Chronique : Pulp Festival à la Ferme du Buisson

Ce week-end, c’était le Pulp Festival à la Ferme du Buisson de Noisiel…

affiche 1Le festival en est à sa deuxième édition, et je l’avais raté l’année dernière. Il a pour ambition de présenter la bande-dessinée au croisement avec les autres arts : littérature, danse, théâtre… Et c’est réussi. C’est parti pour une grosse chronique (mais ne vous en faites pas, il y a des images).

Samedi soir 

Aux frontières de la science et de l’étrange, Patrick Baud et Marion Montaigne

Le festival a commencé le samedi soir, pour moi. Je fuis le travail plus tôt pour aller à la Ferme du Buisson, située à Noisiel, dans ma chère Seine-et-Marne natale. J’assiste à une discussion entre Patrick Baud, de l’excellent blog Axolot et Marion Montaigne, alias Prof Moustache, du tout aussi bon blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même). {Permettez-moi de m’arrêter pour vous dire que si vous n’avez encore jamais lu ces blogs, je vous lance un petit mauvais sort amical.}

Dans son blog, Patrick Baud explique des événements étranges : apparitions, canulars, meurtres bizarres, tout y passe. La Prof Moustache-Montaigne, quant à elle, s’attaque souvent aux clichés qu’on nous sert régulièrement, notamment dans les films : machine à voyager dans le temps ou téléporteur, les héros qui suturent eux-mêmes leurs plaies, et j’en passe. Il était donc tout naturel de les voir ensemble. Surtout que Marion Montaigne a participé à adapter en bande-dessinée le blog.
axolotIl suffit de les lancer et nous avons le droit à une surenchère d’histoires parfaitement glauques et racontées en rigolant. Ils parlent également de leur rencontre et leur collaboration. Sont évoqués le musée Dupuytren, les Bogdanov, les tests scientifiques sur animaux, les problèmes nerveux provoquant des orgasmes en série, les greffes de têtes et le potentiel rejet psychologique… tout ça grâce à des questions posées par les libraires.

 

Grands bavards, Patrick Baud et Marion Montaigne étaient presque inarrêtables. On apprend au passage la sortie prochaine d’un nouvel album de Marion Montaigne, Bizarrama Culturologie (le 3 juin aux éditions Delcourt) et un tome 2 d’Axolot en BD pour novembre 2015.
Patrick Baud et Marion Montaigne montrent le croisement de deux disciplines, la bande-dessinée et la vulgarisation scientifique, qui s’accordent très bien.

Marion Montaigne et Patrick Baud
Marion Montaigne et Patrick Baud

 

Dimanche 12 avril

Le lendemain, c’est le grand marathon culturel, de 11h30 à 22h30.

Exquise esquisse – Présenté par Richard Gaitet, avec Jacques Floret, Grégory Mardon, Marion Montaigne et Cyril Pedrosa

Mon amie et moi débarquons dans une petite salle à l’ambiance cosy. Fauteuils, petite tables, verres et bouteilles, plantes et bien sûr, du papier sur tous les murs, et sur un grand chevalet. Le thème de notre séance : la sauvegarde des arbres. Il est hors de question d’abattre des arbres pour imprimer des bédés! Les défis et les questions des dessinateurs tourneront donc autour des arbres.
Premier défi : nous avons besoin de volontaires dans le public, des gens qui aiment se faire dessiner dessus. Bien sûr, je suis la première à lever la main. Hé! Je veux profiter de la journée! Quatre volontaires dont moi intégrons le décor de chez maman pour se faire dessiner sur les bras et le cou. Je me retrouve avec un « arbre sous LSD » qui rend heureux les chiens. Grande œuvre malheureusement éphémère de Marion Montaigne.

IMG_20150412_130111Ensuite, on demande aux dessinateurs de réaliser leur arrivée au paradis des arbres, en temps limité et par groupe de deux. Grégory Mardon doit par la suite dessiner un flamboyant les yeux bandés… avec quelques détails supplémentaires. Donc un flamboyant avec des pères-noël en short et des requins qui attaquent des airbus. La logique n’est compréhensible qu’aux gens qui étaient présents! La séance se termine par un grand dessin commun avec des personnages à poil dans l’espace, autre espace naturel où être tout nu ne gênerait personne. Mon amie remporte la fresque.

Le dessin de Grégory Mardon les yeux bandés
Le dessin de Grégory Mardon les yeux bandés

Nous clôturons l’événement par un planter d’arbre en musique. Arbre, nous dit Marion Montaigne quand le public s’est dispersé, qu’il crèvera sans doute bientôt (« mais faut pas le dire aux enfants »). Voilà pour la mise en jambe et l’ambiance globale des auteurs et du festival. Je repars donc le bras bariolé et ma copine avec un rouleau d’un mètre de haut.

