« Bye Bye Elvis » Caroline de Mulder

Bye Bye Elvis
Caroline de Mulder
Actes Sud, 2014

Rentrée littéraire 2014

Elvis a-t-il déjà cessé d'être Elvis?

Nous sommes à Paris et Yvonne, après la mort brutale de son mari, décide de rentrer au service de John White, vieil américain grabataire et riche, qui la couvre de cadeaux excessifs. En miroir se dresse un portrait d’Elvis Presley. Même excès de médicaments, surpoids, sautes de caractère. Est-il vrai qu’Elvis n’est pas mort?

bye bye elvis 2La grande tendance de la rentrée littéraire, comme je lisais l’autre jour sur un article de Rue89 (très acide et sans doute injuste), ce sont les romans basés sur des vies de célébrités. J’ai lu Charlotte de David Foenkinos, gros coup de coeur et bientôt, la Tristesse de la terre d’Eric Vuillard. Mais pour l’instant, c’est le King qui retient mon attention.

On connaît bien le vieux complot : le King n’est pas mort. Même dans Men In Black, Tommy Lee Jones affirme qu’il est simplement « rentré chez lui ». C’est donc très répandu : le monde entier voulait garder Elvis en vie. Mais comment aurait-on pu? L’auteure nous montre Elvis, le King de la solitude, du désarroi, du retour à l’enfance — qui m’a beaucoup fait penser à Michael Jackson –, des caprices et des tonnes de médicaments à prendre trois fois par nuit. La déchéance du rock’n’roll dans toute sa splendeur. Parallèlement, nous avons John White : lui aussi en pleine déchéance, exactement le même. On se sert alors de cette légende urbaine : Elvis n’est pas mort, il aurait une autre identité.

bye bye elvis 1Pourquoi donc ce jeu de miroir? Je ne pense pas que ce soit particulièrement pour nourrir ce fantasme. Selon le portrait de l’auteure, Elvis pensait retrouver le bonheur en arrêtant tout. Mais John White n’est pas heureux. C’est un double portrait du malheur inextinguible et de la déchéance corporelle inévitable. Pas de glamour ni de paillettes, vous êtes au cœur d’un récit très noir et par moments franchement oppressant. On y sent beaucoup de rancœur envers les joies éphémères de la célébrité, l’hystérie des fans, et les réactions d’une foule qui gobe tout pourvu que ça vienne du King. La fin de sa carrière en témoigne. Ce dernier concert où les paroles lui échappent font un passage parfaitement saisissant et qui colle parfaitement à la réalité (voir vidéo plus bas). D’ailleurs, je déplore à ce sujet le changement de couverture : on est passé d’un Elvis en noir et blanc très mélancolique à un panneau lumineux. Le contrepoint est sans doute voulu, mais esthétiquement, c’est un peu dommage.

Ce roman plein de désillusion est porté par un style saccadé, duquel il faut prendre le rythme. Libertés prises avec la ponctuation, enchaînement de phrases de mots décousus. Cela pourrait presque être le court de pensées transposées à même l’écrit sans filtre et sans correction. On reste dans la brutalité du réel, sans fioritures.

Après cette lecture, au lecteur de décider : The King is dead. Ou pas.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Le journal de la liseuse
Transfuge
Nouvel Observateur

 

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