« Tout plutôt qu’être moi » Ned Vizzini

Le moment est venu d’agir en accord avec moi-même
Et ce que je veux faire, c’est le grand saut

Funny_Story_frontCraig Gilner a 15 ans. Il vient d’entrer dans une grande école américaine. A priori, tout lui sourit. Mais il tombe dans la dépression, sans pouvoir en parler, sans réussir à la partager avec quiconque.

Nouvelle lecture chez la Belle Colère, maison d’édition qui fait son chemin, avec des publications de fictions ayant pour but de faire passerelle entre la littérature adolescence et la littérature adulte. Ici, ils publient la traduction d’un auteur américain qui traite de la dépression adolescente. C’est un sujet assez délicat, qu’on aurait tendance à traiter par-dessus la jambe. Après tout, de quoi devrait s’inquiéter un ado? Pire, un ado qui a une famille qui l’entoure comme c’est le cas de Craig. Mais le soutien se transforme en pression. L’incompréhension constitue une barrière énorme entre Craig et ses amis. Si on les écoute, ils sont tous dépressifs, car tous sous médocs, souvent depuis leur enfance (l’effet Ritalin). Au lieu d’être écouté, il devient donc une sorte de miroir dont se servent ses copains pour se mettre en avant. Craig, inadapté socialement, d’apparence très froid et indifférent, doit maintenant gérer le travail et la stress d’une grande école. Il atteint le point de non retour. Il veut se suicider.

Qui n’a jamais pensé au suicide étant gosse? Comment peut-on grandir dans ce monde et ne pas y penser une seule fois?

Il se ravise au dernier moment et entre volontairement à l’hôpital. Là, il met son quotidien entre parenthèses afin de prendre du recul. De cette partie, je ne saurais pas juger. Je dois avouer que je l’ai trouvée assez « soft ». Cependant, après quelques recherches, j’ai culpabilisé dans les règles de l’art, puisque l’auteur a lui-même souffert de dépression adolescente et s’est finalement suicidé à l’âge de 32 ans. Ce roman, et notamment le récit de ce séjour à l’hôpital doit donc être lu comme une expérience très personnelle. Je ne peux garantir que les lecteurs ayant eux-mêmes souffert de dépression puissent s’identifier. Craig, quant à lui, tire beaucoup de positif de ce moment. Il attend le « déclic », le moment où la guérison fleurira pour lui donner un peu d’espoir.

On ne guérit pas de la vie. On la gère.

Malgré les réserves que j’ai exprimé, Tout plutôt qu’être moi est un roman très touchant, qui reste dans la sincérité sans être dans le pathos. Les rencontres que Craig fait à l’hôpital l’aident à avancer. La solidarité dans le service psychiatrique est très forte. Que ce soit avec les résidents ou les docteurs, les rencontres permettent à Craig de gagner en maturité, de séparer le bon du mauvais dans sa vie et de faire des choix décisifs pour améliorer sa santé. Le roman a été adapté en film en 2010, directement sorti en DVD chez nous sous le titre « Une drôle d’histoire« . Vu le teaser, on a affaire à un feel-good movie, qui lisse énormément la copine de Craig, internée après s’être scarifié… le visage. Donc, je passerai mon tour.

Une belle lecture qui, sans être un coup de cœur, confirme la qualité des publications de la Belle Colère.

On clique par là pour d’autres avis : Des vertes et des pas mûres, Pretty Books, Ca sent le book.

Tout plutôt qu’être moi, It’s Kind of a Funny Story
Ned Vizzini, traduit de l’américain par Fanny Ladd, Christelle Gaillard-Paris
La Belle Colère, 2016. 394p. 19€
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