« La décision » Britta Böhler

La décision
Britta Böhler
Trad. de l’allemand par Corinna Gepner
Stock, « La Cosmopolite », 2014

Il n'y a que deux sources pour l'écrivain, 
son expérience propre et celle de ses contemporains. 
Un écrivain qui ne se dévoile pas reste un esclave.

En 1933, Thomas Mann quitte l’Allemagne pour un voyage et subit un exil forcé. Trois ans plus tard, il se décide à écrire une lettre qui le positionnera définitivement contre le régime nazi.

decisionIl existe des périodes charnières dans la carrière des auteurs classiques sur lesquelles on ne s’attarde pas suffisamment. Cela semble admis : les nazis arrivent, les gens se rebellent et se positionnent tout de suite contre eux. Mais la réalité n’est pas si simple. L’histoire de Thomas Mann nous l’apprend. Ce roman est une introspection au coeur même de l’auteur, qui se souvient de ses récentes années d’exil et se sait être au bord d’un moment décisif qu’il doit pleinement assumer et ne jamais regretter. Il est face à une situation inconnue et très délicate, puisque sa décision aura des effets sur tous les aspects de vie professionnelle et intime.

Pour Thomas Mann, c’est un tournant brutal. Pour lui, la séparation entre littérature et politique était claire et saine. Mais pour celui qui est banni par son propre pays, tout acte d’écriture devient politique. Il n’est plus représentatif de l’Allemagne sous son nouveau jour. Les lecteurs allemands continueront(ils à le lire? Il y a aussi les attendus, des proches intimes ou intellectuels, qui pèsent lourd : l’écrivain se doit d’être une voix qui s’élève et qui dénonce.

Au milieu des années 1930, l’Allemagne est sous le joug du régime nazi. L’arrivée d’Hitler mène à une redéfinition de l’identité nationale. Toute personne qui n’y colle pas en est écartée. D’office, certains auteurs sont bannis et leurs livres sont brûlés lors d’autodafés. Une grande partie des intellectuels se retrouvent face à un paradoxe troublant : ils sont fiers d’être allemands, attachés à leurs origines mais ils ne peuvent plus y être associés. Etre allemand, c’est être du côté d’Hitler. La plupart doivent fuir. L’exil est un deuil, et il faut pouvoir réconcilier ses origines avec sa culture.

Ce roman, à priori très bien documenté, ne manque que d’une bibliographie. Il témoigne d’une pensée forte et éclaire sur le combat intérieur de l’écrivain en période de troubles politiques.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Adepte du livre
Passion de lecteur
Des livres et Sharon

 

Son divorce entre son histoire et celle de sa patrie est une grosse erreur. Mais ses oeuvres n’en continuent pas moins à paraître en Allemagne. Si, avec cette lettre, il coupe complètement les ponts, qu’adviendra-t-il?
Renoncer à écrire? Absurde. Même s’il se force souvent à travailler, c’est en écrivant qu’on découvre des choses sur soi-même. Les intervalles entre deux livres sont atroces. Aussi atroces que l’éventualité de perdre avec l’âge le désir de travailler, d’être contraint de vivre en ayant cessé d’écrire. […] Voilà comment cela doit être. Vivre sans travailler, il ne veut même pas y penser. […]
Ecrire pour l’Allemagne est le plus important, tout le reste est accessoire. […] Même s’il n’a plus le droit de vivre dans sa patrie, tant qu’il continuera d’y être lu et de pouvoir écrire pour elle, il ne sera pas tout à fait sans patrie.
P97

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