« La femme qui décida de passer une année au lit » Sue Townsend

La femme qui décida de passer une année au lit
Sue Townsend
Trad. de l’anglais par Fabienne Duvigneau
10/18, « Littérature étrangère », 2014

Dans sa chambre, 
sans ôter ni ses vêtements ni ses chaussures, 
elle se mit au lit et y resta un an.

Cela part d’une négligence, d’un détail. Mais ça y est, Eva décide de jeter l’éponge. Ce jour-là, elle se met au lit et décide de ne plus se lever. C’est le moment parfait pour faire le ménage dans sa vie, procéder à une introspection profonde et revenir sur toutes les déceptions accumulées tout au long de sa vie de femme mariée.

femmeCe que j’ai pu intriguer les gens dans le métro en lisant un roman avec un pareil titre. La réaction générale était : « ah moi aussi, je me coucherais bien pour un an! » Ah, rien que de penser à sombrer dans son oreiller… La situation est à la fois drôle et tout à fait crédible est réaliste. Eva vit dans les années 2010, mais le moins qu’on puisse dire c’est que son couple n’est pas moderne. Le mari, sexiste au possible, chercheur scientifique, est vieillissant, Eva est épuisée et lassée de ses enfants, deux jumeaux droit dans la lignée de leur père et parfaitement insensibles. Fondamentalement, ce n’est pas une situation drôle. C’est parfaitement désespérant. On aime les écrivains anglais. Pourquoi? Parce qu’ils réussissent à combiner les deux. A l’aide de retournements de situation, de péripéties et de personnages hauts en couleurs.

Eva est notre héroïne. Elle fait la grève et reste au lit. C’est une femme qui était très indépendante dans sa jeunesse mais qui, malgré elle, tombe dans des clichés sociaux qui la rendent profondément malheureuse. Son mari ne la comprend ni ne la satisfait pas. Elle ne comprend pas ses enfants. Elle commence à regretter le jour même de son mariage. Sa grève marque la fin de cet état de soumission et perce les abcès latents, ceux qui après des années et des années ont bien eu le temps de grossier. Même aujourd’hui, pour une femme moderne, il reste difficile de s’exprimer et de s’affirmer dans certaines conditions.

Malgré elle, Eva se met à cristalliser la misère du monde. Sa bed strike est reprise, déformée, amplifiée. Elle qui voulait être tranquille devient la figure de proue de tous les blessés de la vie. Elle révèle l’extrême solitude et misère affective dans lesquelles se trouvent des personnes croisées tous les jours. Mais elle ne peut pas supporter d’en être le réceptacle. On passe de l’humour, à l’angoisse à des situations parfaitement surréalistes (mais toujours crédibles! vive les Anglais). Le roman se termine malgré tout sur une touche d’espoir — je ne veux pas vous décourager. C’est un roman qui paraît léger mais qui soulève des questions sans qu’on s’en aperçoive…

Par exemple, on pourrait se demander : aurions-nous le courage de rester au lit nous aussi?

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Mots pour mots
Au petit bonheur la page
Rose Bookin

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2 réflexions sur “« La femme qui décida de passer une année au lit » Sue Townsend

    1. Il est très bon. Je connaissais déjà l’auteure pour ses livres jeunesse très ironiques et piquants. Elle est vraiment talentueuse. Surtout si tu aimes l’humour british.

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