« L’autre Joseph » Kéthévane Davrichewy

L’héroïsme se transforme en crime, et le crime en héroïsme selon la comédie que jouent les hommes. Une seule chose reste intacte, c’est la valeur de l’homme qui se bat pour un idéal.

Il y a des personnes pour qui l’histoire personnelle percute l’Histoire mondiale de manière excessivement saisissante. Parfois même, l’impact est tel qu’il devient trop difficile d’en parler, d’en faire quelque chose. En ce qui concerne Kéthévane Davrichewy, ça en est devenu un tabou familial. Son arrière-grand-père, Joseph Davrichewy, avait vécu en Géorgie, et jouait enfant avec son voisin, surnommé Sosso. Plus tard, il se fera appeler Staline. Même prénom, et tellement ressemblant que l’on aurait dit des frères.

davrichewy-autre-joseph2

C’est un long chemin à parcourir pour l’auteure à travers l’histoire familiale. Arrière-grand-père souvent présent aux esprits, Joseph reste une figure mystérieuse. Père fuyant, aviateur pionnier et révolutionnaire, malgré l’absence le mythe s’entretient de lui-même. Durant ses jeunes années, il fréquente des groupes militant pour la révolution. Ses idéaux deviennent des actions concrètes, dangereuses, dans lesquelles il a le malheur de perdre plusieurs amis. Il croise plusieurs fois Sosso, qui gère, distant, d’autres groupes aux méthodes différentes. Pour finir, il est forcé à l’exil et part vivre à Paris.

Joseph n’est pas un héros. C’est un homme qui a lutté pour ses idées, au détriment d’autres choses. Le degré d’éloignement de l’auteure avec ce parent mythique est suffisamment important pour éviter toute idéalisation. A partir des écrits de Joseph et de l’aide de sa famille, elle parvient à reconstituer le parcours de ce personnage parfois antipathique, qui a été la source de relations tendues entre père et fils sur plusieurs générations. Staline n’est pas non plus le héros de ce roman. Il apparaît surtout comme une figure lointaine, qui sait se protéger et qui sait menacer.

joseph-davrichewy

Le but final de ce roman est sans doute de rendre un peu plus humain cette figure solitaire et peu aimable afin de défaire des nœuds identitaires et familiaux. A travers plusieurs chapitres, l’auteure partage l’itinéraire d’écriture difficile qu’il lui a fallu emprunter pour aboutir à son récit. C’est un roman – car la fiction y a un rôle important à jouer – honnête, intéressant, douloureux et courageux. Un roman dont on sent qu’il est un tournant fondamental dans la vie de l’auteure qui traite avec beaucoup de respect de l’héritage familial, si difficile soit-il.

Les avis de Sur la route de Jostein, la Soupe de l’Espace, Onlalu.

L’autre Joseph, Kéthévane Davrichewy
Editions Sabine Wespieser, 2016. 276p., 21€
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s