« Tétraméron » Juan Carlos Somoza

Tétraméron
Juan Carlos Somoza
Trad. de l’espagnol par Marianne Millon
Actes Sud, « Lettres hispaniques », 2015

Confiture de braises

Lors d’une sortie scolaire, la jeune Soledad s’éloigne du groupe, et arrive dans un sous-sol obscur où elle interrompt une étrange réunion d’adultes qui se racontent de terribles histoires.

tetrameronC’est une congrégation de conteurs qui se réunit une fois par an autour d’histoires à la limite du fantastique. Toutes authentiques et vécues. Leur prestance, leur culture et leur supériorité les attache assez clairement au milieu aristocratique ou au moins à une caste très sélective. L’auteur reprend le principe du Décaméron de Boccace, sur les grands principes. Les histoires racontées lors de ces séances glacent le sang de la jeune Soledad — et au passage, celui du lecteur. Dans ces récits terrifiants, les conteurs exhibent les vices humains les plus noirs, la violence la plus barbare pour provoquer la catharsis. Ils sont aussi vecteurs de critiques sur la société, les croyances et les déviances des hommes. Dans ce lieu coupé du monde, ils sont libres de s’exprimer. Seule Soledad y a été invitée, en sa qualité d’élue.

Elle est invitée à écouter et à réagir. Mais c’est une enfant, elle peut également être punie, surtout si elle se montre insolente. Cette micro-société obéit à des règles qu’elle doit respecter pour ensuite mieux les contourner. Elle doit exercer son imagination et sa vision critique pour traduire ces contes et les appliquer à la réalité. Soledad s’identifie à de nombreuses reprises. Ces contes sont-ils écrits pour elle? Ils sonnent tour à tour comme des encouragements, des menaces ou des avertissements. A elle de savoir les lire.

J’imagine que je pourrais parler de rite de passage à l’âge adulte. Mais je préfère garder simplement le terme « rite ». La jeunesse de Soledad n’est pas un handicap, et elle sait s’en servir. Elle doit acquérir cependant une réelle maturité, elle doit faire confiance au cercle et croire en elle. Elle partage avec eux ce talent particulier du conteur, de produire une histoire à infuser. Pour sacraliser cette confiance, il lui est demandé de se dénuder, au sens propre comme au figuré, pour renaître à la vie de création.

Un roman remarquable, glaçant et perturbant qui montre la vie comme une suite de contes. Un style terriblement magnifique qui sert impeccablement son sujet.

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2 réflexions sur “« Tétraméron » Juan Carlos Somoza

    1. Il n’y a pas à être déçue! Quand on ne sent pas un texte, on n’y peut rien. Moi, je le découvrais. J’ai eu des moments de doute pendant ma lecture mais au final, il m’a beaucoup marqué.

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