de Kerangal

Réparer les vivants
Maylis de Kerangal
Verticales, 2014

Elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire. 
C'est techniquement impossible, merci, 
ce mot radieux chuterait dans le vide.

En revenant d’une séance de surf, Simon a un accident de voiture avec ses amis : il est en état de mort cérébrale. Ses parents, non encore capables de faire le deuil, doivent décider s’ils laissent les docteurs prélever les organes de Simon pour greffer à d’autres malades.

reparer9C’est le premier roman que je lis de cette rentrée d’hiver, mais je peux déjà affirmer – comme à peu près toutes les critiques que j’ai lues, désolée pour le manque d’originalité – qu’il est vraiment incontournable. Beaucoup de romans de cette rentrée tournent autour du corps et de la maladie (Ablation de Tahar Ben Jelloun et Comment j’ai mangé mon estomac de Jacques André Bertrand entre autres) et ici, Maylis de Kerangal aborde le sujet si délicat du don d’organe, et le traite avec une justesse, une sensibilité et précisément une délicatesse terriblement émouvantes.

Comment considérer son fils mort alors que son cœur bat encore? Comment imaginer que ce cœur pourrait battre dans une autre poitrine, pour faire vivre quelqu’un d’autre? Si les autres organes vitaux sont également concernés par le prélèvement, on se focalise surtout sur le cœur et sa puissance symbolique : siège de l’âme, siège des émotions, portée sacrée… Autant du côté des donneurs que du donataire, les interrogations sont profondes et entremêlées de douleur. Dans un style qui pose sur papier le flux incessant des pensées, et en multipliant les points de vue, on découvre tout ces personnages en état d’urgence ou sous pression constante gravitant autour de ce cœur.

L’exploit de ce roman reste l’incroyable équilibre apportée aux récits médicaux. D’une part, ils sont très bien documentés, agrémentés de termes techniques précis. On découvre toute la procédure autour du don d’organe et de la greffe. D’autre part, ils restent vraiment humains, plein de sensibilité et de respect. Respect de l’acte du don, du corps à rendre à la famille, des dernières volontés. Les médecins comme les patients sont soumis à une forte charge émotionnelle. Chacun la gère de manière différente, mais chacun souffre. Si cette étape est importante et peut sauver une vie, elle n’en reste pas moins profondément douloureuse.

Un roman à la fois émouvant et précis, chirurgical et sentimental. Dur et poignant, il va forcément laisser des cicatrices, les traces d’une belle lecture.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Cathulu
Les vagabonds solitaires
Livrogne
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3 réflexions sur “« Réparer les vivants » Maylis de Kerangal

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