[Extraits] « A l’ouest rien de nouveau » Erich Maria Remarque

A l’ouest rien de nouveau
Centenaire de la Première Guerre Mondiale

– « Songe donc que nous sommes presque tous du peuple et en France aussi la plupart des gens sont des manœuvres, des ouvriers et de petits employés. Pourquoi donc un serrurier ou un cordonnier français voudrait-il nous attaquer? Non, ce ne sont que les gouvernements. Je n’ai jamais vu un Français avant de venir ici, et il en est de même de la plupart des Français, en ce qui nous concerne. On leur a demandé leur avis aussi peu qu’à nous.
Pourquoi donc y a-t-il la guerre? » demande Tjaden.
Kat hausse les épaules.
« Il doit y avoir des gens à qui la guerre profite.
– Eh bien, je ne suis pas de ceux-là, ricane Tjaden.
– Ni toi, ni personne de ceux qui sont ici.
A qui donc profite-elle? insiste Tjaden. Elle ne profite pourtant pas au kaiser non plus. Il a tout de même tout ce qu’il lui faut!
– Ne dis pas cela, réplique Kat. Une guerre, jusqu’à présent, il n’y en avait pas eu. Et tout grand empereur a besoin d’au moins une guerre ; sinon il ne devient pas célèbre. Regarde don dans tes livres de classe. […]
– Je crois plutôt que c’est une espèce de fièvre, dit Albert. Personne, à proprement parler, ne veut la guerre et soudain elle est là. Nous n’avons pas voulu la guerre, les autres prétendent la même chose, et pourtant la moitié de l’univers y travaille. »
P181

a louest film 1930
« A l’ouest rien de nouveau » Lewis Milestone, 1930

Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C’est pourquoi je m’adresse à lui, en lui disant : « Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d’abord tu n’as été pour moi qu’une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c’est cette combinaison que j’ai poignardée. A présent, je m’aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J’ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c’est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu’il y a en nous de commun. Pardonne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances? Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi? »
P196

 

ouest stockSeul l’hôpital montre bien ce qu’est la guerre. Je suis jeune, j’ai vingt ans ; mais je ne connais de la vie que le désespoir, l’angoisse, la mort et l’enchaînement de l’existence la plus superficielle et la plus insensée à un abîme de souffrances. Je vois que les peuples sont poussés l’un contre l’autre et se tuent sans rien dire, sans rien savoir, follement, docilement, innocemment. Je vois que les cerveaux les plus intelligents de l’univers inventent des paroles et des armes pour que tout cela se fasse d’une manière encore plus raffinée et dure encore plus longtemps. Et tous les hommes de mon âge, ici et de l’autre côté, dans le monde entier, le voient comme moi ; c’est la vie de ma génération, comme c’est la mienne. Que feront nos pères si, un jour, nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour réclamer des comptes? Qu’attendent-ils de nous lorsque viendra l’époque où la guerre sera finie? Pendant des années nous n’avons été occupés qu’à tuer ; c’a été là notre première profession dans l’existence. Notre science de la vie se réduit à la mort. Qu’arrivera-t-il donc après cela? Et que deviendrons-nous?
P231

Erich Maria Remarque (1989-1970)

erich-maria-remarque

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