« Carnet de santé foireuse » Pozla

Carnet de santé foireuse
Pozla
Delcourt, 2015

Prix spécial du public – Festival d’Angoulême 2015

Lorsqu’on lui diagnostique tardivement la maladie de Crohn et qu’il entre à l’hôpital, Pozla commence à tenir un carnet pour tenir le coup et exprimer, sous forme de dessins, les douleurs extrêmes caractéristiques de cette maladie rare.

csf-pEncore une BD dont on a parlé partout, Carnet de santé foireuse n’a vraiment pas volé son succès. Initialement, ce carnet n’a pas été dessiné dans une optique de publication. Devant l’épreuve qui se profilait, et dont l’issue n’était pas du tout certaine, Pozla a fait ce que tout illustrateur aurait fait : dessiner, extérioriser la douleur sur papier. Par la suite, le carnet a été remanié. Les dessins sur le vifs sont indiqués par un petit tampon en forme d’estomac. Ah oui, un avertissement. Mieux vaut ne pas avoir de tabou sur le caca pour lire cette BD. Voilà, c’est dit.

La maladie, ça se gère au quotidien. Depuis les premières douleurs durant son adolescence jusqu’à l’hospitalisation, Pozla raconte le long parcours pour faire diagnostiquer sa maladie. Non, à priori, si des douleurs si insupportables durent des années, ce n’est pas « psychosomatique ». Autre aspect trivial et pourtant légèrement handicapant au quotidien : comment gérer le fait de ne pas être socialement acceptable aux toilettes? Pourrir les WC des copains, c’est pas génial. Ensuite vient l’hospitalisation. Jeune papa au moment de son entrée à l’hôpital, il lui est strictement interdit de porter sa fille pendant des mois. Ce geste si simple de soulever et de porter un enfant devient une vraie victoire pour lui. La douleur psychique n’est pas moins forte. S’attendre aux rechutes, aux effets secondaires, voir sa femme tout gérer sans pouvoir l’aider, c’est une galère durable… Mais pas éternelle.

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A gauche : dessin de Maeva, sa femme. Ok. J’avoue. J’ai chialé comme une madeleine.

Enfin, venons-en au fait. La douleur physique, ici, vous crache au visage ses mille couleurs, ses formes abstraites et pourtant tout à fait concrètes, son envahissement qui dépasse les limites de la page. Après avoir testé certaines planches sur plusieurs personnes, je peux garantir que les réactions sont immédiates. Mais il fallait un parfait dosage entre la brutalité des dessins, les explications et la chronique quotidienne, et l’humour pour que l’empathie s’installe. Pas une seule trace de défaitisme. Le rire ici est aussi salvateur que le dessin. Et, cerise sur le gâteau, on s’instruit. Outre d’en apprendre sur la maladie de Crohn en elle-même, l’album fait réfléchir sur la tension entre médecine traditionnelle et alternative et les traitements permettant de gérer la douleur sans se gaver de médicaments…

Un incontournable. Si jamais vous n’aviez pas lu ou déjà oublié cet album — car on en a beaucoup parlé aux alentours d’Angoulême, mais moins ces derniers temps — il est de mon devoir de vous exhorter à le lire très très vite.

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