« La petite communiste qui ne souriait jamais » Lola Lafon

La petite communiste qui ne souriait jamais
Lola Lafon
Actes Sud, 2014

Je ne vais pas tourner le dos à ce qui me fait peur.
 Je fais face, parce que la seule façon
 d'échapper à ma peur est de la piétiner.

Difficile de retracer l’histoire de Nadia Comaneci, gymnaste mondialement connue pour avoir exécuté des figures parfaites aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976. Entre déboires d’adolescente et révolution en Roumanie, l’auteur creuse pour trouver une image de vérité.

communisteD’abord, c’est la fascination. Devant une enfant de 14 ans qui réalise des figures parfaites et obtient une note de 10. Tellement haute qu’elle détraque les ordinateurs. Ensuite, c’est l’envie de creuser le personnage. L’auteur dialogue avec une Nadia fictive inspirée de la réalité, une Nadia avec qui elle lutte. C’est l’affrontement des points de vue entre Est et Ouest, les clichés à démonter pour une image plus vraisemblable. L’auteur ne peut pas dire ce qu’elle veut! Elle est soumise aux caprices de l’héroïne, aux zones d’ombre qu’elle souhaite conserver. Elle doute, mais elle a également la foi dans cette figure floue et portée aux nues.

Le corps est obsédant dans ce roman. Tout à la fois sa maîtrise parfaite, son contrôle, mais aussi sa transformation inéluctable qui rime avec la fin définitive de l’admiration du milieu sportif. Ce corps d’enfant qu’on veut façonner à la perfection, sur lequel on a tous les droits, c’est un potentiel de corps de femme que l’on veut également contrôler en Roumanie à cette époque en interdisant l’avortement et en forçant les femmes à avoir de nombreux enfants.

La politique, toujours présente, s’insinue partout : dans le sport comme on y est largement habitués – je vous renvoie à l’actualité des jeux de Sotchi – une discipline qui pourtant devrait ne s’attacher qu’à la perfection du geste et au dépassement de soi. La politique également dans la vie de Nadia, qu’elle le veuille ou non. Instrument du régime, elle tend plus tard à le fuir, étouffé et désormais inutile au grand Conducator.

C’est un roman vraiment abouti, très bien écrit. A la fois touchant et juste, défendant la cause, nous faisant réfléchir et remettre en cause nos préjugés, en même temps que la narratrice le fait. Intelligent, frappant et émouvant, c’est donc forcément une belle réussite.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Cathulu
Librairie le Monte-en-l’air
Miss Von Trash

Le fameux retourné aux mains croisées aux barres parallèles qui donne l'impression qu'elle est sur le point de chuter...
Le fameux retourné aux mains croisées aux barres parallèles qui donne l’impression qu’elle est sur le point de chuter…
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