« Notre Château » Emmanuel Régniez

Notre Château
Emmanuel Régniez
Editions le Tripode, 2016

Coupable comme tu sais l'être, 
tu es prêt à inventer n'importe quelle histoire.

Octave et Véra habitent une maison léguée à leurs parents. Depuis la mort de ces derniers, ils ne quittent plus cette demeure qu’ils renomment « le Château ». Lors de son unique sortie hebdomadaire, Octave voit sa sœur dehors. Le fragile équilibre est brisé.

nc-erVous voyez cette demeure imposante, un peu isolée, vous vous demandez si elle est habitée. Personne n’en sort. C’est le Château, là où vivent Véra et Octave. Cette maison est assortie d’un mauvais sort. Il avait été conseillé aux parents de ne pas y habiter. Tranquillement, le roman nous invite dans un intérieur qu’on imagine facilement sombre, glauque et mystérieux. Je dois plusieurs fois me souvenir que le roman se déroule à priori de nos jours. Tout commence suite à un événement inconcevable, Octave aurait aperçu sa sœur dehors, dans un bus. Les rituels quotidiens, installés fermement à tout moment de la journée comme d’extrêmes mécanismes de protection, volent soudain en éclat. Tout comme la raison d’Octave.

Complètement immergés dans ses pensées, nous sommes spectateurs de ses déviances. Difficile de savoir si c’est le lieu, le monde qui l’entoure, qui se retournent contre lui ou bien s’il exécute cette tâche seul. Nous sommes enfermés dans ses obsessions, dans sa paranoïa. Ce contrôle maladif du quotidien, censé les protéger du chagrin et du monde, cache en réalité des secrets et des traumatismes bien plus profondément ancrés. Tout élément étranger est traité comme un parasite à annihiler pour préserver l’harmonie.

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(c) Thomas Eakins

Les psalmodies de ses pensées, de ses paroles hypnotisent le lecteur. Je l’imagine osciller d’avant en arrière, se cognant dans sa propre tête. Jusqu’à ce qu’il dévoile progressivement des indices, un mot puis un autre, les sources de son traumatisme, les raisons de ses actes les plus cruels et les plus noirs. Horrifiques mobiles longtemps devinés en avance par le lecteur, qui attend glacé d’effroi le fin mot de l’histoire, toujours espérant qu’il s’est trompé. C’est une grande maîtrise stylistique qui dessert une histoire angoissante avec une parfaite efficacité. Tout en nous plaçant dans des décors littéraires connus, Emmanuel Régniez, spécialiste du gothique, nous fait voyager dans les sinuosités d’une âme perdue. Pas de fantastique, mais un impression d’oppression permanente. Les photographies de Thomas Eakins viennent illustrer idéalement ce premier roman.

Encore une petite pépite chez le Tripode. Je ne m’en étonne même plus.

On aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là
Un Dernier livre avant la fin du monde
Charybde 27
Mes Imaginaires

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