« Ce sont des choses qui arrivent » Pauline Dreyfus

Ce sont des choses qui arrivent
Pauline Dreyfus
Grasset, 2014

Rentrée Littéraire 2014

"Maman, à l'école on nous dit que les juifs 
ne sont pas gentils parce que ce sont eux 
qui ont mis le Christ en croix." Natalie ne sait pas 
quoi lui répondre. Elle se dit que c'est peut-être ça un juif : 
quelqu'un dont plus personne ne veut.

C’est la guerre. Natalie de Sorrente, princesse de Lusignan, comme tout le monde, fuit en zone libre. Appartenant à la bourgeoisie, elle rejoint sa maison de Cannes et accueille tous ses autres amis. Elle apprend un jour des révélations sur sa filiation et se découvre juive.

ce sont des choses qui arrivent« Ce sont des choses qui arrivent », c’est un refrain qui parcourt le second roman de Pauline Dreyfus, après Immortel, enfin. Le début de ce roman est un foisonnement de personnages, dans lequel on ne se retrouve pas forcément. C’est le portrait de la bourgeoisie : on rencontre un nombre de personnes conséquent, et on n’en retient que quelques unes. C’est un monde en pleine déchéance. Le changement des mentalités s’opère au fur et à mesure que la guerre avance. Tout le monde le sait, rien ne sera plus comme avant. C’est un monde d’oisiveté, d’opulence, de flegme mais qui doit cependant être nourri ponctuellement de scandales bien choisis.

Natalie est ce personnage qui, d’un seul coup, ne réussit plus à se fondre dans cette société mondaine dont elle incarnait pourtant la perfection. Son père n’est pas celui qu’elle pensait. D’une part, elle est une bâtarde, mais ce sont des choses qui arrivent, d’autre part, elle est en réalité juive. Alors où se positionne-t-elle dans une société qui persécute les Juifs? Continue-t-elle de se cacher ou bien doit-elle défendre ces opprimés qui se révèlent être son peuple? Dans une bourgeoisie où le vrai sang bleu n’existe quasiment plus, quelle est la portée de sa rébellion? Dans un monde où les apparences font loi, on n’accepte que les scandales classiques, mais pas ceux qui pourraient provoquer une réelle réflexion. Même quand la persécution touche tous les milieux, y compris la bourgeoisie.

Au cœur de ce roman, cette femme souffre d’une incommensurable solitude. Un mari parfaitement indifférent, une enfant à qui elle ne peut rien expliquer, des amis qui banalisent son malheur. Elle est seule et ne trouve le réconfort que dans une addiction coûteuse et très bourgeoise à la morphine. D’abord froid et lointain, Natalie devient touchante et vulnérable au fur et à mesure des pages, dans un roman qui, de prime abord, m’avait laissée un peu indifférente. Il pose en réalité des questions très intéressantes, et notamment celle de l’engagement. Commence-t-on à s’engager seulement quand l’actualité nous touche au plus intime de nous-mêmes?

A paraître le 20 août 2014

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