« Seul dans Berlin » Hans Fallada

Seul dans Berlin
Hans Fallada
Trad. de l’allemand par A. Virelle et A. Vandevoorde
Gallimard, « Folio », 2002

"Mère! le Führer m'a tué mon fils."

Mai 1940. Le régime nazi en Allemagne célèbre ses grandes victoires en France. Mais à Berlin, le quotidien des opposants au régime devient de plus en plus difficile à vivre. Chacun est surveillé par la Gestapo, susceptible d’être dénoncé par son propre voisin. Malgré tout, Otto Quangel se décide à agir.

seul dans berlinLa semaine prochaine, je serai à Berlin. Et quoi de mieux que de m’y préparer grâce à quelques lectures qui par ailleurs comblent bien des lacunes puisque je n’y connais quasiment rien en littérature allemande. Seul dans Berlin est un énorme classique, récemment ressorti en grand format en version « non censurée ». J’ai rarement lu un ouvrage aussi frappant, maîtrisé et pour le coup inoubliable.

On découvre peu à peu les habitants de l’immeuble du 55 rue Jablonski. Un couple silencieux venant de perdre leur fils au front, une famille où les enfants sont tous des recrues SS, une vieille juive solitaire et abandonnée, un homme de loi en recherche de justice. C’est très doucement qu’on pénètre dans leur univers. Doucement mais terriblement efficacement. Il ne faut pas beaucoup de pages à l’auteur pour faire comprendre la lourdeur du climat général, les menaces ouvertes, la peur et l’angoisse. Très vite, on comprend également, que la résistance au régime était bien plus délicate chez eux que chez nous. Je trouve par ailleurs bien dommage que cette lecture ne soit pas recommandée au lycée, ni qu’on ne parle pas de ces mouvements de résistance antinazie allemande en cours d’histoire. Cela ferait vraiment une grande différence et sauverait ô combien de jeunes têtes de se remplir de faciles clichés.

La pression énorme qui tombe sur les épaules de ces gens est distillée petit à petit. Si bien qu’on continue de lire, on ne veut pas s’arrêter, tout en sentant l’imminence d’un dénouement terriblement cruel. Et cruel pas seulement envers les petites gens tentant de résister. L’auteur sait montrer qu’à tous les niveaux, tous les statuts, personne n’est protégé d’une menace redoutablement efficace : le potentiel billet simple vers les camps de travail.

Je ne peux pas faire autrement que de vous dire qu’il faut que vous preniez un moment pour lire ou relire ce roman, d’une rare et discrète puissance. Froideur et brutalité, passion contenue, courage et justice… Une plume exceptionnelle pour un ouvrage d’une impressionnante beauté.

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2 réflexions sur “« Seul dans Berlin » Hans Fallada

  1. Je découvre votre blog à l’instant et, immédiatement, cette chronique a attiré mon attention. Etant très sensible aux sujets historiques, particulièrement ceux du siècle passé, je vais me plonger dans ce livre qui a effectivement l’air de faire partie de ces lectures nécessaires. On ne connait que trop peu de choses sur le quotidien des allemands sous le nazisme, loin des idées reçues et des généralités, la réalité était terrifiante. Merci pour cet article!

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire! Moi aussi je suis souvent attirée par le sujets historiques, notamment de cette période. Alors vous devriez trouver ponctuellement des articles qui vous intéresseront ici! Bonne lecture 🙂

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