IMG_20150412_131740
Marion Montaigne à la double flûte et Cyril Pedrosa à la guitare

 

Exposition – Le petit théâtre de l’ébriété de Ruppert et Mulot

Ruppert et Mulot sont déjà des habitués du lieu. J’avais vu leurs installations à une Nuit Curieuse il y a plusieurs années, et elles mêlaient déjà BD, danse, musique et théâtre. Cette fois-ci, ils offrent deux expositions.

La première raconte un cours de théâtre autour de l’ébriété. Un des participants fait le choix d’arriver déjà complètement bourré. L’histoire sert à mettre en mouvement les fameux phénakistiscopes précieux au duo, à l’aide d’une platine disque et de lumière stroboscopique. L’effet est génial et les images prennent vie.

La visite des lycéens

Ruppert et Mulot doivent aider des lycéens à créer un projet artistique. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça tourne mal. Lancer d’avions en papier, accident en ouvrant des bières à la hache et autres violences… Le spectateur est invité à participer en rejouant les scènes dessinées au mur. La partie la plus impressionnante reste un grand dessin en anamorphose à lire allongé.

Ces deux expositions restent les plus marquantes pour moi. Elles sont vraiment la preuve qu’on peut rendre une exposition interactive et ludique, et qu’on peut faire sortir la bande-dessinée des cases. Je ne pense pas avoir vu un seul visiteur rester inactif, tout le monde a au moins testé quelque chose, pris des photos… Ruppert et Mulot, qui viennent de sortir un nouvel album (« Famille Royale » chez l’Association) sont habitués à ce genre de projets. Géniaux et complètement naturels, plein d’humour noir et décalé. Des perles.

Exposition Jim Curious de Matthias Picard

Dans les écuries se tenait une exposition de Matthias Picard pour expliquer la conception de sa BD en 3D, Jim Curious. On plonge dans un monde souterrain qui sort des pages. Et cela donne l’occasion pour de très belles scénographies.

IMG_20150412_172029IMG_20150412_172430Exposition – Bandes fantômes

L’exposition la plus foisonnante était « Bandes fantômes » retraçant l’histoire de centaines de projets BD abandonnés par leurs auteurs, avec quelques explications. La première salle nous happe dans un tourbillon de papier d’imprimerie avec des cases éclairées par moments, des citations, des voix, un reflet dans un peu d’eau. Une ambiance poétique et fantomatique.

bandes fantomesIMG_20150412_153840Ensuite, on passe dans une salle plus classique, avec des planches originales exposées et des écrans permettant de consulter les 233 projets abandonnés… Autant dire qu’on aurait pu y passer le week-end! On y diffuse également un documentaire avec des interview d’auteurs.

Exposition – La Chute de la Maison Usher, Loo Hui Phang et Ludovic Debeurme

De loin, cette exposition est la plus perturbante. On plonge dans une ambiance glauque et angoissante dès nos premiers pas dans la salle. Une femme morte, pendue par les pieds au plafond.

IMG_20150412_160216Ici, on croise illustrations, littérature, installations artistiques, maquettes, poésie, sons et images. Les salles sont exiguës, on est oppressés et l’endroit est idéal pour cette installation. Les gens ne s’attardent pas trop. Des cheveux s’échappent de tous les murs, on évolue dans l’obscurité et on cherche les mots cachés dans les recoins des pièces.

IMG_20150412_193333IMG_20150412_193115J’avoue que j’ai eu assez de curiosité morbide pour y retourner une seconde fois. L’endroit m’a beaucoup fait penser au musée de Kafka à Prague, où les ambiances angoissantes ressortaient dans des scénographies étranges. Je me demande si cette installation en est inspirée.

Spectacle – J’ai horreur du printemps par la Compagnie Happés, inspiré de l’album Le Petit Cirque de Fred.

Dans la Caravansérail, nous assistons à un croisement entre danse contemporaine, musique et bande-dessinée. Un très bon groupe illustre en musique des images de la bande-dessinée pendant qu’une danseuse nous hante la rétine. Absolument incroyable, c’est une femme sur qui la gravité ne s’applique pas. Elle est gracieuse, évolue dans l’eau, dans l’air, flotte, vole, tournoie… Et me laisse parfaitement ahurie.
Site de la Cie Happés, théâtre vertical

Photo : Le Parisien

Spectacle – Quartier Lointain, d’après Jirô Taniguchi, dir. Dorian Rossel

Pour finir cette journée intense en découvertes, expériences et émotions, une pièce de théâtre, inspirée d’un des plus beaux mangas dont je conseille la lecture à tout le monde. Décors de bric et de broc, deux musiciennes, une entrée dans l’histoire tout en douceur, beaucoup d’humour et de tendresse et une énorme dose d’originalité et de créativité. C’est ainsi que s’est terminée cette journée. La larme à l’œil dans le noir.
Lien vers la Cie STT de Dorian Rossel

La Ferme du Buisson réussit largement son pari. Ces dernières années, elle a réussi à ouvrir son programme à un plus large public et à rayonner dans toute l’Île-de-France. J’espère très honnêtement que le festival sera reconduit l’an prochain et ne manquerait pour rien au monde ce rendez-vous!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s