« Le rapport de Brodeck » Manu Larcenet

Le Rapport de Brodeck
1. L’Autre
Manu Larcenet
Adapté du roman de Philippe Claudel
Dargaud, 2015

Je suis le seul innocent parmi tous. En écrivant ces mots, 
je comprends soudain le danger que cela représente, 
d'être innocent au milieu des coupables. 
C'est en somme, très proche 
d'être le seul coupable parmi les innocents.

Dans un village isolé près de la frontière allemande, un homme est tué. De concert, les villageois ont décidé qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre. Brodeck, qui n’a pas participé au meurtre, est chargé d’écrire un rapport pour justifier leur acte.

rappclaPublié en 2007, le roman le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel avait eu un retentissement important et avait notamment gagné le Prix Goncourt des Lycéens. Le voici ici réadapté par une grande figure de la bande-dessinée, dans un ouvrage en deux tomes, une beau livre à l’italienne.

Brodeck a survécu aux camps de concentration. L’horreur qu’il éprouve face au meurtre de l’étranger lui rappelle celle vécue dans les camps. Il écrit deux rapports. L’un destiné aux villageois, et l’autre à lui-même, où il verse de son expérience et de son traumatisme. Brodeck est seul. Il ne fait plus réellement partie de la communauté. Les villageois s’en méfient et l’espionnent. L’angoisse sourde est présente à chaque page.

rapportL’Autre, l’étranger, Der Anderer, était un miroir. Un miroir insupportable qui renvoyait aux villageois la vision de leurs propres vices, de leur lâcheté. Après une guerre qui a fait tant de morts, on n’a plus besoin de se soucier de la vie d’une personne seule. Le crime ne revient à personne, il est commis par tous. Et c’est comme si rien n’était jamais arrivé.

Lorsque j’avais lu le roman à sa sortie, il m’avait fait une forte impression, qui m’est revenue toute entière à la lecture de la bande-dessinée. Manu Larcenet utilise le noir et blanc parfaitement. C’est sobre et sombre. C’est la neige et la noirceur de l’âme. C’est un trait fin comme une coupure au scalpel et un remplissage épais et lourd. Ce n’est pas bavard. Ce n’est pas évident à faire pour une adaptation de roman, mais certaines images se passent de mots, comme les souvenirs des camps avec ces officiers nazis proprement monstrueux. Ces espaces de silence sont très précieux. On ralentit sa lecture, on s’imprègne et ça n’en est que plus beau.

C’est à la fois un bel hommage au roman et une bande-dessinée qui fera date. Une grande réussite.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là.
Le Monde
Télérama
Marie Rameau

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